Résignés ? Non, non, non

Parfois je me laisse aller et parle de ma soif de nature, et dans un dîner, sur un ponton, dans le couloir d'un laboratoire on me fouette : "tout cela n'est que nostalgie, le monde sans les ours, sans les mouches et sans les fleurs à pétales bleus, cela n'est pas bien grave. Nous vivrons dans les villes et alors ?"
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L'effroi qui me saisit lorsque j'entends cela, ou que l'on me dit que pesticides et Pcb dans les fleuves cela n'est rien, est tel qu'en general je me tais. Un silence de douleur : trop de phases trop de mots trop d'images veulent sortir de moi. Comment reprendre tout cela. Comment dire la sensation d'un brouillard sur la peau, le matin, lorsque le soleil commence à se dissoudre dans un autre jour.

Je sais bien qu'Ils ont presque gagné.
Ils ? Tous ceux qui au nom de leur paresse morale et culturelle n'embrassent plus qu'un seul front, celui du fric.

Tout dans cet incendie est bon à brûler : les arbres, la vie sauvage, nos libertés, les espaces ou nous pouvions courir, nus.

Demain nous nous immolerons nous-mêmes dans ce brasier de néant. Nous ne sentirons pas les flammes, résignés que nous serons.

Résignés ?
Pas tout à fait.
Jamais.

"Je refuse de considérer la nature comme un anachronisme du passé - un résidu de la période romantique, des Lumières, ou de toute autre époque sinon celle du souffle originel de la création. La nature est à la fois le fondement et la pierre angulaire de l'aventure humaine. Nos inquiétudes vis-à-vis du réchauffement climatique, de la surpopulation, de la guerre ou de la pauvreté ne peuvent se substituer à l'attention constante que nous devons lui porter. Elle est ce lieu des origines qui a puissamment contribué à faire de nous ce que nous sommes. Elle est l'étalon-or d'un système biologique intègre et inflexible. Je suis las du vertige éclogique que l'on éprouve dans cet univers agonisant sous les coups de boutoir de l'urbanisation - cette sensation vague et déprimante qu'il existait autrfois un monde différent de celui que nous connaissons aujourd'hui, cette impression étrange de flotter dans le vide et d'être déconnecté, cette indéfinissable solitude."

A lire :
Le livre de Yaak
Chronique du Montana
Rick Bass (Ed Gallmeister 2007)

Bass :
"Elle était si belle dans ce jour vacillant qui semblait la peindre tout en or.
Ses oursons gravirent anxieusement la piste derrière elle - dansant presque tant ils étaient nerveux, désireux de se dresser sur leurs pattes arrières et de faire volte-face, mais contraints de suivre leur mère - et je compris alors qu'elle aussi était nerveuse et cherchait à m'expulser de son territoire."


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