Cygne noir

"Planete Blog" : Chronique sur France Inter. (17 septembre)

Cela commence avec des cygnes : avant la découverte du continent australien, les Européens pensaient que tous les cygnes étaient blancs. La découverte qu’en Australie les cygnes étaient noirs a constitué une surprise de taille. Et ébranlé les esprits.
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Cet exemple, c’est le philosophe et mathématicien Nassim Nicholas Taieb qui le met en avant sur son blog. Il a donné ce titre à son dernier essai, The Black Swan, publié aux Etats-Unis. Et devenu un best seller.

Alors autant ne pas vous le cacher plus longtemps : Taieb pense que les grands évènements nous prendrons toujours par surprise.

Non, pour lui l’avenir n’est pas prévisible.

Pourquoi? Selon lui tout simplement parce que le nombre de paramètres en jeu est trop important, et que les forces en présence nous échappent. Et lorsque nous nous aventurons à vouloir prédire les choses, une découverte, une invention, une catastrophe, un attentat se charge de nous surprendre et de nous ramener à la réalité.


Pour ne prendre que ce domaine scientifique, nous construisons des modèles, des représentations du réel à partir de la surface, de ce que nous observons. Bien sur, il est vrai que cela fonctionne dans certaines situations, comme pour la trajectoire d’une fusée, le comportement des particules élémentaires ou les éléments chimiques manquant au tableau de Mendeleïev. C’est l’immense succès de la science.

Mais cela ne doit pas cacher que les vraies révolutions, scientifiques comme les autres, elles, sont inattendues.

C’est un peu comme si vous confondiez la carte avec la réalité. Vous voulez aller d’Ajaccio à Bonifaccio, en Corse, et vous prenez toujours par la route. Vous avez une carte mentale des lieux en tête. Le jour où vous faites le trajet en avion ou en bateau, vous êtes sidéré. Cela n’a plus rien à voir.



Les découvertes fortuites, l’histoire des sciences en est farcie
Les quasars
Internet
L’ordinateur
La pénicilline
L’electromagnétisme
Le laser
Le scanner
Le Viagra
Le postit
Pour n’en prendre que quelques-uns

La conviction de Taieb est celle d’un observateur de la science, qui se permet de la critiquer de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. Ell s'appuie sur ses travaux mathématiques, statistiques, mais aussi de son intuition.

Il explique qu’il a grandit au Liban, pendant la guerre. Il y a observé 3 choses
- D’abord que les gens faisaient toujours de faux pronostics sur la fin soi disant imminente de la guerre
- Ensuite qu’ils restaient confiants en l’avenir, malgré les catastrophes quotidiennes
- Et enfin qu’après les drames, les gens faisaient comme s’ils avaient pu les prévoir, comme si l’on avait pu agir sur eux
Ces comportements sont le produit de l’histoire de l’espèce humaine. Ils rassurent. Ils nous rendent le monde plus « vivable ». Mais ils ne fonctionnent pas lorsque les séquences sont plus complexes. Dans ces situations-là nous devenons comme le lapin aveuglé, paralysé par la lumière de la voiture.

Taieb pense que lorsque nous ne comprenons pas ce qui est en jeu, nos réflexes de simplification et de « rationalisation » sont contreproductifs et peuvent conduire à des erreurs d’analyse et d’interprétation. Et cela souvent au nom d’une trop grande foi dans une « lecture » de la situation, une prospective, une théorie dépassée.


Il dit que nous devrions nous mettre sur le chemin des idées nouvelles, améliorer notre exposition à la sérendipidité.

Sérendipidité ?

C’est l’art de trouver autre chose que ce que l’on cherche. Pour prendre l’exemple du Viagra, cela a été de reconnaître que la molécule agissait davantage sur l’érection que sur le muscle cardiaque, et de se servir de cet « effet secondaire » comme tel. Ou dans le cas de la tarte tatin de découvrir qu’une tarte au pomme renversée est meilleure que la normale…

Le mot vient d''un conte persan, "Les trois princes de Serendip",
Serendip désignait autrefois Ceylan,.
C’est l'histoire de trois hommes partis en mission, qui sur leur chemin ne cessent de trouver des indices en apparence sans rapport avec leur objectif, mais en réalité nécessaires.

Celui qui en promut l’usage chez nous, il y a trente ans, est Edgar Morin… dans le cadre de sa théorie de la complexité, après sa rencontre avec Jacques Monod, le biologiste
du « hasard et de la nécéssité ».



LIENS

....Nicholas Taieb....
....et encore....


....a propos du livre de Taieb1....
....a propos du livre de Taieb2....
....a propos du livre de Taieb3....

....serendipidité....


....les 3 princes....

2 commentaires:

catplume a dit…

Je parie avec vous que j'utilise le mot "sérenpidité" à mon prochain dîner de cons !

catplume a dit…

Sérendipidité, fallait-il lire avant de l'écorcher !