Sexe, orgasme et artichauts

Comme dirait Rocco Sifredi (*voir note) : "les tartines sont trop beurrées". "Sexe gratuit", "zizi et kiki", "Miss Levrette contre la bande à Bonobo" sont, et de loin, les recherches les plus compulsives et les plus abondantes du net. Même par ici, sur ce blog, un nombre significativement ahurissant de lecteurs atterrit sans visibilité, après avoir tapé "sexe et papillons" dans Google. Allez donc comprendre cela. Mais alors, pourquoi en rajouter ? Pourquoi bavarder de cela aujourd'hui ? Je m'étais pourtant fait voeu d'abstinence.

C'est que cette semaine voyez-vous fut un vertige d'informations "scientifiques" de l'importance la plus élevée au sujet de "sexe". Ce sont ces révélations, et elles seules, qui m'imposent de sauter la barrière. Trois découvertes à effluves phéromonales, dont je me serai sans doute châtié par déglutition cul sec d'un plein chaudron d'ocytocine de vous avoir privé.
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Voici ces 3 actes, par ordre érectile des sujets et des délires.


Acte 1.
Orgasme au labo

Commençons par nos confrères du Los Angeles Times.com (oui la bande à Ellroy), qui sur une page intitulée la "Science de l'orgasme" s'interrogent : " Comment peut-on expliquer que des personnes paralysées en dessous du nombril puissent connaître des orgasmes ? ". La classe, non ? "Comment, insistent-ils encore, expliquer que certains épileptiques ressentent leurs crises comme des orgasmes ?" Bref on l'aura compris, tout cela pour dire que ce continent des soubresauts du plaisir demeure terra incognita et fantasmatica.

La science répond ce n'est pas au niveau de l'organe qu'il faut creuser, bien entendu, mais du côté du système nerveux central (moelle epininière et cerveau) si l'on désire comprendre l'orgasme. C'est lui, le cerveau, le chef d'orchestre. Relié à ses instrumentistes, les organes sexuels et les zones érogènes, par le truchement du système nerveux.

Alors si des orgasmes ont lieu alors que la moelle épinière a été atteinte ou sectionnée, estime le Pr Barry Komisaruk (Université de Médecine du New Jersey à Newark) c'est qu'un autre chemin peut être emprunté par les "sensations" qui atteignent les centres cérébraux du plaisir. Ce chemin, il pense l'avoir prouvé, consiste en un autre "circuit" neural, le système vagal ou parasympathique. Un circuit extérieur à la colonne vertébrale, qui part du cerveau et s'adresse à la plupart des organes. S'il contrôle des automatismes, malaises et nausées par exemple, ce système semble donc capable de faire remonter des informations, dont celles destinées à conduire l'humain vers le nirvana de l'orgasme.

Komisaruk et Whipple ont vérifié cela chez 4 femmes à qui l'on demandait de se solliciter au laboratoire. Dans leurs cerveaux (placés sous imagerie) des réactions très nettes ont été observées alors que leur moelle épinière était sectionnée. Le centres du plaisirs répondaient à ces caresses par la montée du désir, de même que, plus étrangement, ceux de la douleur.

Pour en savoir davantage, je vous recommande la lecture du passage sur un homme dont on a dû amputer le pied. Il ressent des orgasmes dans ce membre manquant, car selon les chercheurs, dans son cerveau les régions décrivant les sensations du pied et celle du plaisir sont fort voisines ! D'où l'expression ? Prendre son pied, bien sûr.



Acte 2.
L'Eugène, si fidèle

Après le cerveau, une autre et vaste catégorie du délire orgasmo-scientifique mis à la sauce médiatique : la génétique. Auberge espagnole ouverte à tous les fantasmes, voici un bel exemple relaté sur le site Futura-Sciences : (et reprise par la plupart de nos grands médias)

"En jouant sur un seul gène, les chercheurs de l'Emory University (Georgie) ont réussi à modifier le comportement sexuel du campagnol des champs, Microtus pennsylvanicus. Celui-ci se caractérise par sa polygamie ; il aime changer de partenaires. A l'inverse, son cousin le campagnol des prairies (Microtus ochrogaster) est monogame.

En étudiant la chimie cérébrale de ces deux mulots, les scientifiques ont constaté une différence importante. 
Chez le rongeur monogame en effet, les récepteurs de la vasopressine, une molécule liée au comportement social, sont situés dans le même centre que la dopamine, hormone du plaisir sécrétée dans le cerveau au moment des amours.
Chez le campagnol des champs en revanche, les deux types de récepteurs sont séparés ; l'animal n'établit pas de relation entre son plaisir et un individu particulier.
Pour tenter de "corriger" cette tendance au vagabondage, les chercheurs ont injecté à celui-ci un gène codant pour le récepteur à la vasopressine dans la même zone que les récepteurs de la dopamine. Résultat : le rongeur cavaleur est devenu parfaitement monogame".
Il semble du côté de chez Futura utile de préciser :
"Chez l'homme, des mécanismes plus complexes sont évidemment en jeu. Il est toutefois possible que ce gène intervienne dans certains troubles du cerveau comme l'autisme dans lesquels la capacité à établir des liens sociaux est altérée."

Ni la femme ni son lascar n'étant en effet des campagnols, et les autistes en ayant ras la casquette d'être cuisinés à toutes les sauces, nous nous sommes inquiétés de ces wagons de sous-entendus.
Existerait-il quelques indications précises sur la vraie conduite à tenir en termes génétiques, hormonaux et tutti quanti quand aux hommes, femmes et autres variétés excitantes ?
Oui. C'est trouvé. Pas même besoin de déranger Axel Kahn. Ni de piocher dans ces ardues publications scientifiques. Allons donc, tout est tellement plus pétissant chez Divine Caroline (sic).. Courez-y il y a tout ce que vous n'avez jamais aussi ni demander ni caricaturer ainsi.

Acte 3.
10 commandements pour jouir

Par ici c'est Disney ! Quel feu d'artifice ! C'est mon préféré, cet article intitulé : "Oui, la taille compte". Finaude allusion non ? Je vous laisse découvrir cette merveille de l'offre et de la demande en dessous de la ceinture, du fond de vague caution scientifique qui fait mousser et vendre.

Pour l'essentiel, je vous traduis. Pour le reste il faudra se procurer le livre, car ces révélations sont tout de même extraites du sans aucun doute remarquable ouvrage : "Le Cerveau femelle" (par le Dr Louann Brizendine).

1. Le gène des hommes dicte s'ils seront fidèles (encore !). Il y a un gène qui détermine le code d'une variété de récepteur de la vasopressine dans le cerveau, qui peut varier dans dix-sept configurations. Les mâles avec la plus longue (sic) variation génétique sont les partenaires les plus sûrs et fidèles. Il s'agirait-là de la seule taille importante en matière de camarade à longue durée de fréquentation.

2. Le cerveau est femelle. De la conception (de l'embryon) jusqu'à huit semaines, le noyau du cerveau foetal a les circuits du cerveau femelle (sic !). Après huit semaines, une énorme montée de testostérone rend mâle (si nécéssaire) ce cerveau en détruisant des cellules dans les centres de communication et en développant les régions consacrées au sexe et à l'agression.

3. Les femmes ne sont pas prédisposées à la fidélité. Les femmes cherchent inconsciemment les hommes avec les meilleurs gènes pour engendrer leurs enfants. Les caractéristiques symétriques sont un signal de gènes de qualité et les femmes sont atirées par les hommes aux traits plus symétriques, signes de bonne santé (!). Une femme va au plus simple, elle cherche un hommes qui puisse protéger sa famille. Mais lorsque que la nichée est établie, le besoin de s'accoupler furtivement avec les hommes qui ont les meilleurs gènes aux alentours persiste.

4. Les mamans "amoureuses" de leurs bébés. La recherche a montré que le fait d'allaiter libère dans le cerveau de la mère de la dopamine, la récompense chimique du plaisir. Il ya donc concurrence avec le père.

5. Eviter les pieds froids. Pour qu'une femme puisse avoir un orgasme, son amygdale, le centre cérébral pour la peur et l'anxiété doit être au repos. Les femmes doivent se trouver en situation confortable et avoir leurs pieds bien au chaud avant de débuter une relation sexuelle. Autrement, elle risque d'être perturbée.

6. Le passage de l'intensité passionnelle des débuts au calme attachement à long terme est la manière de la nature de préparer la possibilité d'avoir un nouvel enfant. Vous voilà prévenus.

7. Le cerveau femelle est expert à la lecture des expressions émotionnelles du visage. Les hommes ne peuvent pas bien lire ces émotions. C'est seulement lorsqu'ils voient des larmes réelles qu'ils se rendent compte que quelque chose ne va pas. C'est en raison de cette disparité que les femmes se sont adaptées, évoluant pour "pleurer ou crier crier quatre fois plus que les hommes". C'est leur moyen de signaler une détresse que les hommes ne peuvent, dès ce moment, plus ignorer.

8. Blessures d'amour. Chez la femme le "refus romantique" déclenche les mêmes circuits dans le cerveau que la douleur physique.

9. La Ménopause a une influence. À environ quarante-trois, le cerveau de la femme change, devient moins sensible aux œstrogènes, ocytocine, et autres neuromédiateurs. Les femmes sont moins inclinées à manger, communiquer, établir des relations sociales et tendres. Cette sorte de changement peut désorienter leur entourage, c'est bien normal.

10. Les femmes sont statistiquement deux fois moins homosexuelles que les hommes (!).

11ème commandement, ajouté par nous : Pitié ! N'en jetez plus ! Mettre la science à toutes les sauces qui font du buzz rend sourd.


(*) Note : Une légende urbaine persistante soutient que M. Rocco Tano alias "Rocco Siffredi" mesurerait 40 cm lorsqu'il se redresse. Ce n'est là que persiflage de dégonflé : Rocco mesure 1 mètre et 77 cm. Nous l'avons vérifié.

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