Du balais, porte-plumes

Quel avenir pour la presse ? 
Quelques remarques en passant.

Dans un pays comme celui-ci (France) la faiblesse de la presse écrite fut "organisée" de manière structurelle. Politiques, industriels, annonceurs, distributeurs, syndicats ont géré leurs intérêts en rebattant les cartes en 1945. Cette entente tacite des acteurs ayant pour effet (occulte) d'empêcher l'arrivée de tout nouvel entrant significatif, et de geler le paysage de la presse d'INFORMATION.

Seuls étaient possibles des mécanismes de rachat- concentration (Hersant) ou d'émergences à la marge (Libé, Canard, Charlie, Actuel, le Quotidien de Paris...)

Ce partage objectif du marché d'après guerre (1945) par les contraintes sur le financement, la diffusion, l'impression, la publicité a rempli ses objectifs à la perfection et empêché le développement de journaux indépendants et de taille modeste.

Avec deux effets dominants :
- Fossilisation intellectuelle de la presse écrite. Dépendance accrue à la publicité et au pouvoir. Ringardisation progressive et inéluctable. Concentration et contrôle du secteur.
- Sous-développement chronique du journalisme indépendant. (Au point que tout le monde aujourd'hui trouve banal que politiques et journalistes soient formés sur les mêmes bancs de sciences Po)

Ce manque de vision et cette gestion des intérets immédiats a étouffé ce que dans les années 70 on a apellé ailleurs le nouveau journalisme ou journalisme total. Le journalisme dominant est un journalisme de survie. Lucides les braves "mercenaires" des groupes de presse savent que pour exister ou faire carrière il faut "plaire", ou du moins ne pas déplaire et garder ses états d'âmes pour le cercle privé. 

Du bas au haut, la pyramide est bâtie sur ce modèle de l'inhibition de la pensée et de l'action. De la complaisance.

La presse d'information est devenue un "produit". Les journalistes des pisseurs de copie interchangeables et sous-payés.

Cet article du Monde.fr est un magnifique exemple de ce mode de pensée dominant et crétin, que l'on tente de nous faire encore et encore déglutir jusqu'à la lie.

Ces messieurs du marketing, des banques et des cabinets ministériels le savent mais font mine de l'ignorer. La presse est une rencontre vitale. Entre lecteur et rédacteur. Le journalisme n'existe que parce que le lecteur accorde sa délégation, sa confiance de citoyen à quelqu'un qui travaille pour lui, afin de l'éclairer, de lui apporter une possibilité de penser le monde plus librement. Si un journaliste travaille pour un "produit", un "patron", un point de vue politique, il n'est que vent. Porte-plume.

Que l'on change le modèle économique ou technique n'aura aucun impact là-dessus. 

Une (vraie) presse ne s'échafaude que dans l'interstice que veulent bien accorder des lecteurs. Un espace qu'elle entend occuper, en résistance à toutes formes de pouvoirs. 





Article du Monde.fr
Des centaines de patrons de presse du monde entier se sont réunis du 1er au 4 juin à Göteborg (Suède) pour le 61e Congrès de l'Association mondiale des journaux (AMJ) et le 15e Forum mondial des éditeurs.

Dans un contexte de baisse de la diffusion et des revenus publicitaires, notamment aux Etats-Unis et en Europe, les éditeurs tentent de bâtir de nouveaux modèles économiques pour pallier le recul des recettes. Ce qui n'est pas simple, même s'ils affichent une certitude : face à un flux continu d'informations sur le Net, le mobile, le journal électronique..., l'innovation et la qualité restent le nerf de la guerre.


Sur le papier, des pistes ont été présentées, notamment par le cabinet de consultants Innovation. Il propose d'étoffer l'offre du samedi. Il a aussi planché sur un prototype de journal, intitulé 30/30, pour "30 secondes, 30 minutes", au format compact, au design soigné.

"INTÉGRATION"

Mais le sujet majeur de la réunion a sans conteste été l'évolution des éditeurs, voire leur révolution, face à l'arrivée d'Internet. "L'exploitation optimale de ces nouvelles opportunités multimédia est devenue un enjeu majeur pour les entreprises de presse", écrit l'AMJ. Les revenus issus des activités numériques représentaient, en 2007, 13,7 % du chiffre d'affaires du Washington Post (4,2 % en 2002) et 8,1 % de celui du New York Times (2,4 % en 2002), selon Borrel Associates. Le groupe Le Figaro, dont 13 % du chiffre d'affaires venait du numérique en 2007, prévoit que ce chiffre monte à 20 % en 2010.

En forte chute sur l'imprimé, les recettes publicitaires poursuivent leur progression sur le numérique. Le mobile représente aussi une opportunité : les recettes publicitaires pourraient y atteindre 11,4 milliards d'euros en 2011, selon Telenor. Mais "la publicité ne suffira pas", prévoit Pierre Conte, directeur général des activités numériques et de la publicité au Figaro. Il faudra trouver de nouvelles recettes sur le Web en développant des services autour de la marque.

L'évolution des façons de travailler a été au coeur des débats des éditeurs. "Le modèle de l'intégration des salles de rédaction semble dominant", souligne Vincent Giret, directeur éditorial multimédia chez Lagardère Active. "Nous avons changé notre façon de faire du journalisme", explique Javier Moreno, responsable du site d'El Pais. Le Monde, lui, conserve deux organisations indépendantes. Le Figaro, pour sa part, a renforcé la coopération entre les deux supports : les deux rédactions cohabitent en restant autonomes, mais elles dépendent d'une seule rédaction en chef. "Notre credo est de toujours renforcer notre travail sur le papier. Le quotidien seul, qui représente 34 % du chiffre d'affaires du groupe, est le navire amiral, mais il faut développer ce qui existe autour", insiste Francis Morel, directeur général du Figaro.

Reste que les conditions de travail du journaliste diffèrent largement entre un quotidien et un site Internet. Dans le premier cas, il organise son travail en fonction de l'heure du bouclage ; dans le second, il travaille vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sans parler des écarts de rémunérations ni du nombre de jours de vacances.

3 commentaires:

totem a dit…

Quid des medias purement internet comme Rue 89, Backchih info, le site de Schneiderman ou d'Edwy Plenel ?

(.) a dit…

Comme qui dirait... Expérience en cours. Et sincèrement curieux de ce qu'il va en résulter. A mon sens il manque tout de même un autre élément qui participe à l'étrange mixture qui définit un journal : le rendez-vous. Le support électronique a un inconvénient. Sa fluidité. Elle n'offre pas le partage que créait l'effet de "parution" d'un journal. A moins que... Car ne ne sont là que réflexions de dinosaure... Je suis impatient de voir un média électronique trouver sa formule (économique, aussi). A suivre donc !

Eric Poindron a dit…

« Il faut s’entraider, c’est la loi de la Nature. » Jean de la Fontaine

« Je n'ai jamais eu de chagrin qu'une heure de « Bateau-livre »
n'ait dissipé. » Anonyme.


Reçu hier cette lettre de Frédéric Ferney animateur du « Bateau–Livre » Sur France 5.

Je vous laisse juge de réagir et surtout de soutenir cette belle cause....

N'hésitez pas à laisser vos commentaires et vos messages de soutien que nous ferons parvenir à Frédéric FERNEY.

Une émission littéraire qui disparaît, contrairement au train, n'en cache pas forcément une autre.

Alors restons vigilants et continuons de soutenir ceux qui donnent envie de lire ailleurs que sur les autoroutes culturelles...

MERCI DE RELAYER L’INFORMATION ET DE LAISSER UN MESSAGE SUR CE BLOG :

http://blog.france3.fr/cabinet-de-curiosites

Votre dévoué,

Eric Poindron

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Paris, le 4 juin 2008

Monsieur le Président et cher Nicolas Sarkozy,

La direction de France-Télévisions vient de m’annoncer que « Le Bateau-Livre », l’émission littéraire que j’anime sur France 5 depuis février 1996, est supprimée de la grille de rentrée. Aucune explication ne m’a encore été donnée.

Si j’ose vous écrire, c’est que l’enjeu de cette décision dépasse mon cas personnel. C’est aussi par fidélité à la mémoire d’un ami commun : Jean-Michel Gaillard, qui a été pour moi jusqu’à sa mort un proche conseiller et qui a été aussi le vôtre.

Jean-Michel, qui a entre autres dirigé Antenne 2, était un homme courageux et lucide. Il pensait que le service public faisait fausse route en imitant les modèles de la télévision commerciale et en voulant rivaliser avec eux. Il aimait à citer cette prédiction : « Ils vendront jusqu’à la corde qui servira à les pendre » et s’amusait qu’elle soit si actuelle, étant de Karl Marx. Nous avions en tous cas la même conviction : si l’audience est un résultat, ce n’est pas un objectif. Pas le seul en tous cas, pas à n’importe quel prix. Pas plus que le succès d’un écrivain ne se limite au nombre de livres vendus, ni celui d’un chef d’état aux sondages qui lui sont favorables.

La culture qui, en France, forme un lien plus solide que la race ou la religion, est en crise. Le service public doit répondre à cette crise qui menace la démocratie. C’est pourquoi, moi qui n’ai pas voté pour vous, j’ai aimé votre discours radical sur la nécessaire redéfinition des missions du service public, lors de l’installation de la « Commission Copé ».
Avec Jean-Michel Gaillard, nous pensions qu’une émission littéraire ne doit pas être un numéro de cirque : il faut à la fois respecter les auteurs et plaire au public ; il faut informer et instruire, transmettre des plaisirs et des valeurs, sans exclure personne, notamment les plus jeunes. Je le pense toujours. Si la télévision s’adresse à tout le monde, pourquoi faudrait-il renoncer à cette exigence et abandonner les téléspectateurs les plus ardents parce qu’ils sont minoritaires? Mon ambition : faire découvrir de nouveaux auteurs en leur donnant la parole. Notre combat, car c’en est un : ne pas céder à la facilité du divertissement pur et du ''people''. (Un écrivain ne se réduit pas à son personnage). Eviter la parodie et le style guignol qui prolifèrent. Donner l’envie de lire, car rien n’est plus utile à l’accomplissement de l’individu et du citoyen.

Certains m’accusent d’être trop élitaire. J’assume : « Elitaire pour tous ». Une valeur, ce n’est pas ce qui est ; c’est ce qui doit être. Cela signifie qu’on est prêt à se battre pour la défendre sans être sûr de gagner : seul le combat existe. La télévision publique est-elle encore le lieu de ce combat ? Y a-t-il encore une place pour la littérature à l’antenne ? Ou bien sommes-nous condamnés à ces émissions dites « culturelles » où le livre n’est qu’un prétexte et un alibi ? C’est la question qui est posée aujourd’hui et que je vous pose, Monsieur le Président.

Beaucoup de gens pensent que ce combat est désespéré. Peut-être. Ce n’est pas une raison pour ne pas le mener avec courage jusqu’au bout, à rebours de la mode du temps et sans céder à la dictature de l’audimat. Est-ce encore possible sur France-Télévisions ?

En espérant que j’aurai réussi à vous alerter sur une question qui encore une fois excède largement celle de mon avenir personnel, et en sachant que nous sommes à la veille de grands bouleversements, je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

Frédéric Ferney


P.S. « Le Bateau-Livre » réunit environ 180 000 fidèles qui sont devant leur poste le dimanche matin à 8h45 ( ! ) sur France 5, sans compter les audiences du câble, de l’ADSL et de la TNT ( le jeudi soir) ni celles des rediffusions sur TV5. C’est aussi l’une des émissions les moins chères du PAF.


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