"Déjà vu". Panique à bord ?

Je ne connais pas beaucoup de sensations plus troublantes, dans leur profondeur. Cela frappe n’importe quand, n’importe où et vous glisse le long de l’âme, le "déjà vu". Au passage cela conteste, taquine et ébranle ce qui vous tient debout : cet arbre au tronc si solide d'aspect, que vous pensez bien enraciné, et qui toute la durée de votre existence vous répète que vous êtes vous.

Comme chacun (deux tiers des gens reconnaissent des expériences de "déjà vu"), je les ai collectionnés, les “déjà vus”. Une scène avec des copains de terminale, à reviser dans un café. L’arrivée dans un village de Casamance, où pourtant je n’avais jamais mis les pieds. Et cette légèreté de l’air à Santorin, un matin de juin, avec les bruits des bateaux entrant dans la caldera effondrée. Et tant d'autres. A chaque fois le vertige d'être pris dans un looping du temps.
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Mais le feu d’artifice de ma vie eut lieu après que je me sois glissé dans fauteuil de cinema. J'étais mort d'effroi. Mort ? Ou encore vivant. J'étais au bord de la crise d'angoise. Je regardais un film, peu importe lequel, mais qui venait de sortir sur les écrans, et je sus, dès la première image, que j’avais “vécu” ce qui était projeté sur l’écran. Tout. Les scènes, les personnages, les péripéties, le secret convoité. C'est comme si j'avais "écrit" le film.

Je suis sorti de là comme j'ai pu, ai filé à l'anglaise pour ne pas inquiéter mes amis. Et entre mes murs, je me suis allongé à contempler le plafond. Ca y est. J'étais sorti de la route. Fou, malade, maboule.

Il m'a fallu quatre jours et quatre nuits. Retourner mes draps et mon sommeil. En parler à tout le monde et ne plus respirer, pour finir par retrouver le fantôme. Et son explication.

J'ai téléphoné à Air France. Oui, j'ai vérifié, vous pensez ! Incroyable ! C'était bien cela : six semaines plus tôt, à bord d'un vol Los Angeles Paris, j'avais dormi. Somnolé, plutôt, sous l'effet d'un cachet. Et sur l'écran de la cabine que je distinguais entre mes paupières mi-closes, avait été projeté ce film dont je n'entendais pas le son et dont je n'avais pas l'ombre du souvenir de l'avoir "vu".

Bon un faux "déjà vu" donc. Attendez d'avoir lu plus bas...

D'abord, voici ce qu'en dit Wikipédia :

Le terme déjà-vu, ou paramnésie (du grec para, à côté, et mnésis, mémoire, formé sur amnésis) décrit le sentiment d'avoir déjà été témoin ou d'avoir déjà vécu (phénomène appelé ecmnésie) une situation, pourtant nouvelle. Cette impression peut être déplaisante.
La confusion se fait toujours à réalité existante dans un autre lieu ou un autre temps ramenée dans une chronologie erronée. Elle se produit dans les atteintes diffuses ou intéressant l'hémisphère cérébral droit dans les fronto-temporopariétales, cortico-sous-corticales.
Ce terme a été créé en 1876 par Émile Boirac (1851-1917), dans son livre L'Avenir des Sciences Psychiques.

Quelques explications, trouvées ici et là (à compléter, sans doute)

• Certains visionnaires y voient la reminiscence de souvenirs d’une existence antérieure et la preuve de la métempsycose - c’est-à-dire la réincarnation. On peut sans difficulté écarter cette hypothèse, car le « déjà vu » peut concerner toutes sortes d’objets et de situations quotidiennes contemporaines, qui ont tout de même peu de chance d’avoir déjà eu lieu.

• Le psychanalyste Carl Jung y voyait une "reconnaissance de la mémoire collective"

• D’autres ont émis l'hypothèse que le « déjà vu » serait le souvenir de ses rêves prémonitoires.

• L'idée que les deux hémisphères du cerveau pouvaient entrer "en conflit" à cette occasion fut aussi avancée.

• Une autre hypothèse : un décalage entre la mémoire à court terme et long terme du cerveau.

• Et encore : cette impression serait causée par un arrêt partiel et très bref du cerveau. Le cerveau s'arrête momentanément d'enregistrer ; et nous revivons la scène au même instant puisque le cerveau ne s'est arrêté que pendant une fraction de seconde.

• Dans une récente expérience destinée à produire des familiarités inconscientes, Larry Jacoby et Kevin Whitehouse, psychologues à la Washington University de St. Louis, ont demandé à 30 étudiants de mémoriser une liste de mots. Ils furent ensuite installés devant un ordinateur, et durent regarder des mots apparaître à l'écran, appuyant sur une touche si un terme leur semblait familier. Très vite il apparut que la seule chose que les chercheurs avaient à produire afin de rendre les mots familiers aux "cobayes" était de les faire apparaître de manière très fugace, à la limite de la visibilité, avant leur affichage "normal".

• Une autre approche est celle de l'"intention". Le fait de projeter un événement, de le désirer, ou de vouloir le "reconstituer" mentalement par le récit ou une image très partielle pourrait suffire à nous le rendre familier, même si nous ne l'avons pas vécu. Cette explication par la projection de l'intention s'appuie notamment sur les travaux de chercheurs américains de la Duke University (Dr. Brown et Elizabeth Marsh) qui ont cette fois soumis des étudiants à des images de façon très rapide. Ils leur ont montré plusieurs jours plus tard les mêmes images, mais cette fois en leur donnant assez de temps pour les détailler, et en leur demandant s'ils s'étaient déjà rendus en ces endroits.

Voilà. Bien vu. C'est à peu près ce qui m'est arrivé...

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