Suspendu

De nouvelles aventures, ailleurs, et les choses devant avoir une faim (bien faim) en soi, ce blog est pour un moment (qui pourrait tendre vers l'infini, qui sait ?) suspendu. Merci à vos réguliers ou impertinents regards... 

Bonheur et choses

"Dans la société de consommation, notait Jean Baudrillard, les hommes attendent le bonheur des choses. Ils les possèdent dans l’espoir qu’il se dégage d’elles et se pose miraculeusement sur eux. Les choses ne satisfont pas en tant que telles, mais comme vecteurs rêvés d’une ’satisfaction virtuelle’. On dispose les choses autour de soi et on attend naïvement, ardemment que le bonheur se pose, qu’il vienne…"

Voir Nietzsche, aussi :
Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l'oeil. Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l'on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s'avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l'on veille à ce que la distraction ne débilite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d'autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous. « Autrefois tout le monde était fou », - disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l'oeil. On est prudent et l'on sait tout ce qui est arrivé : c'est ainsi que l'on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt ! - car on ne veut pas se gâter l'estomac. On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. « Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l'oeil. Nietzsche

Des nouvelles...

... de la planète

Humour. Particulier, je vous le concède, mais humour, si.




et tiens cela aussi

La courbe-valeur du pétrole léger à New York.
A ce stade de délire, un sourire ?

Souris d'apocalypse


L'anniversaire du "mulot", la souris de nos ordinateurs (sur le blog Transnets), 40 bougies, paraît-il (voir notamment la fameuse conférence de 1968 !), m'adresse une question à propos de nos chers objets. D'aucuns ne disent-ils pas que nous serions déjà leurs créatures ?

Nous nous échinons ainsi depuis quelques millénaires à faire du monde une mythologie des outils. Une forêt peuplée à notre main : branche, silex, roue, tablette, parchemin, Ipod. A nos mains et fantasmes. Une colonie de prolongements dont nous rêvons parfois, lorsque nous avons trop fumé d'herbe ou trinqué au mezcal, qu'ils deviennent d'autres "nous" puis se révoltent et s'en prennent à nous. (Matrix, I Robot, I.A. etc....).


On emballe tout cela aussi sous le label de "progrès". J'y reconnais (dans ce label) aussi, notre désir de voir ces automates, par leurs présence rassurante, résoudre tensions, craintes, angoisses, et autres vertiges que nous entretenons à l'égard de ce monde immense et vide.

Le bâton rassure la main du marcheur. Dans notre métaphysique il s'agit désormais d'une armée de Golems. Une esclave cohorte électronique, destinée à entretenir la flamme de notre désir du monde.

Posséder, c'est exister. Posséder plus, ...

Un déséquilibre vers l'avant, la croissance, l'innovation. Un état de manque, une galopade "techno" sensée transformer le monde par l'outil, le conduire à coups de tonnes de TNT, d'acier, de cargos de portables, de béton, de barrages, d'avions chargés de laptops plus et mieux vers un état idéal. Un état que notre univers n'aurait jamais dû quitter.

On pourrait se rapprocher ici d'une "fonction" chrétienne du progrès.

Un lien avec le progrès ? Comment cela ?

Ce soir sur Arte, l'excellente série consacrée au premiers siècles chrétiens rappelait comment les gnostiques avaient perdu leur partie, entre le Ier et le IIème siècle. Les écrits d'Irénée de Lyon établissant leur hérésie.

Pour le chrétien le chemin de la foi doit conduire vers l'Apocalypse (au sens premier, la Révélation). Une course vers la perfection au terme de laquelle la Jérusalem d'Or sera reconstruite dans sa perfection, les compagnons du Messie reçus en une demeure d'où le mal sera exclut.

Sans parler d'exégèse plusieurs interprétations de l'Apocalypse ont co-existé.

Les hérétiques de la Gnose concevaient le monde comme une abomination, une erreur. La création d'un dieu inférieur (démiurge) et toute livrée au mal. Il s'agit de s'échapper de cette prison par la connaissance (la gnose), seule capable de les rapprocher de dieu. Pour les gnostiques la réalité est extérieure à l'homme, secondaire. Un monde mauvais par essence ne saurait se voir transformer. L'homme doit chercher son élévation et le bien par la connaissance.

Pour les chrétiens orthodoxes au contraire l'homme est partie du réel. Le monde a certes été corrompu par le démon. Mais il peut et doit être transformé dans l'attente du Jugement dernier. Dans l'attente, par son labeur, sa sueur (et l'outil !), l'homme améliorera le monde. Il en fera le jardin du bien, ce qui précipitera l'issue, l'Apocalypse, la réconciliation de la créature avec son dieu.

Transformer le monde. Le sauver par le geste et l'objet...

Il ne s'agit pas de soutenir que le monde chrétien distillerait une influence purement "matérialiste". D'une autre vie il me semble me souvenir de voûtes résonnant de sermons exigeant le contraire.

Pourtant dans sa définition de l'objet et du sujet, dans son ouverture mythologique, dans son attente de la Révélation au sein d'un monde "amélioré" dont les démons auraient été bannis, rien ne s'oppose dans le propos chrétien au déferlement des objets et de l'invention. Au contraire.







Tambour battant

Que le peuple d'Europe

Document : Strange Maps

L'Europe est au fil des décennies devenue ce morne champ de bataille des lobbies, des eurosceptiques, des libéraux indécrottables, des manoeuvriers de la gauche molle et des chasseurs de subventions. Par ci par là elle sert aussi de chaloupe de secours à des politiques sur le point de couler à pic dans leur région ou pays.

Reste aux peuples à s'emparer de cet espace démocratique. A l'inventer en terme d'enjeux. La seule voie (AMHA) sera celle d'une constituante et d'une convention populaire, capable de renverser ce pitoyable jeu des ambitions personnelles, des particularismes dévoyés, des intérêts obèses de dirigeants se prenant, à peine formés ou élus, pour nos princes.

L'universalité démocratique est un combat. L'aurait-on oublié, par ces plaines encore tièdes du sang de dizaines de millions de prolétaires ?

L'un des rares à oser porter ce fanion universel serait donc Cohn-Bendit ? (ici dans le Monde.fr, face au Président tchèqueet au Président du Parlement Européen, au Palais de Prague :)

(extrait)
"Quelles sont vos relations politiques avec Declan Gaynley ?" demande Dany Cohn-Bendit. Vaclav Klaus se tourne vers Hans-Gert Pöttering : "Pouvez-vous interrompre M.Cohn-Bendit et donner la parole à un autre député ?" Le président du Parlement n'en fait rien. "M. le président, vous avez pris position publiquement en Irlande en faveur de Declan Ganley, cette question est légitime." Extraits du dialogue qui suit : Vaclav Klaus : "Personne ne jamais parlé ici sur ce ton. Vous n'êtes pas sur les barricades de Paris. Je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi insolent dans cette salle !" Dany Cohn-Bendit : "Forcément, c'est la première fois que vous me rencontrez dans cette salle…" Vaclav Klaus : "Si je vous demandais comment les Verts se financent, on en apprendrait de belles." Dany Cohn-Bendit : "Je ne vous ai pas demandé comment vous vous financiez mais quelles étaient vos relations politiques avec Declan Ganley. C'est curieux que vous l'associez à une question de financement." ...

L'homme qui ne voulait pas courir

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Voila un livre qui n'a rien. Enfin pas de prix, ni de gros écho ou plateau TV. Mais un livre dont on parle et que l'on s'offre entre amis. Bon signe, dira-t-on. Très bon signe.

C'est pure régalade. Echenoz appartient à ces tricoteurs d'histoire l'air de rien, qui vous emporte dans la transparence de son récit, puisque cette fois, il a décidé que la vie était aussi simple que la trajectoire d'un coureur d'exception.

Emile Zatopek. Du souffle. Des grimaces. Un style tout en souffrance. Des victoires pas moins ni davantage désirées que des détours par des paysages d'enfance. Et puis les chars nazis, et tiens les chars soviétiques. Tout, quoi.


Courir
Jean Echenoz
Editions de Minuit

par ici pour en savoir plus

Zemmour race gratis

Notre inimitable bozo Zemmour continuant à se répandre ce samedi dans les médias de façon fort hilarante (les races existent, c'est évident, et puis c'est marqué dans la constitution) et néanmoins glissante (où est le problème, je ne vois pas, j'ai affaire à des maccartistes de gauche), continuons nous zaussi à alimenter la machine virtuelle vorace du voyage immobile.

Cette affaire une fois encore, déshonore la télé. Il ne nous reste plus qu'à dire, avec regretté tonton Bourdieu, que l'époque de la culture populaire avec la télé est passée. Nous en sommes à celle des boutons et du jus d'idées.

Pour mettre en circulation un peu de critique :

Pour faire court (et au vitriol) : Bella Ciao

Un peu de savoir et de questionnement (tiens, vous avez noté, les choses compliquées sont longues à expliquer) : Cette émission de France O

L'épidémie du bonheur

Cette horreur que l'on appelle le bonheur serait contagieuse. Si. Oui oui. C'est le fameux BMJ, bible des nouvelles neuves de nos maladies si terribles qui le publie ces jours-ci. 

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On ajoutera que le vecteur de propagation du bonheur identifié par certitude en laboratoire serait le sourire. Une espèce hélas en voie de disparition à l'état sauvage, et cela en dépit et peut-être en raison même de toutes les protections imposée par Nicolas (Hulot). 

En ces temps incertains et planétaires à angoisse culminante marchands de canons, de sécurités, de monnaies et de méfiances récoltant leurs décennales moissons, il serait également fait état par d'aucuns groupes contestataires anarcho-libéraux d'un déficit global de rigolade.

Dans l'ouvrage de référence "la farce qui vient" interdit par les médias et saisit dans une arrière boutique de boulangerie coopérative rayon confitures du plateau de Millevaches par les services policiers et barbouzards de MAM la rigolotte l'origine de cette fin du rire serait à attribuer à l'abus notoire et généralisé du sourire factice à la télévision. Oui. Comme l'avaient montré les souriants Popper et Lorenz avec l'appui de leurs cannes suiveuses : à sourire trop faux, on ricane bien jaune. 


Bref dans ce monde où Zemmour est en passe de se voir considéré comme un "penseur" et "Plus belle la Vie" une "oeuvre", l'idée que le sourire soit désormais imposé à coup de hache, en mode fendage de gueule, par des comiques burnés niant l'avion du Pentagone commence à faire frémir les foules les plus désynapsées.

Ne reste plus qu'à soulever le couvercle pour constater que Paris Hilton est cuite.

 
Tiens, je vous livre ce passage du Monde.fr.


Extrait :
"Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (...) ont plus de chance d'être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d'une tendance de ces individus à se rapprocher d'individus similaires," précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches "sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif
".

Voila. Je ne sais pas vous, mais moi cela me fait un peu comme de lire quelque part que le temps nuageux, cela se fabrique avec des nuages !

Et puis moi, je connais un truc vraiment contagieux. Ouais. Le bâillement. Essayez, vous verrez.

Les trois langues d'Zemmour


Eric Zemmour annonce avoir découvert qu'il existerait trois formes de langues différentes (ronde, en pointe, en mickjaeger, de gauche à droite sur ce document). Et pourtant certains s'obstineraient, selon lui, à penser que nous sommes semblables.

Je continue à recevoir un fort courrier à propos des "races" et j'en remercie les auteurs, du moins ceux qu'anime une interrogation sincère.

Je ne publie ici ni les "pros", ni les "cons" car de ce blog je souhaite tout, sauf en faire un lieu d'empoignade.

Pour moi, on l'aura compris, les "races" n'existent pas. Point. On peut parler de quantité de choses palpitantes, d'ethnies, de groupes socioculturels, de dynamique et de migrations, d'origines du langage, de structuralisme. Mais je ne souhaite consacrer aucune miette de temps à remuer ce cadavre de concept éculé et piégé qu'est la race.

Au demeurant, ce blog n'est pas techniquement conçu pour affronter une telle marée.

Il y a quantité de pistes et de lieux sur le Net pour se documenter. Et même de la qualité ! A commencer par celui d'Etre Humain, à qui j'ai ré-emprunté ces images et documents, puis ceux sur le racisme, l'arianisme, le nazisme, les pseudos origines génétiques des populations.

Amicale recommandation. Ne vous fiez pas aux arguments soi-disants scientifiques que vous trouverez ici ou là. Tout est maquillable, instrumentalisable. Et bon nombre de gens avancent masqués. Produisez votre propre réflexion, indépendante, à partir de vos observations. Oubliez ces craintes et préjugés que l'on aura fourré dans votre cerveau, il y a longtemps, pour rassurer ou inquiéter l'enfant que vous étiez.





Diagramme de la distribution de la couleur de la peau dans quatre populations humaines. Il montre qu’il n’existe pas trois ou quatre catégories de couleur de peau, mais une variation continue des peaux les plus foncées aux peaux les plus claires. L’on n’est donc pas blanc, noir ou jaune, mais plus ou moins foncé. Ce diagramme montre aussi que quatre populations suffisent pour réaliser un dégradé continu de couleurs de peau. Document NvB/LGB/UNIGE.

Sur la langue

On se sent flotter. C'est le moment délicat où l'on se souvient sans se souvenir. Mais si. Le nom de cet acteur ? Dans ce film ? Ce voisin de fac, en amphi de chimie ? Et alors le prénom de cette femme, que je retrouve à cette soirée et que j'ai bien connue des années plus tôt ?
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J'avoue un certain plaisir à observer mon esprit chercher, sans trouver; le sentir tâtonner aux limites du vertige déambuler parmi les brumes de l'incertitude. Le "personnage intérieur" que Descartes aimait voir en nous, cet "automate" se découvre faillible. Enfantillage ? Pas seulement. Ce plaisir de jouer avec le vide me rend la liberté.

C'est entendu. Une incertitude permanente serait douleur. Il s'agit pas de cela mais d'un pas de côté. Celui du funambule qui palabre avec ses craintes et s'amuse de pouvoir résister un brin aux ouragans du néant. Cette fragilité me fait.

J'ai toujours préféré les sillages qui s'effacent. Comme si l'on pouvait éternellement se reconstruire, remettre sa pensée en mouvement, décider de jouer et rejouer les cartes de sa vie intérieure.

Pour les tentatives d'explications de ce phénomène du souvenir qui vous glisse sur la langue, il y en a des quantités. Sur ce site-là, c'est en anglais.

Merci la dinde

J'ignorais cette tragique et fort descriptive histoire que je publie ici après l'avoir empruntée. L'occasion de citer et signaler l'excellent et palpitant blog "Ecritures du Monde" de Chantal Serrière.


Par Jean-Louis Gérôme Ferris (1863-1930), “Le premier thanksgiving“. Ces "sauveurs" indiens sont invités, loués, vivement remerciés. Pas pour longtemps.

Le peintre décrit à sa manière la première célébration de Thanksgiving. L’histoire raconte qu’elle eut lieu un an après l’ arrivée dans le Massachussets, du Mayflower, ce bateau chargé de pélerins puritains fuyant l’Angleterre en 1620.

L’hiver était froid et les nouveaux colons n’étaient nullement agriculteurs. Sur les cent deux ayant débarqué sur le sol du Nouveau Monde, la moitié d’entre eux périrent. Or, c’est un Indien de la tribu Wampanoag qui sauva le reste de la communauté. On dit qu’il leur offrit de la nourriture et leur apprit à cultiver du maïs, à chasser et à pêcher. Plus tard, à l’automne, lors de la première récolte, on organisa trois jours de prière et de fête où les colons partagèrent leur repas avec le chef Massasoit et 90 autres Indiens. Il s’agissait de les remercier et d’établir une amitié durable…..

On dit encore que des dindes sauvages et des pigeons furent servis à cette occasion .

Deux ans plus tard, la fin des récoltes fut à nouveau fêtée. Mais la référence aux Amérindiens s’évanouit pour ne formuler de remerciements qu’à l’égard de dieu. Après la mort du chef indien qui garantissait la paix, les Wampanoag furent finalement exterminés en 1676!

Oublie la bagnole

Le pire, à propos de la crise, serait bien le retour de la "bagnole".
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Au lieu de saisir cette historique et hystérique chance de s'en débarasser, au moins un peu, de la considérer avec des pincettes (oui je sais ce n'est pas sympa-sympa pour les travailleurs du secteur mais pardon c'est un peu plus compliqué que cela...) et de construire un autre rapport à l'espace et à l'objet...

Au lieu de tirer les leçons de cette première déflagration des géographies et raretés des "ressources" : main d'oeuvre esclave en Asie, acier, pétrole (la crise financière constituant le produit de la plus vaste intox financière de tous les temps pour masquer que les Etats-Unis ne sont plus le parfait empire des usines et ne le seront plus jamais).

Au lieu de changer, par trouille reproduire les anciens modèles économiques (gaspillage, consommation, pseudo-croissance), dont on croit connaître l'efficacité, balayant les tensions des marchés et des sociétés accrues en vue de la prochaine explosion (crise sociale en Asie ?)

Tiens à propos de bagnole, saluons la naissance de "BOOKS", hier soir, à Paris, sous la poigne d'Olivier Postel Vinay.

Sorte de Courrier International des livres. Pas une mauvaise idée. Une info tirée de leur site :

Les routes apparemment les plus dangereuses sont, en réalité, les plus sûres : voilà la plus étonnante des innombrables révélations qu’apporte la lecture de Traffic, estime Mary Roach dans le New York Times.

Ce n’est pas le danger qui tue, mais le sentiment de sécurité. Médusée, Ariane Krol rappelle ainsi dans La Presse cette histoire édifiante : « Dans la nuit du 2 au 3 septembre 1967, la Suède a imposé un virage à 180° aux automobilistes. Eux qui avaient toujours circulé à gauche ont dû adopter la conduite à droite. Résultat ? Le nombre d’accidents a diminué ». Dans la même veine, les autorités finlandaises ont dû se rendre à l’évidence : l’absence de panneaux réfléchissants dans les virages dangereux diminue la vitesse et donc, le nombre d’accidents.

Faut-il voir là l’effet inattendu d’une ivresse du pouvoir fort commune à tout être humain qui prend place derrière un volant ?

Pas sûr, plaide Bryan Appleyard dans le Sunday Times : « Le problème ne tient pas seulement à la puissance accumulée sous le pied droit des conducteurs, mais aussi à leur exclusion de toute relation humaine normale ». Tout rappel à l’humanité de l’autre rend raisonnable.

Exposés au regard des autres, les conducteurs de décapotables sont plus attentifs. Et « nous sommes plus prudents avec un passager à bord ou dans notre propre voisinage », rappelle Michael Agger dans Slate. Ce livre étonnant, « sans doute le meilleur jamais écrit » sur la conduite et la route selon l’écrivain Will Self dans le Daily Telegraph, est traduit ou en cours de traduction dans douze langues.

Eric Zemmour et les races

Quand cela cessera-t-il ? 

De tels saltimbanques à l'esprit vide ne cessent de nous renvoyer à la case du néant culturel et du savoir...

Non, M. Zemmour le concept de "race" dans notre langue (concept biologique) n'existe pas (y compris sur Wikipédia). Scientifiquement il n'a aucun sens, puisque l'on reconnaît désormais qu'il est indéfinissable. Aucun paramètre de biologie ou de comportement ne permet de délimiter une race (ex : à partir de quelle teinte de peau est-on foncé ou noir ?). Génétiquement un africain à la peau noire peut être plus proche de moi (et davantage compatible pour une intervention chirurgicale) qu'un blondinet scandinave.




Le brassage génétique qui a eu lieu à travers le monde durant des millénaires rend toute séparation (et filiation géographique  sérieuse) impossible.

Itou pour le brassage culturel.

Tous typés et bâtards, tous parents et tous différents.

Mais il est vrai que ce sont des notions un peu complexes à saisir, pour un esprit amateur de "réductionnisme" et de caricatures conceptuelles.

Relisez, documentez, étudiez, travaillez, M. Zemmour. Les idées simples et les trivialités (vous voyez bien que ma peau est blanche !) sont fausses. Nous n'en sommes plus aux "penseurs" des typologies du XIXème siècle, ni aux basses besognes politiques du XXème. Vous êtes aussi "noir" que cette charmante dame. Désolé, si cela vous pose un souci.

Metis et moi

Noir, nègre, caramel, black, coloré, negro, africain, basané, bronzé, brûlé, café, charbon, hâlé, noirâtre, sombre.

J'aime ces mots. Et pourtant je me suis longtemps senti mal à l'aise, face à mes frères d'autres teintes (moi le rosâtre ou rougeaud, blanc gris en hiver). Mal à l'aise même dans leur affection car j'avais la sensation, si directe et redoutable que quel que soit le mot qui se glisse entre mes lèvres pour les désigner, eux dont un peu de mélanine a dessiné le contour autrement sous le soleil, quelque soit ce mot il dresserait entre nous le glacis de la différence et des parcours de vie.
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Que par cette brisure s'engouffreraient encore les millénaires de malentendus, de haines, de mépris, d'amours incomprises, de castes et de misère intellectuelles, d'honneurs infantilisants et de colères macérées. De culpabilités, de fausses mémoires, de naïvetés rouées ou sincères. Entre nous, entre eux, entre eux et ceux d'autres teintes et cultures encore. Toujours ces mêmes manipulations et simplifications, à tous les étages. Partout, d'Orient en Occident. Réduction en miettes de la pensée, du partage, de l'humanité par la "crainte" de ce que l'autre a vécu de la différence.

Depuis quelques jours il nous est montré qu'un peu de cette fumée pourrait se dissiper.

Un peu. Pas davantage que chez nous, blancs, le partage de la peau n'empêche les cons ou les meurtris, les peureux et les haineux, les ignorants et les pions de détester les gros, les vieux, les laids, les handicapés, les femmes, les homos, mâles, aryens, sémites et tant d'autres. Il y aura toujours un moyen de retirer à l'autre une part d'humanité en le marquant d'une différence.

N'empêche. Pour cette génération un peu peu plus qu'hier, et sans tomber dans la moindre Obamania, que ce président soit excellent ou détestable, le mot de noir veut dire plus de ressemblance.

Dis moi ta douleur. Ta couleur et le reste, je m'en fiche.

Notons que métis n'existe pas dans la désignation des catégories "raciales", dans le sens des groupes que les Etats-Uniens cochent dans leur déclaration d'origine. Le métis cochera plusieurs cases (ils sont 2,5 % à le faire aux Etats-Unis). Jusqu'à quelle génération ? Est-ce car le problème du métis n'existe pas ? Ce pourrait être une hypothèse. Mais bien entendu, c'est le contraire. Puisque s'appliquait le principe de "one drop" : une goutte de sang noire chez un ancêtre faisait de vous un noir (quel aveu dans cette règle !)

Et puisque dans les années 60 encore, la "miscegenation" ou le métissage, dans cette horrible appellation, était considérée un crime dans bon nombre d'états américains, et jusqu'en 1967 les mariages interraciaux interdits en Virginie.

Ailleurs aussi, la mère d'Obama eut été lapidée.

Orfeu Obama



J'ai aimé trouver cet indice dans la biographie de Barack Hussein Obama, "President elect" : lorsqu'on l'interroge sur l'origine de la force de son engagement à l'égard de la réconciliation des ethnies, il cite volontiers et régulièrement la découverte qu'il fit, jeune homme, de la fascination de sa mère pour les personnages du film Orfeu Negro, de Marcel Camus (Palme d'or à Cannes en 1959).




The movie was considered exotic because it was filmed in Brazil, but it was written and directed by white Frenchmen. The result was sentimental and, to some modern eyes, patronizing.

Years later Obama saw the film with his mother and thought about walking out. But looking at her in the theater, he glimpsed her 16-year-old self. “I suddenly realized,” he wrote in his memoir, Dreams from My Father, “that the depiction of childlike blacks I was now seeing on the screen … was what my mother had carried with her to Hawaii all those years before, a reflection of the simple fantasies that had been forbidden to a white middle-class girl from Kansas, the promise of another life, warm, sensual, exotic, different.” 2
The Story of Barack Obama’s Mother Time Wednesday, Apr. 09, 2008 By AMANDA RIPLEY/HONOLULU

Soit en Français "Google"
Le film a été considéré comme exotique, car il a été tourné au Brésil, mais il a été écrit et réalisé par le Français. Le résultat a été sentimental, et, pour certains yeux modernes, paternaliste.

Des années plus tard, Obama a vu le film avec sa mère et envisageait de quitter la salle. Mais soudain il a entrevu les 16 ans de sa mère. "J'ai tout à coup
réalisé ", a-t-il écrit dans ses mémoires, Les rêves de mon père», que la représentation de ces noirs sur l'écran contenait le fantasme que ma mère avait porté en elle jusqu'à Hawaii, le désir d'une vie interdite à une blanche de classe moyenne du Kansas, la promesse d'une vie différente, chaleureuse, sensuelle, exotique. "




Tas de sable

Le chant du sable s'écoulant sur les dunes n'est pas un phénomène "nouveau". Mais pour qui est intrigué par de telles surprises, le fait que des chercheurs de l'Ecole Normale Supérieure (écouter ICI) s"y consacrent est un plaisir délicat.

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"N'était-ce pas chose curieuse , et toute particulière au sable - qu'il s'agît de la plage d'Enoshima ou du Désert de Gobi-, que la grosseur du grain restât pour ainsi dire sans variation : en fait, un huitième de millimètre environ, suivant une courbe proche de la courbe de répartition établie par Gauss."

"C'est ainsi que, pour s'être appliqué à dessiner en son âme l'image du Sable-qui-s'écoule, l'homme, parfois, avait comme senti s'écouler le plus profond de son être, devenu la proie de l'Illusion."

P 24 et P 27, "La Femme des sables", Abé Kôbô, Livre de Poche

Planet lies

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Tableau de bord
(d'une sorte de planète sur laquelle nous serions en transit)
A rien. Cela ne sert à rien mais nourrit un bien étrange sentiment.

Obama's day


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- Etoile du levant !
- Silence ! Silence ! Vois sur mon sein le nourrisson. En tétant sa nourrice il l'endort.

(Antoine et Cléopâtre, W. Shakespeare)

(Que tant d'attente et d'émotion ne nous conduise aux Enfers)

La couleur des Idées

C'est la bonne nouvelle de ce lundi. L'inutile et ridicule raz de marée des médias à propos des élections US et le choc psychologique que la planète en espère (dernier horizon, nouvelle frontière, le show bizz en lieu et place des idéologies ?) va se conclure cette semaine.
Si comme moi vous n'en pouvez plus de ces reportages bidon, de ces points de vue superficiels et tronqués à propos des Etats-Unis, de leur cirque, et du monde vu par le petit bout de la lorgnette de Milwakee en trente secondes express coupées au montage, je vous suggère une cure. Une réflexion. Une lecture, et pas forcément Tocqueville. Non. Conrad, par exemple, "Au coeur des ténèbres". Je suis retombé par hasard sur ce texte et l'écriture parfois difficile du marin connaisseur de toutes les eaux humaines et troubles est ici d'une limpidité sans faille pour nous suggérer son, ce, notre monde opaque et complexe. Ou décidément vous ne pouvez plus vous passer de nos cousins Etatsuniens et de leurs inusables regrets de ne plus être les maîtres du monde, et d'ailleurs de ne l'avoir jamais été a part une minorité d'entre eux, voyez "Vote Report". Ou comment les dernières technologies (Twitter) sont convoquées à la rescousse pour tenter de contrer les manipulations du vote dans la "plus grande démocratie". Ces enfants de l'Ouest resteront d'éternels galopins, tellement prévisibles, avec leurs flingues et leurs joujoux à quatre roues motrices, que même les "faiseurs" d'histoires, à Washington et à Palo Alto, n'en croient plus leurs yeux, oscillant entre four rire et désespoir. Obama, dernier avatar de l'espoir à bon compte, mis en scène au pays de Disney et des contes ramollis si moraux.

Le sympathique sauveur noir va faire des US une nouvelle nation. Souvenez-vous de cette phrase. Elle résonne déjà pour moi comme toutes ces larmes que l'on versa à propos de ce sauteur de Kennedy, sans même accorder un regard au sinistre bilan de ce gugusse soumis à tous les vents fétides, à commencer par les faucons et les vrais salauds, de la baie des Cochons au Vietnam et à la déconstruction européenne à coup d'implantation de missiles.

J'espère ma crainte infondée. Qu'il saura surprendre son petit monde, à Washington, et mettre en place une intelligence de combat. Pénétrer au coeur de cette mélasse qu'est devenue l'Amérique pour y dénicher quelque chose ressemblant à autre chose qu'à une bande d'attardés désireux de se vautrer dans des jeux électroniques où l'on engrange des dollars et l'on bute des Arabes.


Ah si autre chose, dans ce ciel encombré de noirs orages et de joyeux éclairs : un lambeau de ciel bleu, vous savez ce bleu transparent qui renvoie à ces matins d'enfance lorsque le coeur léger nous partions à la pêche à la grenouille au lieu de nous contenter de lustrer de nos culs les bancs du collège. 

La naissance de "L'amateur d'Idées". Un site d'exploration sans plus et c'est là l'essentiel des courants et des idées, bien loin des canons épuisés étriqués efflanqués de nos médias poussifs, des émissions convenues et pitoyables éternellement à la gloire de nos "verts luisants" (BHL, l'autiste ayant bu le monde dans les bars à putes de Phuket, FOG et son sourire de spadassin, la comédienne has been soudain violée dans son enfance, d'Ormesson-les-mirettes-la vie-c'était-bien-surtout-la-mienne et consors)

Renarde bien rusée


La petite renarde rusée, à l'Opéra Bastille, déjà presque fini... (dernière le 12 novembre). Outre la légèreté de la production, l'allant et l'incandescence de la jeune Elena Tsallagova, parfaite en renarde faisant chuter l'homme de son illusoire piédestal au centre du Cosmos, on peut noter l'aisance avec laquelle un livret limpide et une partition sans prétention peuvent traiter un sujet aussi vaste que les rapports de culture et de la nature. Puéril, diront les grincheux. Non, l'opéra cela peut être juste sans être de plomb. Eblouissantes antipodes de Parsifal ou d'Adio Garibaldi. Bravo Janacek. Et bravo les poules, aussi.

Pour un milliard t'as plus rien

Je sais, je ne suis pas économiste. Mais en ce moment, avec tous ces experts à deux centimes, Jean-Marc Sylvestre en tête, je me dis que sur le zinc de "Chez Gégé" cela ne se débrouille pas plus mal, en comparaison...

Et à ce propos : "Haha, hips, et tu crois vraiment que les Ricains vont rembourser leur dette", pourrait être la brève de comptoir du jour.

source Wikipédia

Ne nous y trompons pas. La crise "réelle", la récession dans laquelle nous sommes depuis une année et sans doute pour une ou deux autres encore est un bas de cycle économique en relation directe avec la dernière bulle spéculative : celle de l'immobilier. Celle-ci avait été déclenchée au début des années 2000 par le système de décision américain, et notamment la Fed et les conseillers économiques de White House, en octroyant de l'argent facile aux banques (et aux amis industriels). L'économie US étant en quasi-panne, le seul secteur à en profiter jusqu'à la folie a été l'immobilier. Grâce à une machinerie, une "ingénierie" financière aussi performante que stupide : le pari sur la hausse perpétuelle du marché. Même un gamin de cinq ans a compris que les tas de sucettes ne grimpent pas jusqu'aux étoiles. Les Américains (moyens) l'ignorent. Remarquez ils sont nombreux à croire que Barak est Arabe, qu'Oussama dirige l'Irak et que le Monde a été créé par Dieu. Alors...

Oh, le vieux Gourou à lunettes, ce cher Alan (Greenspan) avait bien vu le camion foncer vers le mur. Alors tout doucement il a fait monter les taux, lui qui les avait mis si bas pour faire plaisir à la relance de Bush et au financement de ses guerres. Doucement car il s'agissait de faire alunir la bulle en la dégonflant comme un airbag. Son successeur à la barre de la Fed, Ben Bernanke, fit pareil. Tout cela n'allait pas trop mal.

Mais voila. Certains banquiers eurent le vertige, la bulle explosa encore et encore, les mécanismes de repli s'engagèrent (hausse des matières premières et des monnaies refuges) les alliés financiers (Chinois et Indiens) lâchèrent Bush. La mer se retirant devoila le secret des polichinelles : des millions des braves gens s'étaient endettés sans avoir le premier sou pour payer, leurs banques s'étaient dépêchées de refourger ces crédits de poussière et de cendres à qui elles pouvaient (empochant au passage de juteuses marges et dorés parachutes, normal, c'est leur métier).

La belle grosse bulle. Une manière de faire croire à des gens que les poules auront des dents et que demain le miel coulera du ciel. Un truc vieux comme la ruée vers l'or et le mythe de la Terre promise. L'un des problèmes de l'Empire américain réside dans le fait que depuis quatre décennies il dort, dîne, respire à crédit. Il peut s'offrir ce luxe, étant lui-même le banquier atitré du monde, sa monnaie étant, par la force des armes et le poids historique de son économie, monnaie de référence.

Et qu'est-ce qu'une monnaie sinon l'image imprimée de la confiance que l'on accorde à celui qui vous distribue les bons points?

Mais voila. Le fossé entre le réel et l'imaginaire se creuse. Que sont aujourd'hui les Etats-Unis ? Une puissance industrielle ? Un immense centre commercial arpenté par des cohortes de consommateurs en quête de leur "shoot" d'achat ?

La dette extérieure américaine vient de dépasser les 10.000 milliards de dollars. Plus de 80.000 dollars de crédit "national" par foyer.

Qui peut croire qu'un jour les Américains rembourseront cela ?

La dette est en dollars. Ce bon vieux dollar. La crise du dollar est ouverte. Elle vient d'être en partie comblée par les Européens, dont le discours subliminal, ce week-end fut : "nous garantissons que les gouffres des caisses des banques seront comblés par toutes nos monnaies et la sueur de nos contribuables" Les Chinois ne disent pas autre chose en en achetant, encore, des dizaines de milliards de bons du Trésor US.

La planche à billet va accélérer sa cadence. Des milliards de billets verts imprimés et distribués comme des confettis. La valeur du dollar va sombrer et s'équilibrer autour d'un nouveau paradigme : jusqu'où les nations du monde sont-elles prêtes à garantir la valeur de la monnaie américaine pour empêcher le naufrage général ?

Je prends le pari : la dette US sera purement et simplement partagée entre toutes les économies du monde.

Pour partie elle l'est déjà. Elle vient de l'être, ce week-end, à Washington et Paris.

Reste à savoir si en contrepartie les nations parviendront à imposer un régime minceur aux Etats-unis, en les obligeant à renoncer à la monnaie de référence, en imposant un pannier de devises.

Si l'on y parvient pas ?

La réalité s'imposera. C'est une des seules règles qu'enseigne l'histoire de l'économie : vous pouvez mentir encore et encore, longtemps, faire payer vos dettes à ceux qui gobent vos fadaises. Mais le jour où ils réaliseront que le roi était nu il faudra courir très vite.

Il reste à espérer que cela se produira avant que le point de non-retour ne soit dépassé. Ce moment où la confiance, même entre Etats, n'a pour de longues années, plus aucun espace où se faufiler.

Montagnier : de Jules Verne au Sida (Nobel)


1994 (Archives)

Je republie cet article-entretien avec Luc Montagnier ici, ainsi que sur mon blog d'archives, en hommage au prix Nobel de médecine 2008 qui aujourd'hui distingue les travaux des chercheurs français Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier sur le sida ainsi que ceux de l'Allemand Harald zur Hausen dans un autre domaine, le cancer de l'utérus

Dix ans après la découverte du virus du sida, Luc Montagnier publiait chez Odile Jacob "Des virus et des hommes". Le récit de sa croisade de médecin-chercheur, du parcours de la maladie, ses espoirs face au mal du siècle.

Cet entretien fut réalisé dans sa résidence, au sud de P
aris


"Vous avez de la chance, j'ai pu dormir un peu, je suis reposé ". Nous sommes un dimanche. A vingt minutes de Paris et de son laboratoire Luc Montagnier a déployé sourire et transats sur la pelouse qu'il vient de tondre. Un moment-oasis dans l'agenda d'un homme plus sollicité qu'un ministre. Les derniers remous tièdes de l'été font chahuter les arbres sentinelles, tandis que le découvreur du virus du sida évoque quelques souvenirs. Son arrivée à l'Institut Pasteur...

"Ce qui m'a vraiment ému, c'est l'annexe de Garches... La petite bâtisse où Pasteur est mort, dans cette chambre modeste. A l'Institut le culte de Pasteur est un peu trop caricatural et frise parfois la bigoterie, mais le personnage est fascinant par bien des aspects... Par son sens des réalités, par exemple. Il ne perdait jamais de vue les applications potentielles de ses recherches. Son culot aussi. Entre nous, il a eu de la chance que ses premiers essais de vaccination fonctionnent. Aurions-nous une telle audace aujourd'hui ?"

D'humeur buissonnière, l'oeil pétillant de complicité, Montagnier élargit un instant le cercle de ses mots et confie quelques affections. Ce qui le fascine ? Le vivant. L'exceptionnelle continuité du monde animé, avec ses mécanismes les plus minuscules, les molécules, leurs outils à l'échelles des chaînes d'atomes. Mais aussi les objets les plus complexes, les organes les plus finis. Quelle loi préside à cette organisation de la matière ?

On retrouve ici les compagnons de vie de Montagnier, les virus, aux marges du vivant et de l'inanimé.
"On peut aujourd'hui accélérer, produire leur évolution en éprouvette, pour observer quelles mutations peuvent survenir..., lesquelles s'adaptent, et tout cela en quelques heures... Cela s'applique aussi aux médicaments, des peptides, qui sélectionnent leur composants et leur forme, par le jeu des sélections...

Pourra-t-on ainsi, par le jeu des hasards nécessaires produire demain en laboratoire des médicaments qui n'existent pas dans la nature et que notre esprit aurait lui aussi négligé de concevoir ? Peut-être...
C'est dans la chambre de cette maison sémaphore, à l'orée d'une mer d'arbres, que les nuits du chercheur voient déferler cohortes de doutes, de questions, quelques lucioles d'espoirs aussi.
"Je suis en manque de sommeil depuis des années, alors chaque fois que je ferme l'oeil, les cauchemars me tendent leurs bras. Je passe le moins de temps possible en leur compagnie....".

Le plus souvent, étendu, les yeux ouverts, le médecin réfléchit. Prépare les questions qu'il va soumettre à ses collaborateurs, aux responsables de recherches de son département de virologie, et se demande s'il faudrait oser d'autres pistes, plus audacieuses encore. A quelles flammes se forge un personnage ?
Parfois, tout de même, le sommeil gagne. Un mince rempart de repos. Entre la lecture d'articles scientifiques, qui l'amène jusqu'au coeur de la nuit, et le travail difficile, qu'il retarde pour mieux en venir à bout sous les lueurs de l'aube.
Dans son livre, Luc Montagnier révèle quelques fragments de sa vie. Ceux qui l'ont, pour l'essentiel, construit. Son enfance, avec un accident qui laisse quelques empreintes, et la disparition de ce grand-père emporté par le cancer, qui l'aiguillera en douleur vers la médecine.

Mais c'est comprendre et savoir qui anime déjà l'adolescent de Châtellerault. Bien entendu, il engloutit son Jules Verne et grignote toutes les expériences amusantes qui lui passent sous la main, derrière les épaules de son expert-comptable de père, bricoleur amoureux de progrès. C'est tout juste la fin de la guerre. Dans la cave-laboratoire de la nouvelle maison (la précédente a été bombardée), c'est un voyage extraordinaire : piles électriques au sodium, laboratoire de chimie, mélanges explosifs...

A seize ans, et deux bacs en poche, Montagnier (pas assez forcené en labeur mathématique pour devenir physicien) se lance à la fois sur les sentiers de la science naturelle et de la médecine. Pour se reconnaître, sept ans plus tard, en cet assistant de biologie moléculaire, à la Fondation Curie de Paris. Avant d'opter encore, en 1957. Mais cette fois, ça y est, c'est pour la virologie, et la rencontre d'un maître, Raymond Latarjet...

"C'est en 1982 que le sida commence à retenir mon attention de chercheur.... l'agent responsable pourrait être un virus..."
Que vient faire le hasard ici ? Tout, peut-être.
C'est Paul Prunet, directeur scientifique de l'Institut Pasteur Production, qui pilote Montagnier vers cette recherche. Par une simple question : regarder si un rétrovirus, vecteur du sida, pourrait être présent dans le sang dont se sert le laboratoire pour préparer des vaccins. Une excellente et précoce question, à l'origine de la création de l'équipe Montagnier, Chermann, Barré-Sinoussi.

L'histoire de la découverte du virus restera entachée d'une polémique scientifique. Celle occasionnée par une contamination des cultures virales du laboratoire américain de Robert Gallo, le concurrent de Montagnier. Un virus communiqué par les français, selon les habitudes de la recherche internationale, et que Gallo baptise d'un autre nom, dans la logique de ses travaux à lui.

La polémique est aujourd'hui close, à l'avantage exclusif des Français.
Gallo a-t-il "volé" le virus français ? Le pasteurien n'a pas d'atomes crochus avec l'Américain. Les tempéraments des deux personnages sont à l'opposé, et Montagnier relate dans son récit une rencontre glaciale avec Gallo, chez un ami commun... La question fait souffler une brise glacée sur le regard du virologue.
"Je n'ai pas de raison de douter de la thèse présentée par Gallo, qui est celle d'une contamination de laboratoire". Avec un regret toutefois : "Si l'administration française avait été convaincue plus rapidement par le travail de notre équipe, on aurait pu gagner des mois sur la mise au point de tests de dépistage..."
Aujourd'hui, on en est-on ? Un vaccin reste-t-il concevable ?
"Oui, définitivement... C'est difficile, certes. Par exemple, la piste la plus avancée, celle des anticorps neutralisant, semble vouée à l'échec, car les anticorps reconnaissent une partie extrêmement variable du virus.
Plus prometteuse, mais aussi plus complexe, une autre stratégie consiste à mettre en oeuvre des anticorps qui s'en prennent à des parties conservées du virus. Ou encore à provoquer une immunité des cellules contre le virus, avant son intrusion. C'est plus complexe, et pose le problème éthique de l'essai de ces vaccins.
Là encore, l'espoir pourrait venir de voies plus originales, qui passent par une expérience de terrain.
"Sur ce point nous comptons beaucoup sur l'Afrique. Dans des pays où l'incidence de la maladie est forte vous avez parfois dix pour cent des gens infectés. Les probabilités que les gens rencontrent le virus sont très grandes. Or on constate précisément que tous ne s'infectent pas. Un certain nombre ont probablement une résistance immunitaire naturelle, qu'il faut étudier et comprendre..."
En attendant le vaccin partiel ou total, les chercheurs tentent toutes les portes thérapeutiques. Comme les association entre divers antiviraux qui agissent sur différentes étapes de la réplication du virus.
"A mon sens, il faut une approche thérapeutique globale. Associer des anti-oxydants, des antibiotiques, restaurer l'immunité cellulaire qui permet la survie à long terme. Tout ceci dans l'esprit de bloquer l'évolution vers la maladie, bien entendu".
Une autre approche, ce sera demain, lorsque l'on connaîtra bien ces divers moyens de lutte, d'utiliser massivement ces médicaments.

"L'objectif étant, en quelques semaines de traitement choc, de faire sortir les virus présents dans les cellules à l'état latent, puis de les coincer par un traitement antiviral, pour éradiquer l'infection."
C'est ce type de stratégie que Luc Montagnier souhaite faire étudier dans les centres de recherche clinique qu'il met en place, dans la cadre de sa Fondation, et avec le soutien financier de la soirée contre le sida.
Ici le chercheur couvert d'honneurs, habitué aux joutes scientifiques autour des thèmes les plus discutés avoue sa sensibilité devant les ravages de la maladie.
Des patients amis ont été emportés...
"Je suis enragé de cela. C'est à la fois très dur, et une formidable motivation..." Celle du médecin ? "Oui, pas seulement... J'ai imaginé faire venir des séropositifs dans mon service, pour qu'ils rencontrent des chercheurs, mais je ne sais pas comment faire. Mais pour moi c'est clair, la motivation est là. L'urgence, pour que demain des gens bien portants puissent raconter au passé : j'ai eu le sida. Il faut lever le nez de sa paillasse, penser aux malades... Je me souvient de tous les noms des premiers patients. Ce n'est pas facile à vivre".
Depuis plus d'un an, le chercheur se bat aussi dans les couloirs et les antichambres lambrissées pour faire vivre sa Fondation, avec le soutien de l'Unesco. Les fruits de ce labeur à porte-documents mûrissent.

L'installation de trois centres de recherche clinique est en bonne voie. Il y a celui de l'hôpital Saint Joseph à Paris, un autre à Abidjan, et encore un autre aux Etats-Unis à San Diego.
Cela ne suffit pas au médecin ennemi du temps. Trois millions de malades, dix sept millions de séropositifs. C'est assez pour trransformer l'oxygène de l'air en énergie, à chaque instant.
"C'est vrai, j'ai sacrifié beaucoup de choses à cette lutte, mais que pouvais-je faire d'autre ? Il reste tant à essayer..."
Comme ces rencontres inédites avec d'autres chercheurs. Montagnier organise à Venise les 8 et 9 octobre prochain une réunion d'un genre inédit. Destinée à ouvrir un dialogue entre physiciens et biologistes.
Les prions, la maladie d'Alzheimer, peut-être dans le sida, les nucléations, un phénomène physique, intervient... Le vieillissement aussi, est concerné. Une réalité qui, aux yeux du pasteurien, montre bien que "pour avancer sur le sida, il faut bouger sur le plan des connaissances intimes de la vie elle-même".

Ce dimanche, le traqueur de virus consacre quelques heures de liberté à préfacer une biographie de Pasteur. Ce qui le frappe au détour du récit, c'est la manière dont vivait l'homme, séparé de la société, détestant les mondanités, réfugié dans son ultime cercle de famille.

Alors qu'en même temps, il pensait aux applications industrielles et sociales de ses travaux.
"Il était isolé, mais proche du monde réel, entouré de médecins, ressentait très violemment les problèmes de la société. Le sida aurait été de son époque, je suis certain que Pasteur s'y serait intéressé".



Un peu de ce ciel



C'est par ici, dans les étages et l'atrium du bâtiment 40 (expériences CMS et Atlas), et sinon à la cafétéria du Cern (Centre européen de recherches sur les particules), à Genève, que s'affairent les milliers des cerveaux qui doivent, devraient, auraient du, voici quelques mois, débusquer les lois obscures de notre monde. Leur mission, puisqu'ils l'ont ainsi définie : chatouiller une particule non encore vue mais attendue par la théorie du "modèle standard", roulement de tambour, le Boson de Higgs.

M. Peter Higgs existe, un journaliste l'a rencontré, dans son rôle de fantôme écossais.

On le sait : un incident technique a reporté de quelques mois le démarrage effectif de la nouvelle machine géante, le LHC ou collisionneur à protons. Une panne sommes toutes prévisible : la complexité de la machine, les efforts et les contraintes subies par les matériels entassés dans l'anneau de 27 km de diamètre, les aimants supraconducteurs pour imposer leur ronde aux paquets de protons, les tonnes d'hélium chargées de réfrigérer tous ces petits monstres magnétiques.

Qu'est-ce qu'un collisionneur ? Une machine à isoler puis expédier des constituants de la matière dans un tube, le plus vite possible, pour les fracasser. L'idée étant de les briser, ou d'en altérer le comportement de manière à en étudier le contenu. Ne sommes-nous pas de drôles de rêveurs briseurs d'objets ? Ou alors des traqueurs de créatures que nous créons au fur et à mesure, pour mieux les observer...

Matière, antimatière, quarks, gluons, bosons. Les populations du continent de l'étrange physique des particules m'ont toujours attiré. C'est même pour leurs beaux yeux que j'ai sauté dans la science, gamin.

Au passage, rappelons que le boson de Higgs est une évanescente créature sensée peupler le cosmos et expliquer pourquoi les choses, vous, moi, et les autres, avons une masse. Car en effet donc l'un des plus colossaux mystères de la physique contemporaine repose dans cette question vieille et belle comme la lune : pourquoi pesons-nous quelques chose plutôt que rien ?

Au long de toutes ces journées où, invité parmi eux, j'écoutais les physiciens, le patient et merveilleux Philippe Ghez, toute la formidable équipe du Laap, d'Annecy le Vieux (participant à la conception et au fonctionnement des expériences sur le LHC), je me demandais d'où pouvait bien provenir ma fascination.

Et d'où coulait l'énergie qui des vies entières faisait se pencher ce peuple étrange sur les arides mystères du monde ?

Car avouons-le, tout cela est aussi sec que le sable d'une dune asséchée par le vent. Et en les écoutant ma tête parfois prenait des pesanteurs de pastèque. Mais voir cette armée de huit mille physiciens en marche vers Le Mystère Absolu me semble tant de fois plus imposant que la place Saint Pierre noire de monde (horrible et fier mécréant que je suis).

Aux antipodes des laïus de ces frères jumeaux pas mêmes comiques (misérable et médiocre science de TV) ou des pseudo certitudes infusées de mauvaise foi par l'allègre Claude je ne glisserai ici qu'une confession. Ce qui m'émeut, humble spectateur de cette quête, est l'extraordinaire contrainte où demeurent les savants, les vrais, à contempler la nature à travers le prisme de leur plus respectueuse et modeste considération.

La quête du mystère ne ressemble-t-elle pas à l'activité humaine la plus sereine et la moins tordue ? Avec l'art ? Oui, tant que celui-là se tient éloigné des marchands. Je ne parle ni des brevets, de l'industrie, des armes, ni des mille conneries et autres usages que nous en bricolons ensuite. La science et le fric c'est l'art et le fric. Le second dévore le premier. Non, je ne discute que de cette brûlante et délicieuse envie de savoir. Celle de notre enfance. Pourquoi tombent les fruits ? Comment dorment les dauphins ? D'où explosent les soleils ? Avec cette envie-là aucun moyen de piper les dés. Evidemment, certains font semblant. Il y a chez les aventuriers du savoir autant de mythomanes qu'ailleurs. Un sous-groupe carrément sur-représenté dans les médias. Mais qui trompe-t-on ? Vous pourrez collectionner titres, médailles, publications, best-sellers, être membre de l'Académie et bouffi de certitudes. Si vous êtes nul, les "collègues" auront mal au ventre, à force d'en rire.

Sincérité malgré vous, donc.

L'autre étonnement demeure que si l'on désire en savoir un peu sur le monde alors il convient, au passage, d'oublier que nous ne sommes qu'humains. Imaginer que le monde existe, au-dehors de nous, sans se préoccuper de nous. Une sorte de condition pour pouvoir le contempler sans l'altérer.

Cette intuition m'est venue, gamin, tandis que les flocons de neige venaient fondre sur un pare-brise, par un dimanche de janvier alsacien. De ce que je voyais de l'intérieur de cette bagnole j'ai pu déduire avec l'écartement croissant des flocons, que le phénomène de résistance de l'air était proportionnel au carré de la vitesse à laquelle fonçait mon père. Rien à voir avec moi. Le monde, quelque chose d'extérieur, qui ne m'appartient pas mais à qui j'appartenais. Une union autrement sacrée que de se figurer que je suis au centre.

Un peu de ce ciel.






Vies de marins

Voiles et Voiliers consacre, dans son numéro d'octobre, un dossier de 16 pages à Nicole Van de Kerchove. Je ne parlerai plus ici de la douleur du départ de mon amie à la vie si belle et rebelle. Mais je ne pouvais pas n'en rien dire. Un beau texte, et un joli boulot d'exhumation de documents et de photos. Merci Laurent, merci Eric.
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Il conviendrait au passage de saluer le départ de Willy de Roos, un autre frère de la côte, que le crabe a emporté au coeur de l'été. Oui faisons-le. Nicole sinon en grognerait de mécontentement.

Coup de canon. Passage du nord-ouest en solitaire, navigation autour des deux Amériques... Celui -là non plus n'avait pas sa pipe dans sa poche, mille sabords. Un verre d'eau salé pour toi, commandant. Il rêvait de Magellan. De remuer les mêmes eux que lui, de l'étrave de son Williwaw. Il l'a fait, et ensuite a filé ses cartes du Détroit et des Canaux à Nicole. Encore une rasade, de rhum, cette fois... A toi.

La liste serait interminable. Les connus, les inconnus. Les trop humains et les autres.

Mais à quoi bon ? Pourquoi encore sillonner les Océans alors que la misère sévit, que les pirates, que les conflits "asymétriques", que le pétrole, etc...

Ce que le vent me glisse, en me prenant la nuque, les yeux sur l'horizon fréquenté par tous ces gars et ces nanas, c'est que maintenant que Magellan et les autres ont fait le boulot il est bien que certains continuent pour rien. Tans pis si les marinas sont pleines, si les cargos se multiplient, si pirates et rackets nous crient que tous ne partagent ni l'aisance et l'insouciance de naviguer.

Le geste élégant de ceux qui ont quitté, confort, certitudes, parents et amis, retombées médiatiques et enjeux personnels pour la beauté des vagues, ce geste là m'est aussi vital que la précision du jeu d'un virtuose. Ii y a désormais en mer une armada bateaux de plastoc, des mouillages pollués et des comportements de couillons.

Mais pour un patron de port corrompu, ou alors une Maud Fontenoy exemplaire de contre sens et de mythologie arpentée à l'envers, il y aura toujours ce marin anonyme, le coeur large, le front brûlé de soleil, qui aimera l'albatros et la mer comme la chantait Brel. Pour rien. Pour elle.

On dira longtemps d'eux qu'ils savaient naviguer.

Sables d'été


Revenir à Paris, bien sûr, oui.
Est-on là où se trouvent nos yeux ?

Cette distance entre la montagne, le chant violent des torrents, le regard de chiens de bergers et nos villes-machines que nous chevauchons comme on peut.

Cet écart de fumées et de bruits.
Cet écart comme nos pas ou alors un couloir de jet que nous parcourons la nuit, haute altitude, sous Jupiter et les Pléiades, dégourdir nos jambes, alors que les autres dorment, sous les couvertures et le chuintement de l'air pressurisé.

Que l'on revienne du désert, de haute mer, des estives de l'Aveyron, de Perse ou de la place du Peuple, à Shanghaï.
L'écart est là, qui tend nos vies entre les précipices et sommets, nous propose d'orienter la course des jours vers ces espoirs, et tant d'autres fantasmes.

Revenir à Paris.
Soupirer d'aise d'avoir échappé aux JO bilans des médailles. Je vomis ce chauvinisme acide. Le sport qui contient le nationalisme des canons et des machettes. Toujours ça de pris.

Avoir échappé aux mises en scènes et au reportage bidon de BHL sur la Géorgie.
Comme si quelque part on l'avait décidé, enfin.

Sourire de cette conversation, au café, avec Olivier, dans un soir de ce Paris d'été où soudain l'on est. Nu et surpris. Je lui parle des caravanes de sel, les dernières, à Tombouctou. Il me raconte ses souvenirs de Mer Noire. Les détournements, l'armée de pacotille, les hôtels de Sotchi transformés en lupanars pour libanais par charter, les maquerelles platine aux colts chromés, les soudards qui se prennent pour une armée et mettent la Géorgie sous leur coupe, narguant le Russe pour se donner un prétexte d'être au pouvoir.

Dix soldats. Dix soldats français contre des milliers qui tombent tous les jours. L'indécence de cette douleur étalée et impossible. Ce reportage le même jour, en RDC. Les gardiens des derniers gorilles de montagne osent à peine sortir de leur camp. Les rebelles exécutent un gorille de temps à autre, "comme on enverrait un email au monde". Paulin, le chef gardien raconte :" les massacres de villageois, les viols, les incendies ne font plus parler eux. Mais le moindre gorille tué, les médias s'en emparent. Les rebelles l'ont compris".

Le ronronnement des politiques. Ruisseau épuisé. Charriant cadavres et brandissant médailles. Carla et le Dalaï-Lama. Tout se tient dans cet énoncé depuis les explosifs de Nobel et l'attentat contre l'archiduc. Toujours des prétextes. Ne manque que le ton des "Nouvelles Pathé", avant le film. Tout le monde semblait courir vers nulle part, dans un océan noir et blanc, les inflexion du speaker disaient comment les maîtres pensaient qu'il fallait penser.

Armées de porte-parole. Sport, politique, people, météo, séries télé. Goûter à ce torrent immobile. L'information. Oui mais comment ? Le goutte à goutte malodorant s'écoule depuis le banc de journalistes courtisans. L'article de Courrier International parle de journalisme de statu quo. Amy Goodman, nouvel espoir du journalisme citoyen. La nomination du nouveau patron du Journal du dimanche, chroniqueur à Europe, ancien de l'Obs. Le fait du Prince. Encore, toujours. Les vérités dites et si peu pour entendre. Journalisme d'apparat et culture de supermarché. On ne pourra tomber plus bas puisque plus personne ne se cache même plus. Ruée vers la mangeoire.

Sourire à cette chinoise, faufilée dans un Iphone. Sa délicatesse fait le tour du monde. Ses doigts en V désignent l'électronique bruissement qui à chaque instant tasse et retasse le sable d'une hypothèse. Que notre civilisation ait du sens. Davantage que celle des hommes inconnus de la forêt ou du désert. Du sable sur ma peau, dans les dernières bouffées d'été. Les reliques de notre monde seront quelques-uns de ces images qui nous font aveugles. Rien de pire.


Iphone girl

Ma tête à l'envers


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C'est l'été, on bouge, tôt et tard, on regarde les nuages, on se roule dans l'herbe. Mais surtout une nouvelle histoire a pris possession de moi, me dévore, me met la tête à l'envers alors... Mille excuses à ceux qui viennent régulièrement ici.

Une phrase notée l'autre jour.
"Il a atteint le fond mais il creuse toujours. Ca me plie"

Belles journées.

Tous aveugles, N

Je reviens, en plus bref et plus clair, sur la zone aveugle ou "blind spot" en anglais. Vous le savez, j'aime les métaphores scientifiques, qui confinent à la poésie. L'idée de savoir que nos yeux ont des larges zones aveugles, quelque part me met en joie. En effet, la fresque visuelle, le monde tel que le composent nos yeux, est un reconstruction mentale.

A mon sens, savoir cela (et le constare, le ressentir dans la petite expérinece ci-dessous) permet de relativiser ses certitudes sur ce qu'est le monde, sur ce que nous sommes capables d'en percevoir, et la façon dont nous le pensons. Prenons garde à ne pas prendre des vessies pour des lanternes, et à ceux qui font oeuvre d'illusionnistes.

Il est impossible d'éviter tous les panneaux ? Certes. Mais un oeil averti en vaut une infinité...

L'expérience :




Sans tricher, fermer l'oeil gauche et viser la croix avec le droit. Le point noir "disparaît". Pfuitttt.

L'explication : la zone sensible, la rétine (en rouge) comporte une tache aveugle, qui correspond au point d'arrivée du nerf optique, le point noir sur ce schéma.





SOURCE (en anglais)

Le tribunal des Ombres (pour Ingrid Bétancourt)

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Il y a, sur les sites d'actualité cette bataille étrange de mots, à propos d'Ingrid Betancourt.

Les uns se réjouissent. D'autres tempêtent, reprochant au premiers et aux médias de donner dans l'idolâtrie vaine et, disproportionnée, alors que tant d'otages restent otages, que tant de malheurs frappent chaque jour.

Il suffit d'un mot. Il est connu. Il figure dans plusieurs des Livres fondateurs de nos civilisations.
"Celui qui sauve une seule âme est comme celui qui a sauvé le monde entier"

Pour ma part cette phrase qui établit l'inégalité de coeur comme la forme parfaite d'égalité me libère du diktat du "tous pareils". Elle me permet de choisir, avec ma subjectivité, ma faiblesse, mais aussi, je crois, avec ma modeste intelligence de vie. Elle m'autorise à accorder à cette libération un statut symbolique. Tant de vanités, d'usurpateurs, d'âmes creuses et d'esprits égotiques occupent chaque jour les tuyauteries (pour ne pas dire les égouts) de notre village planétaire, au sens de Mac Luhan, tant de mauvais acteurs usurpent dans nos vies et dans nos coeurs la le temps et la place place de ceux qui restent dans l'ombre, car leur trajectoire manque de "glamour" (oh ciel que je hais ce mot), n'est pas assez "vendeuse" (pour les médias) que je me sens libre d'accorder d'accorder à cette femme lumineuse toute mon émotion.

Je ne suis pas croyant. Je ne partage pas toutes ses opinions. Je ne la connais pas. Peut-être ne sommes-nous pas même faits pour être amis. Mais ses mots sont justes. Sa manière retenue de parler de ses tortionnaires, de ne pas réclamer vengeance, d'évoquer les autres otages et les combats à venir parle à ma chair.

Cela me suffit.

Merci à elle. Si phénomène de résonance médiatique et émotionnelle il doit y avoir, que ce soit donc aujourd'hui, avec elle qui ne m'avait rien demandé et ne me demande rien. Au nom des miens. Au nom de toutes les luttes invisibles qui n'exigent pas à passer à la télévision ou à faire exister leurs acteurs. Au nom de ce que la vie peut offrir, sans rien attendre en retour, Ingrid, je suis à vous. Vous pouvez porter mon attente.

Dans ce théâtre des Ombres que nous façonnent chaque jour nos misérables médias, il demeure quelques respirations de grâce.

Cercles pas nets



Oui, ce sont biens des cercles, malgré ce que que prétendent vos yeux...
Avant de témoigner la prochaine fois, que vous avez vu quelque chose, comme une soucoupe, pensez-y ?

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Déniché chez Dr Goulu

Gadgets contemporains

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Vous souhaitez espionner quelqu'un, le suivre par les mouvements de son téléphone mobile ? Mieux, activer son téléphone en mode silence et entendre toutes les conversations dans la pièce (ou la chambre) où il se trouve ?

Rien de plus simple cela se trouve ICI

Le plus effarant est-il que de telles possibilités existent ou qu'elles soient utilisées, ou encore à la portée de tous ? L'autre jour, aux Etats-Unis, une publicité pour le Taser, le pistolet électrique, version rose, moins puissante que celle des flics, que chaque femme devrait avoir sur elle en permanence à en croire la pub. Bien entendu les malfrats et autres violeurs des parkings ne s'en équiperont pas, eux, de Taser. Et la femme qui s'en servira sera toujours dans son bon droit et jugement, bien entendu...


Oh frémissements immortels des nuages, notre bétise est-elle si terrifiante que rien ne la fasse céder ?

Mozart l'esclave


L'été, ses lueurs, ses festivals, quelques pensées, pendant que je suis plongé dans l'écriture de mon prochain roman...

Contre l'esclavage. Jamais, dans l'histoire de l'humanité les esclaves n'ont été si nombreux et si peu "coûteux"

«Parce que la chance et le prestige vous sourient, vous méprisez vos frères.»
Allazim, Acte II, scène 7

Comment l’esprit préserve-t-il sa liberté lorsque l’individu est opprimé ? Zaide surmontera-t-elle sa condition d’esclave par la résignation ou par la révolte?
Pour la première fois à Aix-en-Provence, voici le seul opéra que Mozart ait composé de son propre chef et non sur commande. D’où son relatif inachèvement, sa création posthume et sa rareté.
Par cela même, Zaide se présente comme une oeuvre visionnaire. Destinée par Mozart à fonder la scène allemande des Lumières, elle indique au théâtre occidental la voie impérieuse du sentiment romantique.


En ce moment, Zaïde, de Mozart, mis en scène par Peter Sellars à Aix en Provence...

Pour en écouter, un peu, cette autre version :

4x4 apocalypse !




Oh joie ! Dansez, fourmis à bicyclettes !

Des propriétaires de SUV désespérés y mettent le feu, pour tenter de toucher l'indemnité de l'assurance, plus personne ne souhaitant acheter un 4x4 d'occasion aux USA.


DETROIT (Reuters) - La hausse des prix du pétrole ne s'est pas contenté de détourner les automobilistes américains des gros 4x4 et autres "pick-up": elle a précipité l'effondrement de ce segment de marché, qui a été la vache à lait de General Motors, Ford et Chrysler pendant des années.

Bon nombre de concessionnaires refusent désormais de racheter ces modèles d'occasion et les spécialistes du crédit automobile vont devoir faire face à de lourdes pertes. Quant aux "Big Three" de Detroit, ils revoient drastiquement à la baisse leur production tandis que les particuliers voient la valeur de leurs gros "SUV" (sport utility vehicle) chuter depuis quelques semaines.

Le recul des ventes de ce genre de voitures, très gourmandes en carburant, s'est accentué le mois dernier, ce qui a conduit à une accumulation des stocks. Mais, contrairement à la dernière récession de 2001, de fortes remises sur les prix des voitures ne devraient pas suffire à relancer la demande.

"La contraction du marché automobile entre dans une deuxième phase problématique. Comme les prix de l'essence restent à un niveau très élevé, la demande de gros 4x4 et de pick-up neufs plonge à une vitesse vertigineuse", explique Brian Johnson, analyste chez Lehman Brothers.

Les prix du pétrole sont repartis en forte hausse vendredi, franchissant pour la première fois la barre de 142 dollars le baril.

Pendant des années, la taille du marché des pick-up ("trucks") et gros 4x4 ("SUV") en Amérique du Nord a été démesurée quand on le compare à d'autres régions du monde.

En Europe, il se vend généralement un 4x4 pour cinq voitures de taille plus standard. En Asie-Pacique le ratio est de 1 pour 2. Mais, selon Automotive News, ce ratio s'est établi à un pour un en Amérique du Nord l'an dernier.

Avec l'envolée des prix du carburant, la valeur à la revente de modèles comme le F-150 Ford, la Chevy Silverado ou la Toyota Tundra accuse un repli de 20% ou plus depuis le début de l'année.

DU JAMAIS VU

Cette chute devrait contraindre les prêteurs, y compris les filiales de financement automobile de General Motors et de Ford, GMAC et Ford Motor Credit, à inscrire dans leurs comptes la dépréciation de valeur de leurs crédits automobiles.

Selon des analystes, les deux premiers constructeurs mondiaux pourraient devoir passer un total de plus de trois milliards de dollars de dépréciations en raison de la perte de valeur de leur "pick-up" et gros 4x4.

Ce constat a conduit bon nombre d'investisseurs à s'interroger sur les risques de voir les constructeurs américains se trouver un jour à court de liquidités.

Jeudi, l'action General Motors est tombée à son niveau le plus bas depuis 1955, perdant plus de 10%, après que Goldman Sachs est passé à la vente sur le titre et a déclaré que le groupe allait devoir faire appel au marché. De son côté, Chrysler, a dû démentir des rumeurs de marché évoquant un dépôt de bilan.

GM a annoncé lundi sa décision de réduire sa production de "pick-up" de 170.000 tout en proposant des facilités de crédit sur six ans.

Autre signe de l'épreuve que traversent les constructeurs : Ford, qui commercialise déjà sa gamme de "pick-up" Série F avec un rabais pouvant aller jusqu'à 5.000 dollars selon les modèles, a décidé de reporter le lancement d'une nouvelle version du F-150, une mesure à la fois inhabituelle et coûteuse, afin d'écouler les invendus.

Selon les analystes, les rabais devraient rester importants jusqu'à la fin de l'année car les ventes de voitures devraient tomber à leur plus bas niveau depuis dix ans, à environ 15 millions d'unités en 2008 contre 16,1 millions en 2007, soit une baisse d'environ 7%. Et rares sont les spécialistes qui tablent sur une reprise en 2009.

Mike Jackson, directeur général d'AutoNation, premier réseau de concessionnaires du pays, a estimé que même des rabais importants n'allaient pas suffire à relancer le marché des "SUV".

La baisse de la valeur de ces modèles ainsi que celle des "pick-up" a conduit certains concessionnaires à refuser purement et simplement de les racheter.

"Dans toute ma carrière, je n'ai jamais ça", a déclaré Tom Folliard, directeur général de CarMax, premier distributeur américain de véhicules d'occasion, qui a souligné que la dépréciation de ces gros véhicules est particulièrement spectaculaire depuis le mois d'avril.

Le prix de gros des 4x4 d'occasion a reculé de 24% en mai et celui des "pick-up" de 21%, selon Manheim, institut qui fournit des prix de référence aux concessionnaires.

Incroyable, non ?

Dans l'infini feuilleton "on peut tout faire avaler à un humain et surtout la plus raide des âneries et c'est même à cela qu'on le reconnaît" on peut méli-mélo se souvenir des kidnappées d'Orléans, de l'avion qui ne s'est jamais écrasé sur le Pentagone, des astronautes qui n'ont pas marché sur la lune, du monstre du Loch Boitsansoif, des éblouissantes révélations physico-dépressives des frères Bigbangtoff.

Et puis encore de cette somptueuse rafale de cercles dans les blés qui a, des années durant, fait jaser de fort doctes universitaires et "spécialistes".

Jusqu'à ce que nos petits farceurs racontent comment ils procédaient à leurs besognes.

Au fond, les plus amusant n'est pas la recherche de la vérité. Mais la découverte, jour après jour, d'à quel point on peut aimer se laisser gruger par des âneries, et même et surtout lorsque l'on dispose par ailleurs d'un esprit étincelant.

Rien d'étonnant. Les cerveaux bien achalandés ont une tendance à gonfler des chevilles une fois leurs premières prouesses commises : admission à Normale, l'X ou l'ENA. Comme par conséquence pour certains ce seront là les ultimes hauts faits de leurs existences. Une sorte de syndrome de la réussite précoce qui nous vaut cette tenace légende de pays le mieux administré de l'univers.

Il me reste un vague espoir : que la réciproque ne soit pas vraie et que les crétins aient souvent tort. Je n'en suis soudain plus certain mais bon sang en ce qui concerne nos lendemains, nos lois et notre plaisir de vivre ensemble, cela me consolerait.