Qui a peur des enfants ?

foto

Ce billet pour signaler, ici en écho à d'autres sites, la parution de l'excellent ouvrage de Catherine Vidal (neurobiologiste, directeur de recherches à Pasteur) et Sylviane Giampino (psychanalyste et psychologue) : "Nos enfants sous haute surveillance" (Albin Michel, sept 2009).

En réponse aux délirantes tentations de dépistage des futurs délinquants chez des "petits" de trois ans, ou à la mise sous Ritaline de tous les turbulents, quelques phrases clefs :
"On en vient à faire croire que le mal de la civilisation moderne viendrait de l'enfance et qu'il faudrait le prendre à la racine chez les tout-petits"...

"Mus par une volonté adaptative, certains spécialistes confondent morale, instruction civique, respect d'autrui et psychologie..."

"Notre temps est celui qui ne tolère plus ce qui requiert du temps..."

"De même que l'on a cru pouvoir domestiquer rationaliser les flux de marchandises, les idées et les gens, on s'imagine que l'on peut mettre au carré des enfants dont la seule chance d'être adaptés à la société qui les attend est de grandir avec une énergie puissante, débordante et multiple..."

Voir le monde autrement


Vidéo sous titrée en français.

Merci à Dr Goulu pour ses excellentes trouvailles et posts, et notamment celui-ci : comment les données et leur visualisation peuvent éclairer nos analyses et sentiments, voire changer notre perception des choses.


Evidemment, ce point de vue de traduit pas toute la complexité de la situation. Il a l'avantage d'être fort étayé, dynamique, et de décaler le point de vue.

Lopez, ange du littoral

Emmanuel Lopez, disparu cette semaine, directeur du Conservatoire du Littoral était devenu un ami. Son action pour préserver le littoral, la délicatesse et la force de son action ont réconcilié les Français avec la partie la plus exposée, et combien souvent maltraitée de leur espace naturel.

foto Var matin

Emmanuel a accompli presque toute sa carrière au Conservatoire, avec une parenthèse de dix à la tête du Parc de Port Cros. C'était à cette occasion que je l'avais rencontré, puis publié cet article dans le Figaro (2003)


S’il fallait une démonstration du succès des parcs nationaux sur ce plan, Port-Cros est là. Une symphonie, un sanctuaire de la nature où la beauté est un coup de poing. Il vous arrive au ventre dès que la navette, un gros bateau ventru et rouleur, pivote dans l’émeraude liquide pour accoster . Alors l’image, le son et la pluie de lumières et d’odeurs vous laissent sans voix. Bien plus petite et sauvage que sa sœur Porquerolles, cette île de la rade d’Hyères (Var) devint avec la Vanoise l’un des deux premiers parcs nationaux français, peu après la fameuse loi de 1960. Ici la forêt a reconquis les sept fermes et domaines et les usines (de soude) abandonnés depuis un siècle par les hommes. Oubliés les jurons des barbaresques et des pirates qui y firent escale jadis, les canonnades du débarquement de 1944. La seule respiration ici, le soir venu, est celle du vent. Le dernier bateau emporte les touristes du jour vers 18 heures. Alors les chemins creux aux odeurs de sables, de chênes et de pins sont à nouveau déserts. C’est l’heure pour escalader le Mont Vinaigre ou se perdre dans le Vallon de la Solitude. Seuls les îliens, et leurs rares hôtes (les capacités d’hébergement sont très limitées et les navires ne transportent que 2000 personnes par jour) entendent alors rigoler les grenouilles et pleurer les tamaris. Oliviers, bruyères, myrtes et lentisques font un univers peuplé de lézards rares et d’araignées connues de quelques spécialistes. Survivent ici des espèces endémiques, qui ont échappé à la dernière glaciation, il y a des dizaines de milliers d’années. Et les terriers des puffins cendrés, ces oiseaux aux cris de bébés, sont scrutés par des caméras, histoire de voir si rats ou chats ne vont pas commettre quelques festins interdits…

Sous la surface les espèces se bousculent aussi. Les zones interdites à la pêche et aux mouillages, et par là aux ravages mortels des ancres de milliers de plaisancier amoureux du site ont été ménagées. Du coup, si l’on met la tête sous l’eau, le contraste est saisissant. Ici la forêt d’algues, des herbiers de posidonies nourricières, et là un tapis de sable et d’algues mortes, désarçonnées, arrachées au fond. Et dès qu’un gros yacht de milliardaire battant pavillon des Nouvelles Hébrides vient promener son ancre gigantesque, les gardes du parc multiplient les rondes d’habitude consacrées aux braconniers…

Port Cros a démontré que la sauvegarde était possible. Le roi mérou, quasiment exterminé, y est revenu en abondance, le travail de suivi de l’équipe de Philippe Robert (groupe d’étude du mérou) l’a montré, la murène et la cigale de mer aussi… Et il suffit aujourd’hui de mettre la tête sous l’eau pour faire la fête avec les poissons, comme le long du sentier sous-marin de la Palud, la plage du nord de l’île.

Ce trésor a un prix. « Ici, tout est interdit », ronchonne un commerçant du port. La liste est longue. Sont interdits : de faire du feu, de fumer, de camper, de faire de la moto ou du vélo, de faire du bruit, de laisser des déchets, de promener son chien, même en laisse, la cueillette, la pêche sous-marine, à pied sur une large zone, l’accès interdits à certaines zones, comme l’île de Bagaud, juste en face du port, qui sera bientôt classée réserve intégrale.

Et l’on s’en doute, les interdictions ne vont pas sans frictions…

Il y a quelques jours, sur le port. L’un des jeunes stagiaires du parc saisit le mégaphone et d’une voix timide demande à quelques baigneurs d’aller faire trempette sur une des plages de l’île, loin des quais et des hélices des navires…

Un restaurateur, en train de déménager du fret sur le quai lui répond fort élégamment, sans mégaphone, mais avec le même volume sonore « Ta gueule,… laisse les se baigner où ils veulent… » Ambiance.

Sur la vingtaine d’habitants officiellement recensés, certains « anciens » seraient ainsi éternellement « mécontents », estiment les autres, arrivés plus récemment et donc plus favorables au parc. Les uns seraient prêts à s’insurger à la moindre fermeture, à la moindre menace de restriction. Et flirtent avec les interdictions, remplaçant les voitures par des motos à quatre roues. Les autres reconnaissent les privilèges que leur confère l’existence de cette zone protégée, et trouvent que les réunions annuelles de concertation, ou les déjeuners rituels l’hiver, qui rassemblent tous les habitants et résidents, sont des lieux d’échange bien suffisants.

« On met de la souplesse dans le système et on autorise pas mal de choses aux habitants de l’île. C’est comme avec les touristes ou les plaisanciers, où les pêcheurs, toujours on explique. Mais s’il faut sanctionner on le fait aussi… » précise Hervé Bergère. « Mais il faut qu’ils admettent vraiment que si leur île est préservée, c’est aussi parce que des règles draconiennes ont été fixées voilà 40 ans. Sinon, ce serait comme en face, à l’Ile du Levant, ou au Lavandou, avec des immeubles dans tous les sens, une nature au rabais, pas un seul poisson dans l’eau… »

Certains avocats du parc échafaudent des théories plus rudes. A leurs yeux certains habitants de l’île seraient bien davantage préoccupés de faire fructifier leurs petites affaires. « Ils sont déjà assis sur un tas d’or, mais ils en veulent toujours plus », lâche un ancien, joueur de boules. « Sont-ils crédibles quand ils proposent des pétitions, des protestations contre les contraintes, alors qu’il n’arrêtent pas d’enfreindre les règles, de jouer double jeu », souligne une serveuse. Et l’on souligne au passage que telle forte tête qui revendique une liberté de pêche et d’accès à toutes les zones de l’île a été pris la main dans l’amphore, en train de remonter discrètement d’antiques souvenirs sous-marins. « Et encore, on ferme les yeux, dit un garde, car si on était vraiment service-service avec les pêcheurs ou certains habitants, on n’arrêterait pas de dresser des PV ». Justement, à force de taquiner les règles, un des pêcheurs de la côté devrait bientôt être interdit dans la zone…

Emmanuel Lopez, le directeur du Parc, se veut conciliant. « Et d’ailleurs je considère que le rapport Giran va vraiment dans le bon sens. Une plus grande implication des populations, des responsables locaux, des collectivités locales est indispensable. Mais il est vrai que ces équilibres sont fragiles, et il faut avancer prudemment, les parcs ne doivent pas non plus devenir des paravents, qui cacherait une défense de l’environnement misérabiliste ».

«Il n’y a que les caractères forts qui survivent dans les îles… Il y a toujours eu des conflits et des procès ici, comme si l’île portait la poisse aux gens, malgré toute cette beauté », constate Pierre Buffet. A 72, portant haut le verbe et la culture, le patron du Manoir, l’hôtel de charme de Port Cros est aussi l’adjoint sur l’île au Maire de Hyères. L’héritier de Marceline Henry, se souvient de la phrase de sa grande-tante, découvrant l’île. Elle voyageait avec son amant et câbla à son mari : « Je suis avec Jean au Paradis. Viens nous rejoindre… ». Cette visionnaire de la nature, inquiète quand au destin des lieux que fréquentèrent Valéry, Paulhan, Aristide Briand, légua une grande partie de l’île à l’Etat, et convainquit Malraux, qui expédiait ici ses enfants en vacances, de lancer la procédure de création des parcs nationaux. « Il y eut d’abord une période très dure de révolte contre le parc se souvient Pierre Buffet. Mais depuis 10 ans il faut bien dire que même si les habitants râlent beaucoup, surtout quand on leur enlève quelques privilèges, ils ont compris tout l’intérêt qu’ils avaient à jouer le jeu. Et sur le fond, il faut être clair. Même si le parc a parfois commis des maladresses et erreurs, il a su garder l’esprit des lieux. On ne peut vraiment pas s’en plaindre. L’Etat a une volonté et des moyens que n’ont pas les particuliers. Sans le parc, cela aurait été la gabegie ici comme ailleurs sur la côte».







Encadré

Pourquoi des parc nationaux

(Questions à Emmanuel Lopez, dircteur du parc national de Port-Cros)


Il y a un mot qui fait peur, et qui blesse. C’est celui de réserve. Personne ne veut devenir un autochtone « conservé » dans sa réserve. Ce cliché a-t-il vécu ? Emmanuel Lopez, directeur du Parc de Port-Cros, insiste pour expliquer qu’un Parc, même avec des règles très strictes de protection du milieu et des espèces, doit préserver les ressources naturelles, mais aussi les activités humaines.


Est-ce que vous «gelez» les espaces ?

Clairement non. C’est une vision passéiste. La protection a un prix, il y a certes des contraintes. Mais notre vision n’est pas fixe, et le texte fondateur des Parcs nationaux français nous demande de préserver à la fois les caractères humains et naturels. Il y a un siècle Port Cros n’avait pas de forêt, le bois y a était exploité comme charbon, et pour alimenter l’usine de soude. Aujourd’hui la forêt méditerranéenne est revenue et nous montre comment ces espaces deviennent si l’homme y intervient très peu. Mais tous ces territoires sont en mouvements. Les activités de nature, de tourisme, de plongée sont florissantes sur l’île, et les pêcheurs sont ravis de voir la faune et la flore revenir sur le littoral grâce à nos actions. Notre métier n’est pas de figer les choses, mais de préserver des trajectoires humaines, des richesses naturelles quand elles sont jugées intéressantes. Nous passons des compromis. A Port Cros les zones de mouillage existent, mais elles sont limitées. Pour éviter que les plongeurs soient trop nombreux et massacrent les fonds, nous avons passé des accords avec les clubs. Les pêcheurs aussi ont été associés à la réglementation, par une charte



Est-ce que tout doit passer par l’Etat ?

Il y a un équilibre à trouver, mais la démarche de l’Etat, j’aimerais plutôt parler de la Nation est une démarche forte, qui permet de créer des territoires de référence et de les faire durer dans le temps. Mais les régions, les collectivités locales, les entités professionnelles doivent jouer un rôle croissant. On ne fait rien contre les hommes. A nous de convaincre que les contraintes d’un parc en valent la chandelle, que des plages sans baraques à frites, sans crottes de chien, sans douches, et saupoudrées d’algues sauvages à l’ombre d’arbres centenaires peuvent être une source de richesse. Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est que l’Etat masque la noblesse de sa mission par un discours hautain, moralisateur ou méprisant.


On parle de sanctuaire de la nature. Le mot est fort, non ?

On peut presque dire que ce sont des lieux de spiritualité laïque,. Les espaces naturels attirent du monde au fur et à mesure que les églises se vident, d’une certaine manière. Je crois que les peuples ont des relations très différentes à la nature, selon leur culture, leur histoire, leurs croyances. Mais la nature, les paysages appellent un discours politique très fort, qui n’est encore, dans notre pays, qu’à ses premiers pas… Je regarde souvent les gens qui reviennent de Port Cros. Ils ont l’air heureux.

Rendez tout


Il faut rendre les fresques au Parthénon !

Tracée en grandes lettres sur les flancs de ce ferry photographié dans le port de Patmos, cette exhortation prête à interrogation.

On ne refera pas ici tout le débat sur quoi rendre à qui et à qui "appartiennent" les oeuvres d'art du cinquième siècle avant zéro, par quel miracle elles ne furent point réduites en poussière par l'attaquant vénitien (1687) ou l'occupant ottoman et comment l'ambassadeur anglais profita des défaites de l'armée française en Egypte (1801) pour abuser son allié turc, découper et faire expédier les gigantesques marbres à Londres.


Les fresques se trouvent depuis 1816 au British Museum. Quelques plus modestes pièces au Louvre.


Au-delà du pillage historique et de tous poils, ce qui me consterne, c'est de lire sur ce ferry repeint de neuf et de clinquant cette revendication. Alors que le même navire desservant les îles grecques est immatriculé, pour d'évidentes raisons fiscales, à La Valette (Malte).

Si l'on suivait les revendication écrites sur cette coque on parviendrait aux conclusions suivantes :

Tout l'art grec à la Grèce, tout l'art florentin à Florence, tout l'art dada aux Zoulous etc. Bon, ce sera compliqué. Mais on ré-inventera les Etats, les familles et les civilisations disparues. Et les descendants des voleurs auront la main tranchée.

Mais tous les bénéfices dans les paradis fiscaux, hein ! Les Etats modernes, c'est juste bon pour vous autres, ploucs et gogos...







Derniers peuples


Jeune femme Jarawa

Olivier est notamment l'auteur de reportages sur les îles Andamans (Inde), peuplées d'une ethnie très particulière, en regard du peuplement de la région Asie. Certaines de ces communautés insulaires n'ont été "contactées" par notre civilisation qu'en 1998. Des communautés aujourd'hui menacée par les activités de développement sur le littoral des îles.


Quelques liens

Complot en Corée


Version coréenne du complot, qui vient de paraître dans la péninsule. J'apprécie le soin de la mise en page, et la calligraphie. Elégance et simplicité.

Bon vol les papillons par là-bas.


Sarko carbone

foto

Etrange, ce théâtre de la taxe carbone. Je veux dire l'histoire que l'on nous en brosse à travers les médias. Les derniers sondages nous disent que 3/4 des Français sont à présent hérissés contre cette taxe. Et l'on apprend que le Président n'a pas tranché, qu'il sauvera le pays de cette nouvelle plaie d'Egypte la semaine prochaine.


Je ne suis pas (plus) dans le secret des alcoves et des couloirs, mais tout de même, sachant comment cela se passe en coulisse, et ayant quelque notion sur la manière dont travaillent les "story tellers" et autres réseaux communicants du Sarko Band, j'aurai tendance à rapprocher les faits suivants.


1. L'Ecologie est l'élément émergeant à gauche.

2. L'Ecologie "sociale" risque de fédérer le peuple de gauche (démonstration des européennes)

3. Les Français détestent les impots (manque de solidarité redistributive, horreur historique de l'impot, méfiance à l'égard de la gestion du budget...)

4. La peur et l'infantilisation fonctionnent particulièrement bien dans le climat actuel (insécurité, crise, réchauffement...)


A la place des conseillers et consultants du Prince voici ce que j'aurais proposé à Président Bling.


1. Un épouvantail. Par exemple une commission rendant un verdict technique et proposant une taxe carbone très élevée à plus de 30 Euros, bien en phase avec les pays européens la possédant déjà (Rocard serait parfait dans ce rôle, il fait peur et personne ne le comprend Président)


2. Attendre que le consensus d'écologie sociale de gauche éclate, entre "durs" et "mous" de la ligne Verte. Ils sont assez stupides pour s'étriper devant les Français. Suggérer à quelques journaliste et directeurs de journaux amis que gauchistes, socialistes et Verts ne sont que des guignols. Agiter le bocal au moment des universités d'été de tous ces partis.


3. Etape suivante. Le gouvernement fait machine arrière, modérément. Borloo se tait. Fillon jouerait le jeu bien mieux que lui. Annoncer une baisse de la menace de taxe carbone de 50 %, ce qui démontre bien sa faiblesse politique et la discrédite d'entrée. Commencer à faire de la pédagogie seulement à ce moment (ce n'est pas une taxe, mais une incitation/redistribution à changer de modèle économique, mais surtout ne pas le dire)


4. Attendre que l'hystérie "impot écolo bobo" monte d'un cran et annoncer l'imminence d'une annonce présidentielle dissipant les malentendus, et la trouille d'une taxe nouvelle (rassure l'électeur de base et donne des arguments aux amis de la finance et de l'industrie). Apparaître comme le seul "sage" au-dessus de toute cette bande de gauchos et d'écolos des cavernes.


5. Bilan : une torpille sous la ligne de flottaison du consensus d'écologie sociale qui commençait à mobiliser et à unir le pays. La priorité étant de fracturer l'alliance socialo-verts-gauches, dans la droite ligne des élections régionales.


Pêcheur (Patmos)

Mite à soie


Non. Les mites ne sont ni laides ni démoniaques dévoreuses de nos pulls les plus fins. Elles sont aussi capables de nous "débarrasser" de ces choses encombrantes et nauséabondes, les bagnoles.

Sur les performances de ces merveilleux insectes "emballeurs" (et en soie, svp) voir : DailyMail et ici