Ma vie du mur


Rêve des doigts au mur
Texte et photo ©PL

Franchement je crois que toute ta vie tu fais le même rêve. Le même, qui revient sous plein de formes, avec des cornes ou des plumes, une fois serpent une autre nuage. Ce que j'en sais puisque je suis encore qu'un gosse ou presque ?

Bon je vais te raconter.
T'aurais pas un clope ?

Ca m'est arrivé quand j'essayais de dormir. Et pour un tas de raisons que je te raconterai plus tard peut-être, j'avais du mal à dormir. Ou plutôt pas trop envie non plus de me réveiller le lendemain avec une surprise qui m'arriverait dessus par derrière.
Je faisais souvent ça. Je me racontais une histoire.
Ou plutôt je la faisais raconter par mes doigts.

Tu vois ça ? Attends j'éternue tellement ça me fait marrer de me souvenir de ça.
Je suis couché, les couvertures sur moi, et y'a que mes bras qui sortent et qui amènent mes doigts sur le mur. Une paire de doigts c'est moi. L'autre paire c'est à tour de rôle tous les autres. Maman, Pater, la frangine et les copains. Tout, quoi.

Et je laisse les doigts se balader, se casser la gueule, causer entre eux. Enfin c'est ma bouche qui fait "ouais, merder tu fous quoi là", tout ça.
Mais c'est les doigts qui parlent.
Les doigts c'est pas moi. Au début, je leur laisse faire ce qu'ils veulent. Et après ils le font. Je les accompagne, mais ce qu'il fabriquent et ce qu'ils racontent ça sort de moi sans que je réfléchisse. Comme si c'était une vraie histoire qui leur arrivait. C'est comme ça que les histoires arrivent. Quand on réfléchit à rien. Quand on fait gaffe à rien.

Alors ce soir là, l'histoire qui arrive, c'est un rêve qu'ils se racontent. Mes doigts "Moi" qui disent : "Ca alors, dingo t'as vu ce qui est arrivé ? "
Les autres doigts qui rappliquent en face sont ceux du prof de maths. Va savoir pourquoi. Mais dans les rêves y'a personne qui commande. Et les voilà qui me causent.

- Qu'est ce qui t'arrive, Lanoy (ça c'est donc moi)
- Y sont tous morts.
- J'suis navré pour toi. (tiens dans mon rêve le prof de maths parle comme moi)
- Ouais, nettoyés, le Pater, ma mère, ma frangine, même si c'est qu'un rêve c'est dur, M'sieur.
- Et alors, il te dit quoi ce rêve ?
- Je le sens en moi comme si c'était vrai. Ca bouge en moi comme si ça devait jamais me quitter. Comme un animal qui se serait installé là, au chaud, pour sa vie, pour ma vie. Comme un premier jour, avec Adam et Eve.
- Et ça raconte quoi, cette histoire de ta vie ?
- L'autre soir j'étais puni.
- T'avais fait quoi à part rien ?
- Vous auriez pas une cigarette, M'sieur (dans la vérité, jamais je demanderais un clope à un prof, non mais t'es pas malade ?)
- Non, mais raconte. Ca m'intéresse ton histoire...
- Vous allez pas en faire un truc de maths, hien, j'vous raconte parce que je vous aime bien, et que les histoires sont faites pour être racontées.
- Si on les raconte pas ?
- Un chewing gum alors ? Merci, c'est chouette. C'est comme si vous respiriez pas, M'sieur. En fait c'est comme si nous n'étions que des histoires, quand j'y pense. On passe notre temps à tout transformer en histoires, à se raconter des histoires, à en écouter, à en inventer. Même ce qui reste de nous à la fin c'est un petit tas de cendre et une histoire.
- C'est vrai, Lanoy. Intéressant. Donc ?
- J'étais puni parce que j'avais piqué des bouteilles de blanc dans la cave. Et le Pater, y comptait les bouteilles, ce gros malin.
- Tu les volais pour les boire ?
- Sans doute, j'sais pas, dans les choses des rêves y'en a plein qui comptent pour du beurre, mais j'étais puni comme à Cayenne.
- Au bagne ?
- Ouais, z'avez vu le film avec Papillon? Quand il rêve de s'évader en bateau et que c'est comme le rêve de sa vie de liberé qu'il aura jamais ?
- Une métaphore.
- J'étais puni l'autre soir et les autre de ma famille sont tous morts dans un accident sur la route. Un camion qui te le a broyés contre le pilier d'un pont, dans la petite Diane que c'est à peine plus solide qu'une 2CV, vous savez... Une Diane blanche. Dans mon rêve je vois le tas de tôle.
- Difficile, comme rêve, et tu en conclus quoi ?
- Que mes doigts sont fortiches, à inventer des histoires pareilles.
- Et encore ?
- J'me dis que toute ma vie je serai celui qui est vivant et qui devrait être comme mort, avec les autres. Même si en vrai c'est pas du pinard que j'suis allé piquer dans la cave. C'était plus moche que ça.

Mais là tu vois mes doigts en ont mare de raconter. Ils ont quand même raconté le plus dur.

Secrets de famille

Rêve de l'oiseau

©Pl (texte et photo)

C'est une maison de famille. Vaste et solide comme un château. Des larges voûtes de pierre laissent entrer une lumière qui chante tant elle est généreuse.

Dans ce château indestructible chaque été, dans la longueur de ces mois de langueur se retrouvent frères, soeurs, cousins, grands-parents, tantes. La demeure est un vaisseau qui traverse le temps et offre à tous le sentiment irremplaçable simple et puissant de la confiance dans l'écoulement du temps. Les vies sont favorables à ceux qui dès leurs tendres années ont appris à se confier à elles sans trop de doutes.

Dans mon rêve pourtant, s'il y a cette musique, ce piano qui joue des airs doux et qui flottent à tous les étages, il y a aussi quelques endroits que la lumière n'atteint pas. Quel âge ai-je ? Peut-être vingt ans. Ou alors dix-huit. Peu importe. Je vais dans une tour où mes jambes de gosse ne m'avaient jamais porté. J'escalade et pénètre dans ce vieux grenier jusque-là sans intérêt.

Une bâche protège des objets. Cette protection est couverte de fientes d'oiseaux qui pénètrent et nichent sur les poutres. Sous cette bâche que je soulève je découvre un cadre plus brillant que les autres. Je le tire et découvre une représentation d'objets alignées, une gravure décrivant en détail des tubes semblables à des armes.

Je saisis l'immense cadre et le porte vers la lumière. Pourquoi encadrerait-t-on de telles dorures des dessins, même exécutés avec soin.
La légende dit : Brevet de l'Empire.... en hommage, le ministère de la Guerre à Monsieur XXX (le nom de mon arrière grand-père). Je découvre ainsi que la fortune de ma famille vient de la vente d'armes. Et dans un coin, dans un cartouche il y a un agrandissement.
On y voit ce qui est gravé sur les fûts : "au nom de Dieu, nous déchiquetterons les incroyants, les nègres et les communistes".

Je crie et je descends l'escalier. Je cours et sors du château. Je cours dans la forêt. Je cours et j'entends l'oiseau me dire qu'il faut savoir pour affronter le temps qui vient.

Je reviens quelques jours plus tard, et une grande fête a lieu au château.
Cette fois le problème est que parmi ces centaines d'invités il n'y a plus ne chaise pour moi.
Dans les coins des salons traînent des morceaux de chaises et de fauteuils. Sous les yeux de tous je tente de fabriquer, d'assembler quelque chose pour m'asseoir. Mais je n'y parviens pas. Les pieds ne correspondent pas aux assises, les bras aux dossiers.

Je renonce et m'en vais.
Cette fois par la grande porte, vers le bleu de l'horizon. Le coeur léger.
L'oiseau dit : "Tu vois !"

Le fil du train (rêve)

.Mon souvenir commence ici....

Le film, sur l'écran (les crans ?) a les couleurs passées (passé ?) des années 60. L'image saute (?) un peu. Une femme et son mari gravissent le sentier de randonnée ( rang donné ?) qui passe entre de gros blocs de rocher. La femme est exaspérée. Son gros de mari sue, transpire, rougit, s'avère incapable de franchir cet obstacle natutel.

Dans un passage un peu raide, dans une rigole de roc où se dérobent des petits cailloux sur lesquels marche l'homme, elle, passée la première et lui tendant la main, pose accidentellement l'extrémité de son bâton sur la main du mari.

Elle s'excuse.

Au ton exaspéré de sa voix, à son regard, et au geste qu'elle fait pour faire pivoter et enfoncer son bâton dans la main du mari, pour l'écraser sur le rocher, on comprend pourtant toute la haine que contient cette femme....


A ce moment-là je réalise que je suis dans une salle de spectacle. Mes yeux se ferment. Je m'endors. Je m'endors comme l'on s'endort lorsque la vie vous quitte. Catherine ma voisine, mon amie de toujours, qui m'a accompagnée au cinéma, ne réalise que lorsque tout devient noir. Je l'entends dire « Vite vite, son coeur... ». Je m'endors et grâce à cette voix cela est doux et peu m'importe. Je me sens glisser à l'horizontale. Je me retiens à la vie par le lacet de ma chaussure que je tiens dans une main, mais dont je sens qu'il file entre mes doigts incapables de le serrer davantage. Catherine. Tu es là, je sens ta présence qui e superpose à celle de ma mère. Nous n'avons jamais couché ensemble et pourtant tu es la femme la plus importante de ma vie. Mon corps glisse à l'horizontale et comme c'est étrange les yeux fermés je sens que l'on me soulève. Je glisse ainsi, couché en l'air, suspendu, dans la travée centrale vers la sortie. Tout cela est tiède. Des voix amicales m'entourent. La main de Catherine est là. J'ai déjà perdu une chaussure il faudra la retrouver si je m'en sors. L'autre ne tient plus qu'à un fil et mes doigts sont de plus en plus gourds. Une sombre et délicate lumière s'empare de mon corps.

Comment me suis-je retrouvé dans cette clairière ?

Il y a là une petite gare, une foule de bucherons et de travailleurs, comme dans les films sur l'arrivée du train dans une gare du far-west. C'est coloré et gai. Je vois tout cela et je comprends que c'est moi que l'on attend dans le train qui siffle au loin, ce point qui vient.

Je reconnais tout ces gens.

Ce sont les amis de ma vie.

Ceux qui m'ont aidé. Ceux qui m'ont détesté, aussi. Je me dis que ceux qui vous font du mal vous aident aussi, finalement, quelque part, tant que cela n'en vient pas au sang.

Je reviens. Je reviens.

Je me réveille.

Fin du rêve noté dans la nuit du 13 janvier 2010, vers 2h30 du matin...


Mythos (peuple du passé)




Nouvelle (Les peuples du Temps/Premier livre sur III)

©Textes et photosPL

Version brute (telle que twittée en nov et déc 09)


1/J'étais assis dans le noir, un morceau de lune dans l'oeil. Tu as autre chose à me dire ? demanda le bout rouge de sa cigarette.


2/-C'est la bonne heure, c'est à moi ? -Il n'y a pas d'autre règle. Une main vint sur mon épaule. Les doigts disaient ne sois pas inquiet.


3/Jusque là je n'avais répété que des formules convenues. Rien d'important. Que devais-je dire ? Dans quoi me lancer ? Ma bouche était vide.


4/Les premières fois j'étais venu avec le vieux. Il ne disait rien. Moi non plus. Il était entendu que nous ne devions prononcer un mot.


5/ Une fois, à l'écoute d'une voix rauque de femme, une voix où l'on ne pouvait qu'entendre la faim, et la sécheresse, j'avais soupiré.


6/"Idiot ! Même si l'infini nous inflige toute sa foutue lumière, tu dois te taire" avait-il craché, sur le chemin du retour.


7/Peu après il disparut. Le soir où je compris, je lançai des bois enflammés vers les étoiles, comme nous le faisions lorsque j'étais gosse.


8/Je finis par retourner jusqu'à la falaise. Dans la nuit je me faufilai parmi eux. Peu à peu, au fil des mois leurs mots prenaient sens.


9/De quoi parlaient-ils ? Le premier récit que je saisis était sombre et sanglant. Une cité en flammes, un peuple se vengeant de son prince.


10/Une autre nuit fut une succession d'hypothèses sur l'origine du sel. Quel ennui. Celui qui récitait était tout enivré de ses paroles.


11/Je n'en pouvais plus. La fois suivante, je pris du sable. Je le jetai sur l'assemblée en hurlant que le sable et le sel n'étaient rien.


12/Une brume légère montait de la mer. Pas une des ombres ne prononça un mot. Le lendemain un oncle vint dire que le soir ce serait à moi.


13/Le moment est venu. Sa cigarette s'est éteinte. Je me lève. Le mystère nocturne fait de nous des oiseaux glissant à travers le silence.


14/Quelque part, un rire. Soudain je comprends que le moindre mot ici prononcé pétrit la vie. L'ironie, mon bouclier, est à mes pieds.


15/Parmi les éclats du coeur de la nuit, une première mélopée quitte mes lèvres. Mon chant parle des nôtres, de l'incertain à venir.


16/De la glace s'abat. Des mouvements, des soupçons. Le cercle se défait. Qu'il se taise ! Deux obscurs m'arrachent au chemin de ma voix.


17/Bâillonné, emporté, me voici enfermé dans un réduit. Un cheval galope au loin. Le sol en frémit. J'attends et l'on ne m'explique rien.


18/Que n'ai-je lu dans les constellations ? Qu'ai-je chanté qu'il fallait étrangler ? Mes seules réponses : le silence des rats.


19/Seul jusqu'à la quatrième aube. Jusqu'à ce que de l'autre côté du mur un frisson murmure. - Nous sommes avec toi ! - Qui cela ?


20/On me passa de quoi me désaltérer, m'alimenter. Je ne pus distinguer qu'un seul homme. Jamais je crois je ne l'avais vu dans nos cabanes.


21/Lui semblait me connaître. Il puait la vache et défaisait mes liens. - Tu veux parler ? Les mots ne sont pas des poissons de sable.


22/Sur le retour le seul à venir me parler fut le Pantin. Ce sac d'os ne levait les yeux vers personne, s'acquittait en louant son âme.


23/- Ecoute, (sa voix rampait) personne ne m'a chargé de te parler. Alors un conseil de camarade. Ne retourne jamais aux Nuits des Paroles.


24/- Quel acide me répands-tu ? - On y gémît que les langues des tiens ont comploté toujours. Et que plus sournois, tu restaures le chant.


25/ - Comploter ! Ha ! Pourquoi pas mais contre quoi ? - Votre sang serait le poison des Paroles. - Qui dit cela ? - Que me donneras-tu ?


26/Dans le creux du bras dormait un animal. Long et velu. - Que veux-tu? - Je suis seul. Tu serais mon frère. - Bon dis-moi qui m'accuse.


27/ -C'est le Mat, qui d'autre ? (Il caresse sa bête) Il t'adore jusqu'à t'ouvrir le ventre. -Ca ne m'effraye pas. -Tu es plus fou que fou.


28/Une journée en besognes. Encore refaire le toit. Mais je ne pensais qu'à ça. Trouver le Mat. C'était la faute qu'ils attendaient de moi.


29/Je ne fis que le sabrer du regard, de loin. Alors à ma place ils convoquèrent l'enfer. L'incendie ravagea nos huttes un petit matin.


30/Sous les nuages dans ses larmes ma soeur rompit le silence : - Tu as parlé des choses à venir. Pour chacun tu n'as pas mérité de naître.


31/A venir ? Ma soeur ne voulut rien ajouter. Je sentais l'écho de sa douleur. Le futur. Ce qui advient demain était interdit de mots.


32/Le Pantin fut le seul à nous aider. Sauver nos affaires, trouver un abri. -Pourquoi personne ne m'a averti ? -Le vieux l'avait interdit.


33/Cannibales! Que reprochez vous au futur? Il me fallait éventrer cette imposture. Questionner ceux des Nuits et par la force s'il fallait.


34/Pouvais-je briser l'eau et vaincre leur peur? Ma folie à deux mains devint de les faire avouer. Leurs silences tuaient les miens.


35/Nos mains étaient plus en colère que nos pensées. Le soleil couché, sur le chemin nous les attendions. Notre vie ne valait-elle la leur ?


36/Le Pantin nous guida. Certains s'échappèrent. Ceux que nous tenions furent soumis à la question. Qui étaient-ils? Pourquoi leurs lois ?


37/L'atroce fut que j'aimais le faire. J'adorais leur souffrance! Ivre de force soudaine, je découvrais le pire: la vengeance des humiliés.


38/Ce que j'appris? Mitra, le vieux d'un autre clan me dit que mots et tournures pour parler du futur étaient bannies à cause des femmes.


39/Des mères auraient jadis conçu qu'avec les enfants elles possédaient chair sang et futur. Elles réduisirent les mâles à de pâles hochets.


40/Ma soeur dit qu'il s'agissait d'un racontar. Mensonge de mâles. Des femmes tenant le pouvoir l'auraient-elles interdit à leurs fils?


41/Cela ne tenait pas. Trop de haine en eut résulté. La haine. Ce reproche que l'on inflige aux autres par terreur de se trouver face à soi.


42/Après ce mensonge d'autres vendirent leurs langues. Futur était interdit car des pires charognes il fut père. En son nom régna la peur.


43/Nos futurologues prétendaient lire les chiffres et nous sauver. Effroi guerre et néant. Voilà les hordes que convoquèrent ces ignorants.


44/Des savants avaient-ils enflammé le monde ? Et comment ? Mes alliés me quittaient. Nos persécutions ne raflaient que fumées et rumeurs.


45/Ma défaite fut complète lorsque l'on découvrit le Pantin. Son corps mordu par un serpent. Par ici on respire donc moins que l'on ment.


46/Le Mat vint avec des pierres et la colère de tous ses chiens. Mère et soeurs me firent fuir. Dos à la mer. T'évanouir dans la poussière.


47/Leurs cris: ils me veulent crevé. Vers le désert ma course me laissait moins que la vie. A chaque foulée un rêve ou serment me quittait.


48/Un de ceux qui m'avaient aidé me retrouva. Avec de l'eau et des dates. - Ces imbéciles t'attendent côté mer. Fais du désert ta maison.


49/Ils avaient raison. Pourtant quitte-t-on son coeur ? Il fallut des lumières et du vacarme sur ma trace pour qu'aux ténèbres je m'offre.


50/Même loin dans la nuit je le voyais. Un cercle d'étoiles me désignait mon village. De toutes mes années la brise de mer portait l'odeur.


51/En dépit de ma terreur mes jambes avançaient. L'absence des miens me dévorait. Qu'étais-je dans cette obscurité poignardée? J'étais seul.


52/Quel est le nom de l'aube? Fuir et quoi? Oublier l'écume sous la barque de mes mains? Rire du sang du rêve du baiser qui m'a fait naître?


53/Depuis des nuits je ne lèche que des cailloux. Sur mes lèvres la sécheresse de mes regrets. Je marche. Je marche en rêvant de sommeil.


54/Le Mur. La montagne que personne n'avait franchie. Entre ses rocs, une blancheur froide et glissante. Mes mains la changeaient en eau.


55/Les boucs me fuyaient. Rapaces et loups m'ignoraient. Seules les épines mordaient. Mon âme était-elle à jamais perdue parmi ces sommets ?


56/Dans ce froid les brumes et les jours ma fuite n'était plus rien pour moi ni pour personne. Etrange. Cela commençait à ne plus me peser.


57/Devant moi une roche penchée en toit. Je me glissai, les yeux fermés, ébloui de couleurs. Mon cuir traversé des respirations de ma vie.


58/L'heure m'était tendre. Seule blessure à cette fin: quitter flots, airs, rocs et feux sans avoir su serrer une autre que mes soeurs.


59/Je me quitte, vaincu honorable. Ma viande est terre et ceci fut la stupeur de ma vie. Est-ce dans ce tiède sommeil qu'attend le mystère?


60/Une créature, une bête rampait, pressée de me dévorer. A l'aveugle un épais liquide s'écoula sur moi. L'on dit: "Bois. Demain tu verras".