Suspendu

De nouvelles aventures, ailleurs, et les choses devant avoir une faim (bien faim) en soi, ce blog est pour un moment (qui pourrait tendre vers l'infini, qui sait ?) suspendu. Merci à vos réguliers ou impertinents regards... 

Bonheur et choses

"Dans la société de consommation, notait Jean Baudrillard, les hommes attendent le bonheur des choses. Ils les possèdent dans l’espoir qu’il se dégage d’elles et se pose miraculeusement sur eux. Les choses ne satisfont pas en tant que telles, mais comme vecteurs rêvés d’une ’satisfaction virtuelle’. On dispose les choses autour de soi et on attend naïvement, ardemment que le bonheur se pose, qu’il vienne…"

Voir Nietzsche, aussi :
Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l'oeil. Ils ont abandonné les contrées où il était dur de vivre : car on a besoin de chaleur. On aime encore son voisin et l'on se frotte à lui : car on a besoin de chaleur. Tomber malade et être méfiant passe chez eux pour un péché : on s'avance prudemment. Bien fou qui trébuche encore sur les pierres et sur les hommes ! Un peu de poison de-ci de-là, pour se procurer des rêves agréables. Et beaucoup de poisons enfin, pour mourir agréablement. On travaille encore, car le travail est une distraction. Mais l'on veille à ce que la distraction ne débilite point. On ne devient plus ni pauvre ni riche : ce sont deux choses trop pénibles. Qui voudrait encore gouverner ? Qui voudrait obéir encore ? Ce sont deux choses trop pénibles. Point de berger et un seul troupeau ! Chacun veut la même chose, tous sont égaux : qui a d'autres sentiments va de son plein gré dans la maison des fous. « Autrefois tout le monde était fou », - disent ceux qui sont les plus fins, et ils clignent de l'oeil. On est prudent et l'on sait tout ce qui est arrivé : c'est ainsi que l'on peut railler sans fin. On se dispute encore, mais on se réconcilie bientôt ! - car on ne veut pas se gâter l'estomac. On a son petit plaisir pour le jour et son petit plaisir pour la nuit : mais on respecte la santé. « Nous avons inventé le bonheur », - disent les derniers hommes, et ils clignent de l'oeil. Nietzsche

Des nouvelles...

... de la planète

Humour. Particulier, je vous le concède, mais humour, si.




et tiens cela aussi

La courbe-valeur du pétrole léger à New York.
A ce stade de délire, un sourire ?

Souris d'apocalypse


L'anniversaire du "mulot", la souris de nos ordinateurs (sur le blog Transnets), 40 bougies, paraît-il (voir notamment la fameuse conférence de 1968 !), m'adresse une question à propos de nos chers objets. D'aucuns ne disent-ils pas que nous serions déjà leurs créatures ?

Nous nous échinons ainsi depuis quelques millénaires à faire du monde une mythologie des outils. Une forêt peuplée à notre main : branche, silex, roue, tablette, parchemin, Ipod. A nos mains et fantasmes. Une colonie de prolongements dont nous rêvons parfois, lorsque nous avons trop fumé d'herbe ou trinqué au mezcal, qu'ils deviennent d'autres "nous" puis se révoltent et s'en prennent à nous. (Matrix, I Robot, I.A. etc....).


On emballe tout cela aussi sous le label de "progrès". J'y reconnais (dans ce label) aussi, notre désir de voir ces automates, par leurs présence rassurante, résoudre tensions, craintes, angoisses, et autres vertiges que nous entretenons à l'égard de ce monde immense et vide.

Le bâton rassure la main du marcheur. Dans notre métaphysique il s'agit désormais d'une armée de Golems. Une esclave cohorte électronique, destinée à entretenir la flamme de notre désir du monde.

Posséder, c'est exister. Posséder plus, ...

Un déséquilibre vers l'avant, la croissance, l'innovation. Un état de manque, une galopade "techno" sensée transformer le monde par l'outil, le conduire à coups de tonnes de TNT, d'acier, de cargos de portables, de béton, de barrages, d'avions chargés de laptops plus et mieux vers un état idéal. Un état que notre univers n'aurait jamais dû quitter.

On pourrait se rapprocher ici d'une "fonction" chrétienne du progrès.

Un lien avec le progrès ? Comment cela ?

Ce soir sur Arte, l'excellente série consacrée au premiers siècles chrétiens rappelait comment les gnostiques avaient perdu leur partie, entre le Ier et le IIème siècle. Les écrits d'Irénée de Lyon établissant leur hérésie.

Pour le chrétien le chemin de la foi doit conduire vers l'Apocalypse (au sens premier, la Révélation). Une course vers la perfection au terme de laquelle la Jérusalem d'Or sera reconstruite dans sa perfection, les compagnons du Messie reçus en une demeure d'où le mal sera exclut.

Sans parler d'exégèse plusieurs interprétations de l'Apocalypse ont co-existé.

Les hérétiques de la Gnose concevaient le monde comme une abomination, une erreur. La création d'un dieu inférieur (démiurge) et toute livrée au mal. Il s'agit de s'échapper de cette prison par la connaissance (la gnose), seule capable de les rapprocher de dieu. Pour les gnostiques la réalité est extérieure à l'homme, secondaire. Un monde mauvais par essence ne saurait se voir transformer. L'homme doit chercher son élévation et le bien par la connaissance.

Pour les chrétiens orthodoxes au contraire l'homme est partie du réel. Le monde a certes été corrompu par le démon. Mais il peut et doit être transformé dans l'attente du Jugement dernier. Dans l'attente, par son labeur, sa sueur (et l'outil !), l'homme améliorera le monde. Il en fera le jardin du bien, ce qui précipitera l'issue, l'Apocalypse, la réconciliation de la créature avec son dieu.

Transformer le monde. Le sauver par le geste et l'objet...

Il ne s'agit pas de soutenir que le monde chrétien distillerait une influence purement "matérialiste". D'une autre vie il me semble me souvenir de voûtes résonnant de sermons exigeant le contraire.

Pourtant dans sa définition de l'objet et du sujet, dans son ouverture mythologique, dans son attente de la Révélation au sein d'un monde "amélioré" dont les démons auraient été bannis, rien ne s'oppose dans le propos chrétien au déferlement des objets et de l'invention. Au contraire.







Tambour battant

Que le peuple d'Europe

Document : Strange Maps

L'Europe est au fil des décennies devenue ce morne champ de bataille des lobbies, des eurosceptiques, des libéraux indécrottables, des manoeuvriers de la gauche molle et des chasseurs de subventions. Par ci par là elle sert aussi de chaloupe de secours à des politiques sur le point de couler à pic dans leur région ou pays.

Reste aux peuples à s'emparer de cet espace démocratique. A l'inventer en terme d'enjeux. La seule voie (AMHA) sera celle d'une constituante et d'une convention populaire, capable de renverser ce pitoyable jeu des ambitions personnelles, des particularismes dévoyés, des intérêts obèses de dirigeants se prenant, à peine formés ou élus, pour nos princes.

L'universalité démocratique est un combat. L'aurait-on oublié, par ces plaines encore tièdes du sang de dizaines de millions de prolétaires ?

L'un des rares à oser porter ce fanion universel serait donc Cohn-Bendit ? (ici dans le Monde.fr, face au Président tchèqueet au Président du Parlement Européen, au Palais de Prague :)

(extrait)
"Quelles sont vos relations politiques avec Declan Gaynley ?" demande Dany Cohn-Bendit. Vaclav Klaus se tourne vers Hans-Gert Pöttering : "Pouvez-vous interrompre M.Cohn-Bendit et donner la parole à un autre député ?" Le président du Parlement n'en fait rien. "M. le président, vous avez pris position publiquement en Irlande en faveur de Declan Ganley, cette question est légitime." Extraits du dialogue qui suit : Vaclav Klaus : "Personne ne jamais parlé ici sur ce ton. Vous n'êtes pas sur les barricades de Paris. Je n'ai jamais entendu quelque chose d'aussi insolent dans cette salle !" Dany Cohn-Bendit : "Forcément, c'est la première fois que vous me rencontrez dans cette salle…" Vaclav Klaus : "Si je vous demandais comment les Verts se financent, on en apprendrait de belles." Dany Cohn-Bendit : "Je ne vous ai pas demandé comment vous vous financiez mais quelles étaient vos relations politiques avec Declan Ganley. C'est curieux que vous l'associez à une question de financement." ...

L'homme qui ne voulait pas courir

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Voila un livre qui n'a rien. Enfin pas de prix, ni de gros écho ou plateau TV. Mais un livre dont on parle et que l'on s'offre entre amis. Bon signe, dira-t-on. Très bon signe.

C'est pure régalade. Echenoz appartient à ces tricoteurs d'histoire l'air de rien, qui vous emporte dans la transparence de son récit, puisque cette fois, il a décidé que la vie était aussi simple que la trajectoire d'un coureur d'exception.

Emile Zatopek. Du souffle. Des grimaces. Un style tout en souffrance. Des victoires pas moins ni davantage désirées que des détours par des paysages d'enfance. Et puis les chars nazis, et tiens les chars soviétiques. Tout, quoi.


Courir
Jean Echenoz
Editions de Minuit

par ici pour en savoir plus

Zemmour race gratis

Notre inimitable bozo Zemmour continuant à se répandre ce samedi dans les médias de façon fort hilarante (les races existent, c'est évident, et puis c'est marqué dans la constitution) et néanmoins glissante (où est le problème, je ne vois pas, j'ai affaire à des maccartistes de gauche), continuons nous zaussi à alimenter la machine virtuelle vorace du voyage immobile.

Cette affaire une fois encore, déshonore la télé. Il ne nous reste plus qu'à dire, avec regretté tonton Bourdieu, que l'époque de la culture populaire avec la télé est passée. Nous en sommes à celle des boutons et du jus d'idées.

Pour mettre en circulation un peu de critique :

Pour faire court (et au vitriol) : Bella Ciao

Un peu de savoir et de questionnement (tiens, vous avez noté, les choses compliquées sont longues à expliquer) : Cette émission de France O

L'épidémie du bonheur

Cette horreur que l'on appelle le bonheur serait contagieuse. Si. Oui oui. C'est le fameux BMJ, bible des nouvelles neuves de nos maladies si terribles qui le publie ces jours-ci. 

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On ajoutera que le vecteur de propagation du bonheur identifié par certitude en laboratoire serait le sourire. Une espèce hélas en voie de disparition à l'état sauvage, et cela en dépit et peut-être en raison même de toutes les protections imposée par Nicolas (Hulot). 

En ces temps incertains et planétaires à angoisse culminante marchands de canons, de sécurités, de monnaies et de méfiances récoltant leurs décennales moissons, il serait également fait état par d'aucuns groupes contestataires anarcho-libéraux d'un déficit global de rigolade.

Dans l'ouvrage de référence "la farce qui vient" interdit par les médias et saisit dans une arrière boutique de boulangerie coopérative rayon confitures du plateau de Millevaches par les services policiers et barbouzards de MAM la rigolotte l'origine de cette fin du rire serait à attribuer à l'abus notoire et généralisé du sourire factice à la télévision. Oui. Comme l'avaient montré les souriants Popper et Lorenz avec l'appui de leurs cannes suiveuses : à sourire trop faux, on ricane bien jaune. 


Bref dans ce monde où Zemmour est en passe de se voir considéré comme un "penseur" et "Plus belle la Vie" une "oeuvre", l'idée que le sourire soit désormais imposé à coup de hache, en mode fendage de gueule, par des comiques burnés niant l'avion du Pentagone commence à faire frémir les foules les plus désynapsées.

Ne reste plus qu'à soulever le couvercle pour constater que Paris Hilton est cuite.

 
Tiens, je vous livre ce passage du Monde.fr.


Extrait :
"Les gens qui sont entourés par beaucoup de gens heureux (...) ont plus de chance d'être heureux dans le futur. Les statistiques montrent que ces groupes heureux sont bien le résultat de la contagion du bonheur et non seulement d'une tendance de ces individus à se rapprocher d'individus similaires," précisent les chercheurs. Les chances de bonheur augmentent de 8 % en cas de cohabitation avec un conjoint heureux, de 14 % si un proche parent heureux vit dans le voisinage, et même de 34 % en cas de voisins joyeux. Ces recherches "sont une raison supplémentaire de concevoir le bonheur, comme la santé, comme un phénomène collectif
".

Voila. Je ne sais pas vous, mais moi cela me fait un peu comme de lire quelque part que le temps nuageux, cela se fabrique avec des nuages !

Et puis moi, je connais un truc vraiment contagieux. Ouais. Le bâillement. Essayez, vous verrez.

Les trois langues d'Zemmour


Eric Zemmour annonce avoir découvert qu'il existerait trois formes de langues différentes (ronde, en pointe, en mickjaeger, de gauche à droite sur ce document). Et pourtant certains s'obstineraient, selon lui, à penser que nous sommes semblables.

Je continue à recevoir un fort courrier à propos des "races" et j'en remercie les auteurs, du moins ceux qu'anime une interrogation sincère.

Je ne publie ici ni les "pros", ni les "cons" car de ce blog je souhaite tout, sauf en faire un lieu d'empoignade.

Pour moi, on l'aura compris, les "races" n'existent pas. Point. On peut parler de quantité de choses palpitantes, d'ethnies, de groupes socioculturels, de dynamique et de migrations, d'origines du langage, de structuralisme. Mais je ne souhaite consacrer aucune miette de temps à remuer ce cadavre de concept éculé et piégé qu'est la race.

Au demeurant, ce blog n'est pas techniquement conçu pour affronter une telle marée.

Il y a quantité de pistes et de lieux sur le Net pour se documenter. Et même de la qualité ! A commencer par celui d'Etre Humain, à qui j'ai ré-emprunté ces images et documents, puis ceux sur le racisme, l'arianisme, le nazisme, les pseudos origines génétiques des populations.

Amicale recommandation. Ne vous fiez pas aux arguments soi-disants scientifiques que vous trouverez ici ou là. Tout est maquillable, instrumentalisable. Et bon nombre de gens avancent masqués. Produisez votre propre réflexion, indépendante, à partir de vos observations. Oubliez ces craintes et préjugés que l'on aura fourré dans votre cerveau, il y a longtemps, pour rassurer ou inquiéter l'enfant que vous étiez.





Diagramme de la distribution de la couleur de la peau dans quatre populations humaines. Il montre qu’il n’existe pas trois ou quatre catégories de couleur de peau, mais une variation continue des peaux les plus foncées aux peaux les plus claires. L’on n’est donc pas blanc, noir ou jaune, mais plus ou moins foncé. Ce diagramme montre aussi que quatre populations suffisent pour réaliser un dégradé continu de couleurs de peau. Document NvB/LGB/UNIGE.

Sur la langue

On se sent flotter. C'est le moment délicat où l'on se souvient sans se souvenir. Mais si. Le nom de cet acteur ? Dans ce film ? Ce voisin de fac, en amphi de chimie ? Et alors le prénom de cette femme, que je retrouve à cette soirée et que j'ai bien connue des années plus tôt ?
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J'avoue un certain plaisir à observer mon esprit chercher, sans trouver; le sentir tâtonner aux limites du vertige déambuler parmi les brumes de l'incertitude. Le "personnage intérieur" que Descartes aimait voir en nous, cet "automate" se découvre faillible. Enfantillage ? Pas seulement. Ce plaisir de jouer avec le vide me rend la liberté.

C'est entendu. Une incertitude permanente serait douleur. Il s'agit pas de cela mais d'un pas de côté. Celui du funambule qui palabre avec ses craintes et s'amuse de pouvoir résister un brin aux ouragans du néant. Cette fragilité me fait.

J'ai toujours préféré les sillages qui s'effacent. Comme si l'on pouvait éternellement se reconstruire, remettre sa pensée en mouvement, décider de jouer et rejouer les cartes de sa vie intérieure.

Pour les tentatives d'explications de ce phénomène du souvenir qui vous glisse sur la langue, il y en a des quantités. Sur ce site-là, c'est en anglais.