Le bon tour d'Enrique

Parmi toutes les péripéties de cet incroyable voyage de Magellan, il en est une ou deux autres dont il faut propager la flamme.

En 1511, Magellan, alors officier portugais, sert aux Moluques (Indonésie) et s'offre un esclave. Enrique, ou Henrique, selon les narrateurs, suit Magellan en Europe. Il demeure à son service et embarque à bord de la Trinidad pour le départ de Séville de l'escadre (1519).


La mission des caravelles de Magellan est simple : trouver un passage par l'Ouest, ouvrant une voie aux Espagnols vers les Moluques et leurs épices, au nez et à la barbe des Portugais, maîtres de la route orientale, par Bonne-Espérance.

Selon Pigafetta, en arrivant en Mer Pacifique aux îles Samar et Cébu, aux Philippines, Enrique peut soudain comprendre les indigènes. C'est sa langue, du moins un idiome très proche du malais, que parlent ces gens ! En effet, les Philippines sont au nord de son archipel des Moluques.

Le premier homme à effectuer un "authentique" tour du monde, de son pays à son pays, le fait malgré lui.

Zweig :
"Criant et gesticulant les indigènes à demi nu entourent Henrique, et soudain l'esclave malais s'arrête étonné. Car il a saisi quelques paroles. Il a compris ce que ces gens lui disent, ce qu'ils lui demandent. Arraché depuis des années à son pays, il vient d'entendre des mots de son dialecte. Moment inoubliable ! Pour la première fois un homme est revenu à son point de départ en ayant fait le tour du monde."
(S. Zweig, Magellan, Ed Grasset, p 209)

Quelques semaines plus tard, Magellan, symbole de la mondialisation en marche (déjà) meurt sous les flèches des indigènes qu'il avait voulu impressionner de quelques coups de mousquet.

Une telle ironie de l'histoire n'est-elle pas somptueux pied de nez au comportement des Hommes ?



Après la mort de Magellan, le 15 avril 1521 (Google earth de la plage du combat), on refuse la liberté à Enrique, pourtant promise par son maître. Celui-ci aurait alors conspiré avec les locaux, et fomenté une embuscade où de nombreux Espagnol périrent.
La trace d'Enrique s'évapore là.

Au retour dans l'Atlantique de la seule Victoria et de ses 18 survivants (sur 237 marins au départ), Pigafetta découvre que son journal a pris un jour d'avance sur le calendrier local. Cela lui reste incompréhensible : il a tenu son livre avec grand soin. Ce mystère ne durera que quelque temps. Et puis la ligne du changement de date sera instaurée : on avance d'un jour en faisant le tour du monde vers l'ouest, on recule d'un jour vers l'est.

D'une certaine manière, la rotation de la Terre venait elle aussi d'être démontrée.


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