Sables d'été


Revenir à Paris, bien sûr, oui.
Est-on là où se trouvent nos yeux ?

Cette distance entre la montagne, le chant violent des torrents, le regard de chiens de bergers et nos villes-machines que nous chevauchons comme on peut.

Cet écart de fumées et de bruits.
Cet écart comme nos pas ou alors un couloir de jet que nous parcourons la nuit, haute altitude, sous Jupiter et les Pléiades, dégourdir nos jambes, alors que les autres dorment, sous les couvertures et le chuintement de l'air pressurisé.

Que l'on revienne du désert, de haute mer, des estives de l'Aveyron, de Perse ou de la place du Peuple, à Shanghaï.
L'écart est là, qui tend nos vies entre les précipices et sommets, nous propose d'orienter la course des jours vers ces espoirs, et tant d'autres fantasmes.

Revenir à Paris.
Soupirer d'aise d'avoir échappé aux JO bilans des médailles. Je vomis ce chauvinisme acide. Le sport qui contient le nationalisme des canons et des machettes. Toujours ça de pris.

Avoir échappé aux mises en scènes et au reportage bidon de BHL sur la Géorgie.
Comme si quelque part on l'avait décidé, enfin.

Sourire de cette conversation, au café, avec Olivier, dans un soir de ce Paris d'été où soudain l'on est. Nu et surpris. Je lui parle des caravanes de sel, les dernières, à Tombouctou. Il me raconte ses souvenirs de Mer Noire. Les détournements, l'armée de pacotille, les hôtels de Sotchi transformés en lupanars pour libanais par charter, les maquerelles platine aux colts chromés, les soudards qui se prennent pour une armée et mettent la Géorgie sous leur coupe, narguant le Russe pour se donner un prétexte d'être au pouvoir.

Dix soldats. Dix soldats français contre des milliers qui tombent tous les jours. L'indécence de cette douleur étalée et impossible. Ce reportage le même jour, en RDC. Les gardiens des derniers gorilles de montagne osent à peine sortir de leur camp. Les rebelles exécutent un gorille de temps à autre, "comme on enverrait un email au monde". Paulin, le chef gardien raconte :" les massacres de villageois, les viols, les incendies ne font plus parler eux. Mais le moindre gorille tué, les médias s'en emparent. Les rebelles l'ont compris".

Le ronronnement des politiques. Ruisseau épuisé. Charriant cadavres et brandissant médailles. Carla et le Dalaï-Lama. Tout se tient dans cet énoncé depuis les explosifs de Nobel et l'attentat contre l'archiduc. Toujours des prétextes. Ne manque que le ton des "Nouvelles Pathé", avant le film. Tout le monde semblait courir vers nulle part, dans un océan noir et blanc, les inflexion du speaker disaient comment les maîtres pensaient qu'il fallait penser.

Armées de porte-parole. Sport, politique, people, météo, séries télé. Goûter à ce torrent immobile. L'information. Oui mais comment ? Le goutte à goutte malodorant s'écoule depuis le banc de journalistes courtisans. L'article de Courrier International parle de journalisme de statu quo. Amy Goodman, nouvel espoir du journalisme citoyen. La nomination du nouveau patron du Journal du dimanche, chroniqueur à Europe, ancien de l'Obs. Le fait du Prince. Encore, toujours. Les vérités dites et si peu pour entendre. Journalisme d'apparat et culture de supermarché. On ne pourra tomber plus bas puisque plus personne ne se cache même plus. Ruée vers la mangeoire.

Sourire à cette chinoise, faufilée dans un Iphone. Sa délicatesse fait le tour du monde. Ses doigts en V désignent l'électronique bruissement qui à chaque instant tasse et retasse le sable d'une hypothèse. Que notre civilisation ait du sens. Davantage que celle des hommes inconnus de la forêt ou du désert. Du sable sur ma peau, dans les dernières bouffées d'été. Les reliques de notre monde seront quelques-uns de ces images qui nous font aveugles. Rien de pire.


Iphone girl

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