M.U.R.S. : es-tu mobile ?

Une voix te dit "tu" et tu te retrouves un smartphone à la main (si tu n'en as pas, on t'en prête un, amigo). Cool, tu te connectes au Wifi de M.U.R.S., histoire de lire les instructions, te doter d'un pseudo cool, suivre une voix qui te fait marcher. Pas besoin de réfléchir. Pas le temps. Effets colorés, espaces énigmatiques, vastes jeux qui attendent d'être joués, et puis cette nuée de mobiles qui chantent comme autant de cigales glauques.



Tu veux en être. Sans t'en apercevoir tu es déjà en obéissance, dans la routine de la soumission, et cela d'autant plus volontiers que tu es venu au spectacle et que tu as payé ta place. Tu aides tes camarades dont le terminal plante, ou qui ne parviennent pas à se connecter. Voilà. Tout le monde est prêt ?  Des animateurs surgissent sur les scènes surélevées, la musique devient forte, l'écran de ton phone t'attribue une couleur et tu dois rejoindre ton camp. Maintenant...

On te hurle de faire ceci ou cela. Musique de garage. Mouvements de groupes. Ici on peut parier sur les cours de bourse, faire l'écolo sympa en rebouchant et rangeant des bouteilles de plastique, sauter et danser en se laissant trier sans protester entre "beaux" et "moches", participer à des concours débiles et devenir célèbre sans la moindre raison.

Prochaine étape on choisit des boucs émissaires et on leur jette des trucs. Bon, très vite ce n'est guère plus ludique qu'une soirée en boîte de nuit et tu te demandes si ce sera tout. 

Boum. Tout bascule. Une explosion, du noir, du vacarme, des fumées et des odeurs âcres. L'on te tend un masque. Quelqu'un te bouscule et te le vole. Les gens commencent à courir. On te propose de trahir ton camp. D'éviter les "contaminés". De lancer des saloperies sur des "riches" qui tentent de fuir. Tu trouves une protection en plastique et tu l'enfiles pour te protéger. On ne te dira pas tout. L'inattendu, c'est la vie.

Ce n'est ni réussi ni raté. C'est une tentative de critique de notre dépendance aux technologies, aux abus qu'elle peut promouvoir. Pour concevoir M.U.R.S. les membres de la Fura Dels Baus disent avoir travaillé avec des laboratoires, du MIT, du Futurelab de Linz, d'Open Systems à Barcelone etc. Pffff... Si l'énergie des acteurs est au rendez-vous, cela reste un spectacle, et au fond tu restes en dehors, avec de la distance, et tu sais que c'est un jeu. Alors quand on te hurle qu'il faut te protéger en te recouvrant de film de plastique, tu ris. Jusqu'à l'instant suivant, où tu décides de faire ce que ton mobile te dit, mais pour jouer...



La Fura Dels Baus, compagnie catalane connue pour des spectacles et mises en scènes hors normes, s'auto-définit comme " une compagnie en processus d’évolution constant" avec le désir d'une "re-conceptualisation... de l’espace théâtral et du public".

M.U.R.S., jusqu'au 28 juin 2015 à La Villette (Grande Halle) à Paris, Entrée à 10 euros/personne pour des groupes à partir de 5 personnes.

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