Ni chronique ni blog en ce moment, pour cause de voyage et d'écriture.

Si vous souhaitez poursuivre la conversation, poser question, partager doutes et énervements, glissez-les en commentaires.

Bientôt de retour.

Nicole


(photo Sara Fleury)

video
Vidéo : l'hommage de Thalassa du 28 mars (par Stéphanie Brabant) (12')


A ceux qui demeurent lorsqu'un amour, une soeur, un être plus précieux que l'eau dans ce désert de poussière s'évapore, il reste l'impalpable bonheur de ce qui fut donné.

La déflagration de la disparition de Nicole van de Kerchove s'adoucit pour moi du frôlement infini de sa légèreté. Un frôlement de cette neige qui tombe avec lenteur sur les Dents de Navarino, Terre de Feu. Sa voix bruisse donc à jamais par là, dans cet entrelac de reflets, de montagnes et d'hommes qu'elle affectionne entre tous. Non loin de son glacier Romanche, non loin de son Yendegaia, à l'ouest d'Ushuaia, où, murmure la navigatrice  "je me sens humaine parmi les humains, cela me fait toujours cet effet".

Elle est retournée en Patagonie il y a quelque jours, humer cet air de sel et de tourbe, sentir le vent harasser le canal Beagle, affoler les moutons et soulever les crinières. On pourrait s'attarder sur le reflet des étoiles ou les jeux des phoques. Mais avant tout ce que le bonheur de Nicole tait, c'est que par là-bas la dernière pierre vous parle du monde avec davantage d'étincelles que nos mots.

Elle y est retournée sans bateau. S'étourdir à contempler les glaciers, camper, dormir dans les estancias, préparer un périple à cheval, sourire à des visages ridés de soleil.

Elle y est retournée. Et comme toujours voyageait en elle la flottille de tous ceux dont sa vaillance avait fait, de Pontrieux à Keri Keri, sur tous les pontons, dans chaque mouillage, dans la moindre taverne, des amis. 

La femme en quête d'"Autre chose" - le titre du manuscrit dont elle venait d'achever l'écriture - ne reviendra pas. Au matin de cette randonnée, au bord de ce lac tranquille des Dientes de Navarino, elle s'est allongée. Et son coeur, comme on le pensait chez les indiens Yamanas, s'est fait nuage.

Il faut bien que les nuages viennent de quelque part.

Brassos, brassos, brassos, Nicole.



Los Dientes de Navarino (photo Stéphane Barbet)




A saluer le phare des Eclaireurs, sur le Beagle, entre Ushuaia et l'île Navarino.


Textes divers :
- entretien avec Jacques Rey (STW)
- le temps



Hommage à Pontrieux le 22 mars
une synthèse, des textes, des images, devant l'Esquilo
d'autres images
le forum STW (avec l'article de Hugues sur la cérémonie)


Chère Nicole
(texte écrit pour être lu à Pontrieux le 22 mars)

Je n’ai jamais trouvé facile de parler de toi, alors aujourd’hui…

Cela me semble aussi facile que de décrire la forme d'une vague ou l’étrange couleur bleue d’un glacier de Patagonie.

Et puis chacun de nous doit avoir SA Nicole serrée dans son coeur, non ? Sa facette de toi, qui éclairait tant et dans toutes les directions, comme une boule de Noël accrochée au sapin du bout du monde, comme un phare à la fois proche et lointain, et si chaleureux.

Alors, amis, si vous permettez, je voudrais vous parler un peu de la Nicole que je connais. Au présent, puisqu'au fond cette journée n'est rien d'autre qu'une occasion de continuer à parler avec elle, ces jeux de mots et de Vie que Nicole aime semer comme des petits feux, partout ou elle passe.

Nous nous écrivons tous les jours, ou plutôt toutes les nuits, vers minuit ou une heure. Qu'elle soit au Spitsberg ou en Patagonie, il est bien rare que son petit esquilovdk ne surgisse pas dans mon ordinateur, pour y lancer quelques mots de créole, pour papoter et chasser les fantômes de la vie. Je ne suis de loin pas le seul à avoir ce genre de conversation avec elle. C'est un de ses "vices", dit-elle, le courrier. Sacrée Nini. Elle adore bombarder les autres de mots, de lettres, de photos, de cartes d’anniversaires, est capable de parcourir la rue d’Ushuaia pendant des heures pour trouver une surprise, un cadeau. Ses pensées pour les autres… Et les pensées des autres. Elle n’aime rien tant que de découvrir une pile de courrier qui l'attend à l'escale. Elle en bondit de joie.

Qui est Nicole ?

C'était le 1er janvier dernier. Une journée de soleil avec un souffle glacé et tout bleu, vers l'entrée du Trieux.

Nous redescendions du rocher aux Oiseaux, avec Yagan le "loup blanc", comme disent les enfants à qui elle répond toujours « oui oui c’est un loup, » de peur de briser leurs espoirs.



Il y avait ce paysage ou elle s'était arrêtée pour contempler la rivière et parler de tout ce qu'elle comptait faire, cette année. Emmener l'Esquilo en Irlande, préparer d’irraisonnables cavalcades en Patagonie. "Et dis, ton idée de louer un appartement à Venise, et d'y rester un bout de temps ?"

En l’écoutant, je sors mon carnet et dessine une partie de la rivière, les rochers de cette crique de « bout du monde ».

Elle finit par venir voir, regarde le dessin, et rit : "ah tu fais des progrès dis donc mais je ne suis pas sur ton dessin alors que j'y étais, assise sur le rocher, là". Je lui dit que pour moi elle est dans la lumière. Qu'il y avait pas besoin de la dessiner, puisque sans elle je n'aurai pas même commencé ce dessin"




Qui est Nicole?

Quelqu’un qui ne pèse rien lorsque vous la soulevez et dont la seule présence tout à coup vous fait la plus belle vie du monde.

Pour les gens elle a gardé cette crainte d'enfant, cette timidité plus redoutable que les vagues. Mais aussi la force, irrésistible, de rencontrer, d'aller toucher votre bras et de plus vous lâcher.

Tous, nous restons les enfants que nous avons su être. Malmenés entre frissons de craintes et espoirs irrésolus. Construits par eux. Parfois un peu cabossés, aussi.

Je l'imagine, Nicole, gamine, dans sa Normandie à chevaux et à pommes, pianotant, faisant voler sa musique, rêvant d’horizons et d’aventures comme dans les livres. Se demandant à quoi ressemblerait la caravane des rencontres de sa vie.

Et bien nous savons, maintenant. Nous pouvons en parler avec elle, de tout ce joyeux fatras. Et je l'imagine, qui rit de m'entendre parler d'elle comme si elle je la tenais pour une sorte de Peter Pan ou de Pinocchio.

Je l’imagine comme quelqu’un qui a trouvé une manière d’être au loin pour être plus proche de tous ceux qu’elle rencontrait.


On pourrait poursuivre. Lui offrir des livres et des livres de citations. J'avais commencé à sortir des grands auteurs de mes étagères. Et puis Moitessier, qui a tant pesé sur elle, et même Shakespeare, qui lui va si bien, car il est a la fois grave et si léger, lorsqu’il parle du temps et de la vie.

Ce serait trop.

Juste je voudrais vous dire cette phrase de Nicole. Une phrase qui habite quelque part dans « 7 fois le tour du Soleil »

"Je regardais la mer, toute cette étendue sans frontières, sans routes tracées... Mieux que des phrases, c'était devant mes yeux la définition du mot "liberté". Un de ces mots que je redoute. Un mot vaniteux qui veut définir à lui seul quelque chose de si grand, de si beau, quelque chose dont l'existence même me semble douteuse. Avec un bateau je pourrais partir... Et voila le rêve qui reprend le galop..."

Pour cesser mon bavardage à la fois heureux et triste, j’appelle Joshua Slocum, qu’elle lisait et relisait sans fin. Qu’elle aimait comme un grand-père. Il s’agit de la dernière phrase du fameux « Navigateur en solitaire » (ainsi titré dans la collection Babel) :

« Les jours s’écoulèrent heureux pour moi dans tous les lieux où me conduisit mon navire »


Sonate Tempête, 3ème mouvement, Beethoven, par Wilhelm Kempff (num 17 en Ré mineur)

Le bon tour d'Enrique

Parmi toutes les péripéties de cet incroyable voyage de Magellan, il en est une ou deux autres dont il faut propager la flamme.

En 1511, Magellan, alors officier portugais, sert aux Moluques (Indonésie) et s'offre un esclave. Enrique, ou Henrique, selon les narrateurs, suit Magellan en Europe. Il demeure à son service et embarque à bord de la Trinidad pour le départ de Séville de l'escadre (1519).


La mission des caravelles de Magellan est simple : trouver un passage par l'Ouest, ouvrant une voie aux Espagnols vers les Moluques et leurs épices, au nez et à la barbe des Portugais, maîtres de la route orientale, par Bonne-Espérance.

Selon Pigafetta, en arrivant en Mer Pacifique aux îles Samar et Cébu, aux Philippines, Enrique peut soudain comprendre les indigènes. C'est sa langue, du moins un idiome très proche du malais, que parlent ces gens ! En effet, les Philippines sont au nord de son archipel des Moluques.

Le premier homme à effectuer un "authentique" tour du monde, de son pays à son pays, le fait malgré lui.

Zweig :
"Criant et gesticulant les indigènes à demi nu entourent Henrique, et soudain l'esclave malais s'arrête étonné. Car il a saisi quelques paroles. Il a compris ce que ces gens lui disent, ce qu'ils lui demandent. Arraché depuis des années à son pays, il vient d'entendre des mots de son dialecte. Moment inoubliable ! Pour la première fois un homme est revenu à son point de départ en ayant fait le tour du monde."
(S. Zweig, Magellan, Ed Grasset, p 209)

Quelques semaines plus tard, Magellan, symbole de la mondialisation en marche (déjà) meurt sous les flèches des indigènes qu'il avait voulu impressionner de quelques coups de mousquet.

Une telle ironie de l'histoire n'est-elle pas somptueux pied de nez au comportement des Hommes ?



Après la mort de Magellan, le 15 avril 1521 (Google earth de la plage du combat), on refuse la liberté à Enrique, pourtant promise par son maître. Celui-ci aurait alors conspiré avec les locaux, et fomenté une embuscade où de nombreux Espagnol périrent.
La trace d'Enrique s'évapore là.

Au retour dans l'Atlantique de la seule Victoria et de ses 18 survivants (sur 237 marins au départ), Pigafetta découvre que son journal a pris un jour d'avance sur le calendrier local. Cela lui reste incompréhensible : il a tenu son livre avec grand soin. Ce mystère ne durera que quelque temps. Et puis la ligne du changement de date sera instaurée : on avance d'un jour en faisant le tour du monde vers l'ouest, on recule d'un jour vers l'est.

D'une certaine manière, la rotation de la Terre venait elle aussi d'être démontrée.


Magellan : le mensonge du Roi

Ces documents sont extraits de l'édition française du récit, par Pigafetta, du "Premier voyage autour du monde" (de 1519 à 1521), et publiée à Paris en l'an IX, chez H.-J. Jansen.

Mappemonde italienne, vers 1543

Il existe quatre manuscrits illustrés de cette narration "recomposée" de l'aventure de Magellan et de ses hommes, tous des copies. Trois sont en français, dont le plus complet et le plus sûr, deux conservés à la BNF un autre à la bibliothèque Beinecke (Yale), et le dernier en italien daté de 1525, à la Bibliothèque ambrosienne.




Ce texte est un remords. Un cri contre l'injustice. Il ne saurait, écrit Stefan Zweig dans son éblouissante biographie du "général-capitaine", être confondu avec le journal original que Pigafetta remet à Carlos 1er, devenu Charles Quint lors du son retour misérable sur la plage de Séville, avec 17 autres survivants.

Magellan est mort sur un autre plage, dans un combat stupide contre le roitelet de l'île de Mactan (Philippines).

A bord du navire des survivants, le seul à revenir à Séville sur les cinq que comptait au départ l'escadre, on s'accorde sous la houlette de Sebastian del Cano à minimiser le rôle de Magellan le Portugais. On va l'accuser de tous les torts.

Seul Pigafetta désire témoigner de manière rigoureuse. Que resterait-il sinon au scribe, dont on dit qu'il fut le premier "reporter" de l'histoire ?

Le journal que ce gentilhomme originaire de Vicence, en Vénétie, rédige à partir de ses notes comporte une multitude de détails et un point de vue que l'entourage de Charles Quint est impatient de voir oublier. Déjà le plus précieux livre de bord, celui de Magellan, a mystérieusement disparu.

Pigafetta remet lui-même au Roi, à Valladolid, son journal. On perdra ce texte-là aussi. Cela laisse place aux mensonges des survivants, accorde des mérites aux capitaines Espagnols alors qu'il avaient à maintes reprises suivi le général-capitaine contre leur gré, et que certains se mutinèrent contre lui ou l'abandonnèrent.

Del Cano, le capitaine des survivants est fait officiellement découvreur, en compagnie du traître Estevao Gomez, qui lui était rentré en Espagne (volant l'un des navires) en clamant que Magellan était dictatorial et fou, prenant de profondes baies pour d'impossibles et inexistants passages.

Le journal disparu, Pigafetta comprend qu'il serait risqué pour lui de parler fort. Il est patient, attend son heure, reprend ses notes et rédige un nouveau récit qu'il destine à plusieurs personnalités de l'époque à travers l'Europe.

C'est l'un de ces textes dont est issu cette traduction française chargée de rétablir la vérité.
Le document est consultable à la BNF et téléchargeable depuis ce lien


La découverte de l'entrée du Détroit :



La carte du Détroit (sans doute en tenant compte de relevés ultérieurs)


Une autre carte (le sud est en haut, pour les régions australes)


Et ce glossaire (Pigafetta est un observateur passionné des populations rencontrées) :



Cette langue est celle d'une population disparue, que Darwin, des années plus tard, prendra pour le "chaînon manquant" entre animal et humains, tant ils lui semblaient grands, forts et laids. Ces hommes de la Terre de feu avaient été baptisés par les marins de l'escadre espagnole car il laissaient de grandes empreintes de pieds. "Patones" étant le castillan pour "patauds", référant en outre au géant Pathoagón, personnage de fiction, ils furent nommés "Patagons".

Ce peuple que l'on renommera plus tard Tehuelche se donnait en fait différents noms:
Gününa këna ou Gennakenk ou Gennaken (populations situées au nord, dans la région de Tandil et du Comahue, la où leur territoire se confondait avec celui des Chechehets)
Aonnikén ou Aonnikenk (ceux qui habitaient au sud du Río Chubut)
Shelk'nam ou Selknam ou Ona (ceux qui habitaient au nord de la Terre de Feu)
Mánekenk ou Haush (les plus méridionaux, forts mélangés avec les Yámanas ou Yagans).
Voir Wikipédia


Ps : merci à Olivier Blaise pour toutes les pistes fournies !

Fausses vérités

"Tout ce que je vais dire sera vrai, mais ce que je viens de dire est faux..."

En fait vous ne savez plus si je vais dire la vérité ou non.
Il s'agit d'un paradoxe. Mais un paradoxe, c’est quoi ?
À l'origine, un paradoxe est une idée qui va contre le sens commun.

Pour commencer il y a le bien entendu le fameux paradoxe du Crétois. Le premier, du moins dont on ait trace : il est mentionné dans la Bible.

l'artiste Jérémie Bennequin "gomme" les livres

Au VIIeme siècle avant JC, Épiménide le Crétois aurait ainsi affirmé « Tous les Crétois sont des menteurs.» Une phrase considérée par les philosophes antiques comme un paradoxe puisqu'il échappait au principe de non-contradiction.

Car soit Epiménide dit vrai, alors il ment (puisque c'est un Crétois), donc son affirmation est fausse (puisque tous les Crétois mentent). Soit, au contraire, Epiménide ment, et alors son affirmation est fausse.

Sautons quelques siècles. Vers 1900 apparaît ce que l’on appelle le paradoxe du mathématicien Bertrand Russel :

Sur l'enseigne du barbier du village, on peut lire: " Je rase tous les hommes du village qui ne se rasent pas eux-mêmes, et seulement ceux-là. " Savez-vous qui rase le barbier ?
S'il se rase lui-même, alors il ne respecte pas son enseigne. Il raserait quelqu'un qui se rase lui-même. S'il ne se rase pas lui-même, alors son enseigne ment. De ce fait, il ne raserait pas tous les hommes du village.

C’est une dérivation de la théorie des ensembles. Il y a deux ensembles:
Celui des hommes qui se rasent eux-mêmes.
Celui de ceux qui sont rasés par le barbier.
Et le barbier ne pouvant appartenir à l'un d'entre eux, la seule solution semble être celle qui refuse l'existence de ce barbier.

Ces paradoxes scientifiques, et philosophiques remontent à Zénon d’Elée, vers –450 av JC…. Le paradoxe étant celui de la flèche qui n’atteint jamais sa cible, car la distance qui les sépare peut toujours être divisée en deux.

Ce paradoxe de Zénon est résolu, désormais, car Zénon disait, à l’insu de son plein gré, que la vitesse de la flèche était nulle en un instant précis. Il réfléchissait en fait comme si la flèche, à tout moment, avait pu rester immobile, en l’air. C’est évidemment faux. Par nature de l’expérience, la vitesse de la flèche n’est jamais nulle dans le repère de l’observateur, et encore moins du point de vue de celui qui va avoir le cœur percé.

Cette petite histoire nous révèle au passage que les paradoxes ont une fonction logique et scientifique. Ils servent à interroger le monde. Ou plutôt, ils servent à tester les limites des systèmes de pensée qui nous permettent d’interroger le monde. Ce sont des révélateurs de faiblesses et de contradictions.

Zénon, par exemple, philosophe sceptique, contestait les conclusions de Pythagore sur la finitude du monde et la toute puissance des nombres. A l’époque il s’agissait de savoir si le monde était fait de mathématiques, si tout tombait juste, la trajectoire des flèches, des astres, le destin des empires…

Le paradoxe joue un rôle moteur dans les sciences, parce qu'il pousse à l'analyse fine, et de là à une formalisation mieux poussée et à la recherche d'une meilleure cohérence. Il a de plus un effet si motivant et mobilisateur (bien que non fédérateur) qu'on le rencontre comme élément fondamental de constructions scientifiques. En fait les paradoxes permettent de pourchasser les défauts de raisonnement

En science, en morale, en littérature, mais aussi en politique, dans la vie quotidienne. Je peux vous conseiller à ce sujet le très bon livre de Philippe Boulanger / Alain Cohen, aux Editions Belin : "Le trésor des paradoxes". Une somme étonnante
On y trouvera de beaux exemples sur Internet, aussi, sur le site d’Alain Cohen, ou sur beaucoup d’autres, comme celui de Thérèse Eveilleau
ou encore celui de Gerard Villemin

Les paradoxes nous emportent jusqu’aux figures rhétorique fondées sur l’absurde, un peu comme l’oxymore, vous savez, cette accolade entre deux mots au sens contraires.

Le "merveilleux malheur" de Boris Cyrulnik , le "silence assourdissant" (de Camus, dans La Chute), les "splendeurs invisibles" de Rimbaud.

Shakespeare : « C’est de la peur que j’ai peur »
Oscar Wilde « Si vous avez dit la vérité une seule fois, on ne vous croira plus jamais, même si vous mentez beaucoup par la suite… »

Ou celui-ci, tiens :
« Je l’ai revu l’autre jour. Il avait tellement changé qu’il ne m’a pas reconnu »


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Les blogs de la semaine

Celui du journaliste Fabien Gruhier, du Nouvel Observateur, qui s’intitule « tube à essais » , qui est un peu une veille de l’actualité, avec commentaires. Des commentaires qui ne manquent pas de sel, notamment ceux à l'égard des touristes de l'espace, qu’il compare à des vacanciers voulant se prendre pour Christophe Colomb, explorateurs du grand large, alors qu’ils iront juste faire qu’un petit tour en pédalo dans les hautes couches de l'atmosphère.

Et celui de Yann Libesart, en mission dans le grand sud, aux îles Kerguelen, qui narre la vie de cette base française avec humour et précision. Son dernier post vous dira tout de la bataille que se livrent les manchots et leurs prédateurs, les skuas.

Planter sa tente avec le nombre d'or

Dans cette somptueuse forêt où trillent les alouettes et vrombrissent les bourdons, de ce jour vous décidez de faire un grand jour. Entre la futaie et la rivière, vous décidez de choisir l'emplacement pour planter votre tente avec un soin particulier : en respectant la mythique "Divine Proportion" de Phidias l'Ancien (500 av JC) ou de l'immense Léonard (de Vinci).

(Notons que l'on peut tout aussi bien invoquer le Nombre d'Or pour disposer les sets de la table à l'occasion de l'anniversaire de Mémé, tracer un parfait rectangle à bégonias dans la pelouse, évaluer les proportions d'une île déserte où l'on vient d'échouer, et même faire son malin dans un lugubre dîner mondain)
Mais vous ne savez plus comment retrouver le fameux nombre. Vous vérifiez si l'une des lames du couteau suisse ne permet pas de pallier à cette lacune, mais non. Vous vous dites que cela est trop bête : "Je devrais toujours avoir sur moi le moyen retrouver le Nombre d'Or."

Vous avez bien entendu oublié que le nombre d'or, φ ce n'est que :

Soit la solution de l'équation

Tant pis. Par contre vous vous souvenez, tout de même, que :
Le nombre d'or ce n'est rien d'autre que le rapport des extrèmes et des moyens :

φ = AB/AM=AM/MB

(Et cela grâce à ce procédé mnémotechnique éculé : un ABé divisé par AMen est égal à AMen divisé par MaBéatitude)

où A, B et M sont les points de cette droite :

A............. M.......B


Parfait. C'est donc en M que vous voulez planter la tente, A étant la rivière et B la forêt. Reste encore à le placer, ce point M comme Maudit. Eh oui, pour cela il vous faudrait tracer le cercle dont le centre O est à la moitié de la perpendiculaire BC puis rabattre le point M à partir de M' sur le cercle :



Trop compliqué. Faut-il désespérer ? Renoncer à épater votre chéri(e) ? Non, car il demeure une autre piste, un dernier espoir : procéder à la manière des constructeurs de cathédrales.

Car oui, les rusés tailleurs de pierre se servaient de leur corps comme instrument et ainsi toujours avaient leur Nombre d'Or sur eux. (Et c'est d'ailleurs pour cette raison, en fait, que l'on retrouve des simili-nombres d'or un peu partout dans l'architecture ancienne, car il coïncide a-peu-près avec certaines grandeurs de notre morphologie, et de celle des créatures vivantes, même des plantes, dont les structures cellulaires croissantes reprennent "naturellement" les proportions de la suite de Fibonacci : 1,2,3,5,8,13...)

Certes, nos faiseurs de temples étaient aussi dotés de ce style de "piges" pliantes :


Par distraction votre pige à vous est demeurée à la maison, sacrebleu. Aucune importance. Si vous n'êtes pas trop "difforme", le rapport entre votre coudée et votre pied, c'est encore et toujours le Nombre d'or. Comme celui entre l'empan et la palme, voyez :



on passe, grosso modo d'une mesure à l'autre en la multipliant par le nombre d'or
• la palme = la paume x 1,618 (7,64 x 1,618) = 12,36 cm
• le pied = l'empan x 1,618 (20 x 1,618) = 32,36 cm
• la coudée = le pied x 1,618 (32,36 x 1,618) = 52,36 cm

Notons que dans ce cas, une unité de mesure est égale à la somme des précédentes
• empan = palme + paume (12,36 + 7,64) = 20 cm
• pied = empan + paume (20 + 12,36) = 32,36 cm
• coudée = empan + pied (20 + 32,36) = 52,36 cm

Est-ce à présent limpide comme l'eau du torrent qui chante à vos pieds ? Il vous suffit de mesurer la distance de la berge aux arbres en coudées, puis de planter la tente après avoir compté autant de pieds en partant cette fois des arbres.

Vous voici en harmonie avec le Monde.

Bon tout cela reste approximatif, mais n'oublions pas qu'il ne s'agit que de cette bonne vieille rigolade du nombre d'or.

Coup de dés

"Un coup de dés jamais n'abolira le hasard" inaugure une nouvelle ère pour la poésie. Stéphane Mallarmé compare son oeuvre à un ciel étoilé ou à un feu d’artifice. André Lichtenberger demande à Mallarmé, en octobre 1896, un poème pour la revue Cosmopolis, c’est probablement en mars 1897 que le manuscrit est envoyé. Devant tant de modernité, les rédacteurs demandent à Mallarmé de rédiger une note explicative, que Mallarmé produit avec réticence.

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UN COUP DE DÉS

JAMAIS
QUAND BIEN MÊME LANCÉ DANS DES CIRCONSTANCES
ÉTERNELLES
DU FOND D'UN NAUFRAGE

SOIT
que
l'Abîme
blanchi
étale
furieux
sous une inclinaison
plane désespérément
d'aile
la sienne
par
avance retombée d'un mal à dresser le vol
et couvrant les jaillissements
coupant au ras les bonds
très à l'intérieur résume
l'ombre enfouie dans la profondeur par cette voile alternative
jusqu'adapter
à l'envergure
sa béante profondeur en tant que la coque
d'un bâtiment
penché de l'un ou l'autre bord

LE MAÎTRE
hors d'anciens calculs
où la manoeuvre avec l'âge oubliée
surgi
inférant
jadis il empoignait la barre
de cette conflagration
à ses pieds
de l'horizon unanime
que se
prépare
s'agite et mêle
au poing qui l'étreindrait
comme on menace
un destin et les vents
l'unique Nombre qui ne peut pas
être un autre
Esprit
pour le jeter
dans la tempête
en reployer la division et passer fier
hésite
cadavre par le bras
écarté du secret qu'il détient
plutôt
que de jouer
en maniaque chenu
la partie
au nom des flots
un
envahit le chef
coule en barbe soumise
naufrage cela
direct de l'homme
sans nef
n'importe
où vaine

ancestralement à n'ouvrir pas la main
crispée
par delà l'inutile tête
legs en la disparition
à quelqu'un
ambigu
l'ultérieur démon immémorial
ayant
de contrées nulles
induit
le vieillard vers cette conjonction suprême avec la probabilité
celui
son ombre puérile
caressée et polie et rendue et lavée
assouplie par la vague et soustraite
aux durs os perdus entre les ais

d'un ébat
la mer par l'aieul tentant ou l'aieul contre la mer
une chance oiseuse
Fiançailles
dont
le voile d'illusion rejailli leur hantise
ainsi que le fantôme d'un geste
chancellera
s'affalera
folie
N'ABOLIRA

COMME SI
Une insinuation
simple
au silence
enroulée avec ironie
ou
le mystère
précipité
hurlé
dans quelque proche
tourbillon d'hilarité et d'horreur
voltige
autour du gouffre
sans de joncher
ni fuir
et en berce le vierge indice
COMME SI

plume solitaire éperdue
sauf
que la rencontre ou l'effleure une toque de minuit
et immobilise
au velours chiffonné par un esclaffement sombre
cette blancheur rigide
dérisoire
en opposition au ciel
trop
pour ne pas marquer
exigûment
quiconque
prince amer de l'écueil
s'en coiffe comme de l'héroique
irrésistible mais contenu
par sa petite raison virile
en foudre

soucieux
expiatoire et pubère
muet
rire
que
SI
La lucide et seigneuriale aigrette
de vertige
au front invisible
scintille
puis ombrage
une stature mignonne ténébreuse
debout
en sa torsion de sirène
le temps
de souffleter
par d'impatientes squames ultimes
bifurquées
un roc
faux manoir
tout de suite
évaporé en brumes
qui imposa
une borne à l'infini

C'ÉTAIT
LE NOMBRE
issu stellaire
EXISTÂT-IL
autrement qu'hallucination éparse d'agonie
COMMENÇÂT-IT ET CESSÂT-IL
sourdant que nié et clos quand apparu
enfin
par quelque profusion répandue en rareté
SE CHIFFRÂT-IL
évidence de la somme pour peu qu'une
ILLUMINÂT-IL
CE SERAIT
pire
non
davantage ni moins
indifféremment mais autant
LE HASARD
Choit
la plume
rythmique suspens du sinistre
s'ensevelir
aux écumes originelles
naguères d'où sursauta son délire jusqu'à une cime
flétrie
par la neutralité identique du gouffre

RIEN
de la mémorable crise
ou se fût
l'événement
accompli en vue de tout résultat nul
humain
N'AURA EU LIEU
une élévation ordinaire verse l'absence
QUE LE LIEU
inférieur clapotis quelconque comme pour disperser l'acte vide
abruptement qui sinon
par son mensonge
eût fondé
la perdition
dans ces parages
du vague
en quoi toute réalité se dissout

EXCEPTÉ
à l'altitude
PEUT-ÊTRE
aussi loin qu'un endroit
fusionne avec au delà
hors l'intérêt
quant à lui signalé
en général
selon telle obliquité par telle déclivité
de feux
vers
ce doit être
le Septentrion aussi Nord
UNE CONSTELLATION
froide d'oublie et de désuétude
pas tant
qu'elle n'énumère
sur quelque surface vacante et supérieure
le heurt successif
sidéralement
d'un compte total en formation
veillant
doutant
roulant
brillant et méditant
avant de s'arrêter
à quelque point dernier qui le sacre
Toute Pensée émet un Coup de Dés





Sur les lèvres ?

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Qu'est-ce qu'un baiser ?

Biologie : 9 mg d'eau, 0,7 g d'albumine, 0,2 g de matières organiques (miettes de muffin et autres) , 0,7 g de matières grasses, 0,45 mg de sel, quelques centaines de types de bactéries et autres virus, quelques calories.

Origines : le baiser remonte à la préhistoire. À l’origine, il n’était peut-être pas lié à la sexualité. À cette époque, les femmes (et les hommes ?) nourrissaient les enfants en mâchant la viande, puis déposaient cette bouillie dans la bouche.

Répartition géographique : on s’embrasse dans 90% des cultures humaines. (Les autres se soufflent dans la figure, se frottent le visage, se serrent l'un contre l'autre, ou se cachent pour le faire tout de même…)

Objectifs du baiser (sur la bouche) selon cette étude de psychologie, reprise dans de nombreux médias (dont Rue89)

1. Sélectionner son partenaire.
"Au moment d’un baiser de type amoureux se produit un échange d’informations : attitude, toucher, d'indices chimiques, qui offrent d'évaluer le partenaire et d'entrer dans un dialogue muet mais subtil avec lui. La bouche est l’endroit parfait pour échange et détection d’informations, précise une scientifique citée par le Washington Post. Les femmes percevraient entre autres des informations sur l'état de santé des hommes, et ceux-ci pourraient repérer la fertilité de la femme (de manière non consciente) : la salive de la femme recèle des molécules signalant sa fertilité.

2. Construire un lien
Accepter un baiser c'est assumer un risque (d'être contaminé par un virus ou une bactérie). Cela crée un lien avec la personne, représente un investissement. Embrasser est (selon ces chercheurs) un indicateur de l’état de la relation. Embrassez-vous beaucoup, ou pas du tout ? Cela constitue également un geste d'apaisement et de réconciliation chez la plupart des primates.

3. Augmenter ses chances
Les hommes semblent plus nombreux (plus de la moitié) que les femmes (quinze %) à envisager d’avoir des relations sexuelles sans avoir embrassé. Ils le feront pourtant car bien davantage que les femmes, ils pensent qu’un baiser constitue une étape conduisant à une relation sexuelle. Une première victoire.


...
Nordstrom était transfiguré et ne souhaitait rien d'autre que de rester là sans bouger, jusqu'à ce que le blé se mette à pousser à travers son corps.
"Vous regardez mes jambes, dit-elle.
-Non, je ne regardais pas.
Si vous ne mentez pas, je vous autorise à les embrasser.
-Je ne mens pas."
...
(Jim Harrison) L'homme qui abandonna son nom


Pourquoi la mouche ne sort jamais par la fenêtre ?

"L'été se marque non moins par ses mouches et moustiques que par ses roses et ses nuits d'étoiles..." (Proust)

Bon, il faut cohabiter. Mais comment les faire sortir ? Réponse puisée sur ce site :

Les insectes volants (mouche, abeille, moucherons, papillons) sont attirés par la lumière, ils vont donc essayer de ressortir de votre appartement, mais la vitre transparente les en empêche. La technique pour les aider à sortir :


Si la fenêtre a deux battants (1), on ouvre celui qui est opposé à l'insecte (2). On se place à l'opposé, le visage à 30 cm environ de la vitre, et l'on souffle le plus fort possible en direction de l'insecte (3). Ce dernier est décollé de la vitre par le souffle puissant et poussé vers la partie ouverte de la fenêtre (4). Si le souffle est trop puissant il va être arrêté par la vitre ouverte et sortir quand même. Avec ce geste simple on peut sortir plusieurs dizaines de moucherons en quelques secondes, rendre la liberté à une grosse mouche verte affolée, etc.


Pour en savoir plus : cet autre site


Médecine
Dès 1803, Larrey, chirurgien célèbre des armées de l'Empire, avait observé l'action cicatrisante des larves sur les plaies. Pendant la guerre 1914-1918, de nombreux médecins militaires avaient également constaté que des plaies envahies par des asticots, loin de s'infecter, guérissaient. Enfin, à partir de 1930, W.S.Baer, puis d'autres chirurgiens, obtinrent des guérisons spectaculaires de suppuration osseuse dans certains cas d'ostéomyélites. Ces résultats surprennent quand on sait que les mouches ont toujours été considérées comme de dangereux vecteurs de maladie et que leurs larves provoquent chez l'homme ou les animaux des plaies fort dangereuses (myases). Mais seules certaines espèces (dont Calliphora et Lucilia) peuvent être utilisées ; les antibiotiques de leurs sécrétions cutanées et buccales et ceux de leurs excréments sont actifs contre le stphylocoque doré et streptocoque pyogène. Ces substances n'ont jamais été exploitées.
Encyclopédia Universalis (extrait)


Hygiène
Latrines à aération améliorée. Elles utilisent le mouvement de l'air dans la partie supérieure d'un tuyau d'aération pour tirer les odeurs vers le haut et à l'extérieur des latrines. Les mouches qui entrent dans la fosse sont attirées par la lumière située à l'extrémité du tuyau et meurent en tentant de passer à travers la toile moustiquaire. (source:MSF)

Numérologie
Il existe 80 000 espèces de mouches qui représentent des centaines de milliards d'individus entièrement indépendant qui travaillent chacun pour leur compte.
En 6 mois, un seul couple de mouches, à raison de 6 pontes successives de 150 oeufs, enregistrerait une progéniture théorique capable de recouvrir les cinq continents d'une épaisseur d'un mètre. Heureusement, 95% à 98 % des larves sont éliminées avant le stade adulte par la chaleur, le froid, les champignons qui les infestent, les crapauds, les poissons, les oiseaux et les araignées.

Et la vitesse des mouches ?

Comment volent-elles ? Pas si simple ! Pour savoir comment font ces insectes, les scientifiques ont dû, au cours des dernières décennies, faire passer des ailes d'orthoptères (ordre de ces vieux planeurs préhistoriques, auquel appartiennent nos sauterelles) dans des souffleries, afin de mesure l'efficacité de leur portance statique et dynamique.

Bon, les grands insectes battent effectivement tout bonnement des ailes pour voler. Mais les petits hyménoptères et diptères (les mouches) eux doivent autrement jongler avec les lois de l'aérodynamique : leur ailes sont trop petites pour leur permettre de "planer".

C'est la découverte du vol instable chez les insectes, avec des caméras tournant à 7.000 images par seconde, qui a dévoilé le secret des mouches : leurs ailes se frappent avec violence pour créer une dépression, et pivotent sur leur axe, pour offrir le meilleur profil au mouvement. Quelle usine ! Et à la drosophile, la petite aux yeux rouges qui aime le vinaigre, il faut au moins 200 battements par seconde pour s'arracher du sol.



A quelle vitesse vole une mouche dépend de l'altitude et de la vitesse du vent. Si l'insecte subit un fort vent de face, sa vitesse d'avance s'en trouvera réduite. Contraint, il n'aura de cesse de réduire son altitude, pour encore et toujours maintenir le rapport vitesse/altitude à une valeur de référence. Cela devrait conduire l'insecte à un atterrissage forcé contre le vent, mais à un atterrissage sûr car il se fera à vitesse verticale nulle. De telles réactions au vent ont été maintes fois décrites chez les insectes et même chez les oiseaux.
Sinon, par temps idéal, entre 7 et 10 km/h


Le coche et la mouche (La Fontaine)

Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé,
Et de tous les côtés au soleil exposé,
Six forts chevaux tiraient un coche.
Femmes, moine, vieillards, tout était descendu.
L'attelage suait, soufflait, était rendu.
Une mouche survient, et des chevaux s'approche,
Prétend les animer par son bourdonnement,
Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment
Qu'elle fait aller la machine,
S'assied sur le timon, sur le nez du cocher.
Aussitôt que le char chemine,
Et qu'elle voit les gens marcher,
Elle s'en attribue uniquement la gloire,
Va, vient, fait l'empressée: il semble que ce soit
Un sergent de bataille allant en chaque endroit
Faire avancer ses gens et hâter la victoire.
La mouche, en ce commun besoin,
Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin;
Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire.
Le moine disait son bréviaire:
Il prenait bien son temps! Une femme chantait:
C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait!
Dame mouche s'en va chanter à leurs oreilles,
Et fait cent sottises pareilles.
Après bien du travail, le coche arrive au haut:
«Respirons maintenant, dit la mouche aussitôt:
J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.
Cà, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine.»

Ainsi certaines gens, faisant les empressés,
S'introduisent dans les affaires:
Ils font partout les nécessaires,
Et, partout importuns, devraient être chassés.

Peur de traverser ?

Devinette : Comment se nomme la peur de franchir un pont ?
Réponse tout en bas, sous la liste.

"Rien ne devrait recevoir un nom, de peur que ce nom même ne le transforme".
(Virginia Woolf)

Tappan Zee bridge

Aux Etats-Unis la crainte de franchir un pont devient un problème de sécurité routière (les conducteurs s'affolent) au point que sur certaines de ces merveilles de l'ingénierie humaine, on vous prête désormais un chauffeur, le temps de traverser. Ainsi à Tappan Zee bridge (Etat de New York) sur l'Hudson et au Mackinac bridge, dans le Michigan. A San Francisco une dépanneuse peut vous tracter sur le Bay bridge. (NYTimes)

Liste des peurs commençant par la lettre A., telles que répertoriées sur le site "Emetophobie"

Achmophobie
peur des pointes (voir aussi Aichmophobie)
Ablutophobie
peur de se baigner
Acarophobie
peur des piqûres d'insectes
Acérophobie
peur des acides
Achluophobie
peur de l'obscurité (voir aussi Kénonauphobie)
Acnophobie
peur de l'acné
Acousticophobie
peur du bruit
Acrophobie
peur des grandes hauteurs
Aéroacrophobie
peur des espaces ouverts placés en hauteur
Aérocolophobie
peur des gaz dans le côlon (voir aussi Erubophobie)
Aérodromophobie
peur des avions (voir aussi Aviophobie)
Aérophobie
peur des courants d'air, de la contamination par l'air
Agoraphobie
peur des espaces découverts
Agraphobie
peur d'être violé
Agliophobie
peur de la douleur (voir aussi Algophobie)
Agrizoophobie
peur des animaux sauvages
Aichmophobie
peur des pointes (voir aussi Achmophobie)
Ailurophobie
peur des chats (voir aussi Galéphobie)
Alcoolophobie
peur de l'alcool
Alektorophobie
peur des poulets
Alopophobie
peur des chauves
Algophobie
peur de la douleur(voir aussi Agliophobie)
Amathophobie
peur de la poussière (voir aussi Myxophobie)
Amaxophobie
peur des voitures, de conduire une voiture
Ambulophobie
peur de marcher (voir aussi Basophobie)
Amnésiphobie
peur de perdre la mémoire
Amychophobie
peur des accidents
Anabléphobie
peur de regarder avec insistance
Androphobie
peur des hommes
Anémophobie
peur du vent
Anginophobie
peur d'une crise d'angine
Anglophobie
peur des anglais, des anglo-saxons
Angrophobie
peur de se mettre en colère
Anhidrophobie
peur de ne pas transpirer
Anorgasmophobie
peur de ne pas avoir d'orgasme
Anosmophobie
peur de perdre l'odorat
Anthelmophobie
peur des vers
Anthropophobie
peur de la société
Anthlopophobie
peur des innondations
Anuptaphobie
peur de rester célibataire
Apeirophobie
peur de l'infini
Aphenphosmophobie
peur d'être touché
Aphrophobie
peur du désir sexuel
Apiphobie
peur des abeilles
Apopathodiaphulatophobie
peur de la constipation
Apopathophobie
peur des éxcréments / de défequer
Apotemnophobie
peur des gens amputés
Appertophobie
peur des ouvre-boîtes
Aquaphobie
peur de l'eau
Aquariophobie
peur des aquariums
Aquilaphobie
peur des aigles
Arachnophobie
peur des araignées
Arctophobie
peur des ours
Arénaphobie
peur du sable
Arithmophobie
peur des chiffres
Aromaphobie
peur des odeurs
Arrehenphobie
peur des hommes
Arsonphobie
peur du feu (voir aussi Pyrophobie)
Arthrophobie
peur de l'arthrose
Ascensumophobie
peur des ascenseurs
Aseptophobie
peur des désinfectants
Asthénophobie
peur de s'évanouir
Astrapéphobie
peur des éclairs
Astrophobie
peur des étoiles, de l'espace céleste
Asymétriphobie
peur des choses non symétriques
Ataxiophobie
peur du manque de coordination musculaire
Ataxophobie
peur du désordre
Atélophobie
peur des imperfections
Atéphobie
peur de la ruine
Athazagoraphobie
peur d'être oublié
Atomosophobie
peur des explosions atomiques
Atramantophobie
peur de l'encre, des encriers
Atychiphobie
peur d'échouer
Aupniaphobie
peur des insomnies
Aurophobie
peur de l'or / de l'aube
Autocheirothanatophobie
peur du suicide
Autodysosmophobie
peur de produire des mauvaises odeurs (voir aussi Bromidrophobie)
Automatonophobie
peur des automates, des automatismes
Automysophobie
peur de se salir, d'être sale
Autophobie
peur d'être seul
Aviophobie
peur de voler en avion

Géphyrophobie
peur de franchir des ponts

Bush est-il porno ?

Vous ne portez pas George W. Bush dans votre coeur ? Vous aimez les illusions ? Vous pouvez aller savourer le collage-portait-illusion-revanche qu'en a fait le peintre Jonathan Yeo.
Je ne le publie pas ici, car cela pourrait choquer, heurter, effrayer mes jeunes lecteurs. Et pas pour ce que vous croyez.
Hopper

Combien de Charlots ?

Devinette : combien de "Charlots" y-a-t-il dans cette image ?



Réponse : un seul bien sûr.
Le "pouvoir" d'erreur des illusions d'optique (l'obstination de notre oeil à vouloir remettre de la cohérence sur ce que nous appelons un visage) est édifiant. Le truc, dans cet exemple, c'est que pour notre cerveau visuel le "visage" n'est pas un objet comme un autre. Il le traite tout à fait différemment des autres objets visibles. Pour s'en convaincre, regarder une photo de visage ou cette vidéo à l'envers (tête en bas). Bon courage.

Sexe, orgasme et artichauts

Comme dirait Rocco Sifredi (*voir note) : "les tartines sont trop beurrées". "Sexe gratuit", "zizi et kiki", "Miss Levrette contre la bande à Bonobo" sont, et de loin, les recherches les plus compulsives et les plus abondantes du net. Même par ici, sur ce blog, un nombre significativement ahurissant de lecteurs atterrit sans visibilité, après avoir tapé "sexe et papillons" dans Google. Allez donc comprendre cela. Mais alors, pourquoi en rajouter ? Pourquoi bavarder de cela aujourd'hui ? Je m'étais pourtant fait voeu d'abstinence.

C'est que cette semaine voyez-vous fut un vertige d'informations "scientifiques" de l'importance la plus élevée au sujet de "sexe". Ce sont ces révélations, et elles seules, qui m'imposent de sauter la barrière. Trois découvertes à effluves phéromonales, dont je me serai sans doute châtié par déglutition cul sec d'un plein chaudron d'ocytocine de vous avoir privé.
foto

Voici ces 3 actes, par ordre érectile des sujets et des délires.


Acte 1.
Orgasme au labo

Commençons par nos confrères du Los Angeles Times.com (oui la bande à Ellroy), qui sur une page intitulée la "Science de l'orgasme" s'interrogent : " Comment peut-on expliquer que des personnes paralysées en dessous du nombril puissent connaître des orgasmes ? ". La classe, non ? "Comment, insistent-ils encore, expliquer que certains épileptiques ressentent leurs crises comme des orgasmes ?" Bref on l'aura compris, tout cela pour dire que ce continent des soubresauts du plaisir demeure terra incognita et fantasmatica.

La science répond ce n'est pas au niveau de l'organe qu'il faut creuser, bien entendu, mais du côté du système nerveux central (moelle epininière et cerveau) si l'on désire comprendre l'orgasme. C'est lui, le cerveau, le chef d'orchestre. Relié à ses instrumentistes, les organes sexuels et les zones érogènes, par le truchement du système nerveux.

Alors si des orgasmes ont lieu alors que la moelle épinière a été atteinte ou sectionnée, estime le Pr Barry Komisaruk (Université de Médecine du New Jersey à Newark) c'est qu'un autre chemin peut être emprunté par les "sensations" qui atteignent les centres cérébraux du plaisir. Ce chemin, il pense l'avoir prouvé, consiste en un autre "circuit" neural, le système vagal ou parasympathique. Un circuit extérieur à la colonne vertébrale, qui part du cerveau et s'adresse à la plupart des organes. S'il contrôle des automatismes, malaises et nausées par exemple, ce système semble donc capable de faire remonter des informations, dont celles destinées à conduire l'humain vers le nirvana de l'orgasme.

Komisaruk et Whipple ont vérifié cela chez 4 femmes à qui l'on demandait de se solliciter au laboratoire. Dans leurs cerveaux (placés sous imagerie) des réactions très nettes ont été observées alors que leur moelle épinière était sectionnée. Le centres du plaisirs répondaient à ces caresses par la montée du désir, de même que, plus étrangement, ceux de la douleur.

Pour en savoir davantage, je vous recommande la lecture du passage sur un homme dont on a dû amputer le pied. Il ressent des orgasmes dans ce membre manquant, car selon les chercheurs, dans son cerveau les régions décrivant les sensations du pied et celle du plaisir sont fort voisines ! D'où l'expression ? Prendre son pied, bien sûr.



Acte 2.
L'Eugène, si fidèle

Après le cerveau, une autre et vaste catégorie du délire orgasmo-scientifique mis à la sauce médiatique : la génétique. Auberge espagnole ouverte à tous les fantasmes, voici un bel exemple relaté sur le site Futura-Sciences : (et reprise par la plupart de nos grands médias)

"En jouant sur un seul gène, les chercheurs de l'Emory University (Georgie) ont réussi à modifier le comportement sexuel du campagnol des champs, Microtus pennsylvanicus. Celui-ci se caractérise par sa polygamie ; il aime changer de partenaires. A l'inverse, son cousin le campagnol des prairies (Microtus ochrogaster) est monogame.

En étudiant la chimie cérébrale de ces deux mulots, les scientifiques ont constaté une différence importante. 
Chez le rongeur monogame en effet, les récepteurs de la vasopressine, une molécule liée au comportement social, sont situés dans le même centre que la dopamine, hormone du plaisir sécrétée dans le cerveau au moment des amours.
Chez le campagnol des champs en revanche, les deux types de récepteurs sont séparés ; l'animal n'établit pas de relation entre son plaisir et un individu particulier.
Pour tenter de "corriger" cette tendance au vagabondage, les chercheurs ont injecté à celui-ci un gène codant pour le récepteur à la vasopressine dans la même zone que les récepteurs de la dopamine. Résultat : le rongeur cavaleur est devenu parfaitement monogame".
Il semble du côté de chez Futura utile de préciser :
"Chez l'homme, des mécanismes plus complexes sont évidemment en jeu. Il est toutefois possible que ce gène intervienne dans certains troubles du cerveau comme l'autisme dans lesquels la capacité à établir des liens sociaux est altérée."

Ni la femme ni son lascar n'étant en effet des campagnols, et les autistes en ayant ras la casquette d'être cuisinés à toutes les sauces, nous nous sommes inquiétés de ces wagons de sous-entendus.
Existerait-il quelques indications précises sur la vraie conduite à tenir en termes génétiques, hormonaux et tutti quanti quand aux hommes, femmes et autres variétés excitantes ?
Oui. C'est trouvé. Pas même besoin de déranger Axel Kahn. Ni de piocher dans ces ardues publications scientifiques. Allons donc, tout est tellement plus pétissant chez Divine Caroline (sic).. Courez-y il y a tout ce que vous n'avez jamais aussi ni demander ni caricaturer ainsi.

Acte 3.
10 commandements pour jouir

Par ici c'est Disney ! Quel feu d'artifice ! C'est mon préféré, cet article intitulé : "Oui, la taille compte". Finaude allusion non ? Je vous laisse découvrir cette merveille de l'offre et de la demande en dessous de la ceinture, du fond de vague caution scientifique qui fait mousser et vendre.

Pour l'essentiel, je vous traduis. Pour le reste il faudra se procurer le livre, car ces révélations sont tout de même extraites du sans aucun doute remarquable ouvrage : "Le Cerveau femelle" (par le Dr Louann Brizendine).

1. Le gène des hommes dicte s'ils seront fidèles (encore !). Il y a un gène qui détermine le code d'une variété de récepteur de la vasopressine dans le cerveau, qui peut varier dans dix-sept configurations. Les mâles avec la plus longue (sic) variation génétique sont les partenaires les plus sûrs et fidèles. Il s'agirait-là de la seule taille importante en matière de camarade à longue durée de fréquentation.

2. Le cerveau est femelle. De la conception (de l'embryon) jusqu'à huit semaines, le noyau du cerveau foetal a les circuits du cerveau femelle (sic !). Après huit semaines, une énorme montée de testostérone rend mâle (si nécéssaire) ce cerveau en détruisant des cellules dans les centres de communication et en développant les régions consacrées au sexe et à l'agression.

3. Les femmes ne sont pas prédisposées à la fidélité. Les femmes cherchent inconsciemment les hommes avec les meilleurs gènes pour engendrer leurs enfants. Les caractéristiques symétriques sont un signal de gènes de qualité et les femmes sont atirées par les hommes aux traits plus symétriques, signes de bonne santé (!). Une femme va au plus simple, elle cherche un hommes qui puisse protéger sa famille. Mais lorsque que la nichée est établie, le besoin de s'accoupler furtivement avec les hommes qui ont les meilleurs gènes aux alentours persiste.

4. Les mamans "amoureuses" de leurs bébés. La recherche a montré que le fait d'allaiter libère dans le cerveau de la mère de la dopamine, la récompense chimique du plaisir. Il ya donc concurrence avec le père.

5. Eviter les pieds froids. Pour qu'une femme puisse avoir un orgasme, son amygdale, le centre cérébral pour la peur et l'anxiété doit être au repos. Les femmes doivent se trouver en situation confortable et avoir leurs pieds bien au chaud avant de débuter une relation sexuelle. Autrement, elle risque d'être perturbée.

6. Le passage de l'intensité passionnelle des débuts au calme attachement à long terme est la manière de la nature de préparer la possibilité d'avoir un nouvel enfant. Vous voilà prévenus.

7. Le cerveau femelle est expert à la lecture des expressions émotionnelles du visage. Les hommes ne peuvent pas bien lire ces émotions. C'est seulement lorsqu'ils voient des larmes réelles qu'ils se rendent compte que quelque chose ne va pas. C'est en raison de cette disparité que les femmes se sont adaptées, évoluant pour "pleurer ou crier crier quatre fois plus que les hommes". C'est leur moyen de signaler une détresse que les hommes ne peuvent, dès ce moment, plus ignorer.

8. Blessures d'amour. Chez la femme le "refus romantique" déclenche les mêmes circuits dans le cerveau que la douleur physique.

9. La Ménopause a une influence. À environ quarante-trois, le cerveau de la femme change, devient moins sensible aux œstrogènes, ocytocine, et autres neuromédiateurs. Les femmes sont moins inclinées à manger, communiquer, établir des relations sociales et tendres. Cette sorte de changement peut désorienter leur entourage, c'est bien normal.

10. Les femmes sont statistiquement deux fois moins homosexuelles que les hommes (!).

11ème commandement, ajouté par nous : Pitié ! N'en jetez plus ! Mettre la science à toutes les sauces qui font du buzz rend sourd.


(*) Note : Une légende urbaine persistante soutient que M. Rocco Tano alias "Rocco Siffredi" mesurerait 40 cm lorsqu'il se redresse. Ce n'est là que persiflage de dégonflé : Rocco mesure 1 mètre et 77 cm. Nous l'avons vérifié.

Sans voix

Pour les habitués du lundi : désolé, pas de chronique radio, pour cause de voix cassée. Comme quoi (voir ci-dessous). Bonne journée à tous.

Courir, courir, et puis parler

Pontifier dans le désert ou bonimenter les braves gens aurait fort à voir avec courir, jogger, marathoner. Si vous savez courir, vous pouvez discourir, question de souffle. C'est du moins, telle qu'exposée dans "La plus belle histoire du langage", aux Ed du Seuil, (voir post ci-dessous), l'une des hypothèses de l'origine du langage.
Le paléo-anthropologue Pascal Picq explique que nos bavardages ont commencé il y a deux millions d'années, dans la gorge d'Homo ergaster. Ce nôtre cousin ancien, le plus beau gaillard de l'époque - 1,60 m tout de même, contre 1,30m pour les autres hominidés - possède en effet un sacré attirail : cerveau plus gros, meilleure adaptation aux marches et à la course, et notons-le, un larynx qui permet de rudimentaires vocalises.


Voici qu'en outre ergaster s'avise de quitter l'Afrique et de "monter" vers l'Asie et l'Europe. Ce faisant il cavale. Une sorte de Forrest Gump, voyez ? Il court car comme dit le proverbe : "qui veut attraper la gazelle doit se lever avant le crapaud". Peu à peu chez ce chasseur l'athlète s'affine. Comme sa cage thoracique, qui de la forme cônique des hominidés passe à plus efficace, au tonneau (davantage de coffre). Et puis son larynx qui descend dans la gorge, pour une respiration plus aisée.

Hasard ? Nécessité ? Ce larynx plus bas offre aussi à notre parent d'il y a 80.000 générations de moduler les sons avec davantage de finesse. Bref de pouvoir tout à la fois gambader ET jacasser.

source illustration

(Plus techniquement : l'appareil phonatoire humain semble une "exaptation", c'est à dire une adaptation ayant obéi à des pressions sélectives autres, mais dont le résultat a, au passage, facilité une autre fonction, ici l'articulation des mots.)

Revenons à Ergaster. Inventif, loin de se contenter de s'adapter à son environnement, il transforme, bricole, creuse, construit : de jolis campements, des ateliers de boucherie... Vers 1,6 millions d'années il "invente" le biface. Riez, mais taillez un silex, on en causera.

Cette évolution traduit quelque chose de subtil. Epieux, bâtons à fouir, hachereaux, sphères de pierre : une boîte à outils apparaît. Ergasters use de carrières, emploie pierres dures, douces, ocre. Tout cela est "pensé". Comment imaginer que cela ne soit pas discuté, transmis, "dit" ?

La horde chasse sur un vaste territoire, s'y éparpille. On conçoit le besoin de dire : "A ce soir chérie", voire "Ma hache ? Non, car toi déjà casser la dernière". Ou encore : "pendant que ton homme à la chasse, nous aller dans buissons?"

Précisément, à quoi ressemblait cette langue primitive ? Ne glisse entre nos doigts que le sable des hypothèses. Les uns ruminent la théorie "ouah-ouah", parler par onomatopées. Les autres s'enflamment pour la théorie "miam-miam", où le premier son serait "mmmm", imitant le petit réclamant la tétée. Une longue route restant à parcourir jusqu'au "sluuurps" de Jacques Brel mangeant sa soupe.

Dereck Bickerton, spécialiste des pidgins, codes simples entre communautés ne parlant pas la même langue, opte pour le "moi Tarzan, toi Jane", aussi dit petit-nègre, ou babil des enfants, et encore langue des simples.

La grande étape, 500.000 ans avant nos jours, fut sans doute la conquête du feu. Savoir établir des foyers, conserver les braises, produire des flammes entrouvre les rideaux de la nuit. Homo erectus (successeur d'ergaster) comme aime à le dire Yves Coppens, est un conteur qui ne déteste pas se rassembler à la flambée, rigoler des actions de la journée, évoquer des disparus, s'enquérir des forces secrètes du monde. Des récits, des traditions, de l'imaginaire. De quoi lancer, enfin, de vraies langues.



L'arbre à langues ?


Devinette. D'où viennent les langues ?
Réponse tout en bas...


"Il n'est de pire sourd que celui qui ne veut entendre". Cette vérité trop cuite est fausse au-delà de ce que nous supposons. Les sourds peuvent s'entendre. Ou du moins peuvent-ils se forger un langage à eux.

Voici : l'histoire d'une communauté d'enfants sourds, dans une école spécialisée de Managua, Nicaragua. Un établissement où l'on enseigne pas la langue des signes. On préférait y préparer les enfants à l'"oralisation" (parler sans entendre, lire sur les lèvres, etc...). Mais au début des années 80, les élèves ont par eux-même inventé une sorte de sabir, un langage primitif, sans abstraction mais suffisant aux besoins quotidiens. Bien. Cela est concevable.

La surprise est venue quelques années plus tard,avec une deuxième génération d'enfants. Ils ont repris la gestuelle de leurs aînés et l'ont développée, transformée, enrichie d'une grammaire et d'une syntaxe. Une vraie langue, par là capable d'exprimer tout ce que deux êtres qui cherchent à entrer en relation peuvent désirer verser de l'un à l'autre.

C'est dans le préambule de l'excellent ouvrage : "La plus belle histoire du langage" (Ed du Seuil, janv 2008) - et que l'on m'a fait découvrir cette semaine - que l'on croisera cette anecdote que Cecile Lestienne, l'excellente journaliste qui a construit le livre s'est entendue relater par chacun des trois scientifiques interrogés : Pascal Picq (paléo-anthropologue), Laurent Sagart (linguiste), et Ghislaine Dehaene (pédiatre, spécialiste du langage des bébés.

D'où nous vient ce brasier des langues ? A quelles nécessités et ordres secrets l'épopée de la construction des langues a-t-elle du se plier ? De quel arbre étrange le langage est-il le fruit ? Où en sommes-nous du chemin parcouru ?

Sachez par un autre exemple que si votre enfant ne parle pas, fort tard, ce n'est pas un drame à tout coup. Il peut a contrario appartenir aux 5 % de silencieux, qui jusqu'à ce qu'ils soient capables de construire de vraies phrases, préfèrent ne rien laisser transpirer.
Les plus bavards, 20 %, sont les émotionnels, qui fourniront de fausses phrases aux allures de beaux discours. Il faudra y saisir les bribes "utiles" et des mots approximatifs (crin pour train).

Enfin les plus "communs" (75 %) de nos chers bébés commenceront par s'exprimer avec des mots précieux (gâteau, maman, sortir...) et répétés jusqu'à obtenir un résultat satisfaisant. Les phrases viendront ensuite, peu à peu.

Pour assouvir votre apétit de langues sauces piquantes, je vous propose ici ces deux cartes de l'évolution linguistique à partir de la proto-langue mystérieuse et désirée. Laquelle (de ces représentations) vous parle le plus ?

article d'Atkinson

Et n'oublions pas Victor Hugo, incontournable pour sa si leste langue:
(Dernière Gerbe)

Voyons, d'où vient le verbe? et d'où viennent les langues ?
De qui tiens-tu les mots dont tu fais les harangues?
Ecriture, Alphabet, d'où cela vient-il.
Réponds.

Platon voit l'I sortir de l'air subtil;
Messène emprunte l'M aux boucliers du Mède;
La grue, offre en volant l'Y à Palamède;
Entre les dents du chien Perse voit grincer l'R;
Le Z à Pométée apparaît dans l'éclair;
L'O, c'est l'éternité, serpent qui mord sa queue;
L'S et l'F et le G sont dans la voute bleue,
Des nuages confus, gestes aériens;
Querelle à ce sujet chez les grammairiens;
Le D, c'est le triangle où Dieu pour Job s'élève;
Le T, croix sombre, effare Ezéchiel en rêve;
Soit: crois-tu le problème éclairci maintenant?
Triptolème, a t-il fait tomber, en moissonnant,
les mots avec les blès au tranchant de sa serpe?
Le grec est-il éclos sur les lèvres d'Euterpe?
L'hébreu vient-il d'Adam? le celte d'Irmensul?
Dispute, si tu veux! le certain, c'est que nul
ne connaît le maçon qui posa sur le vide
Dans la direction de l'idéal splendide,
Les lettres de l'antique alphabet, ces degrés
Par ou l'esprit humain monte aux sommets sacrés,
ces vingt-cinq marches d'or de l'escalier: Pensée?

Et bien, juge à présent. Pauvre argile insensée,
homme, ombre, tu n'as point ton explication:
L'homme pour l'oei humain n'est qu'une vision;
Quand tu veux remonter de ta langue à ton âme,
Savoir comment ce bruit se lie à cette gamme;
Néant.
Ton propre fil en toi-même est rompu,
En toi, dans ton cerveau, tu n'as pas encor pu
Ouvrir ta propre énigme et ta propre fenêtre,
Tu ne te connais pas, et tu veux le connaître,
LUI! Voyant sans regard, triste magicien,
Tu ne sais pas ton verbe et veux avoir le sien!


Réponse de la devinette :
Les langues viennent de nos cultures.
Le langage vient de notre capacité biologique à nous parler et à nous (parfois) comprendre.

Alerte aux pôles (27)

Claude Lorius, chercheur ou aventurier ?

De l'or, de l'or !

Amis alchimistes, bonjour.

Brueghel

"Il n'y a pas de différence entre la naissance éternelle, la réintégration, et la découverte de la pierre philosophale. Tout étant sorti de l'éternité, tout doit y retourner d'une même façon" (Jacob Böhme)

A défaut de plomb, voici de l'aluminium transformé en or. Du moins à la surface des apparences.
...
"Partis des candélabres et des enseignes, des faisceaux de photons fuient en tout point pour s'en venir provoquer le visage des passants, les pierres, le bronze des colonnes rostrales. Nulle étincelle en aucun oeil ne meurt en vain."
...
La voix perdue des hommes (Yves Simon) (Grasset)


Chunlei Guo, de l' univérsité de Rochester et Anatoliy Y. Vorobyev, usent d'impulsion laser ultrabrèves pour modeler la surface de métaux. Leur technique permet d'obtenir un état de surface qui ne fait pas de différence au toucher, mais modifie le comportement de la lumière lorsqu'elle rebondit sur la surface traitée.


Le résultat c'est que de l'aluminium peut prétendre se faire passer pour de l'or. La publication scientifique est ici.

Spécialiste de l'optique atomique, le Dr Guo travaille sur la manière dont un matériau absorbe ou réféhit les "grains" de lumière. Et les métaux sont évidemment très intéressants. N'importe qui est capable, à l'oeil, de discerner qu'une surface métallique se comporte avec la lumière différemment des autres matériaux solides.

Cela est du à la structure interne du matériau (l'espace entre les atomes) et au fait qu'un métal soit conducteur. Bizarre mais vrai : ce sont les électrons disponibles dans les premières couches du métal qui vont absorber et réemettre la lumière de façon très efficace, et cela avec une signature particulière. Les matériaux non conducteurs (sel, verre, porcelaine, ont beaucoup de difficultés à réfléchir la lumière, il l'absorbent, la réfractent, la diffusent ou la transmettent. (pour en voir davantage)

Les coups de laser , d'une durée de 60 millionième de milliardième de seconde (il s'agit de ne faire "fondre" le métal que sur une zone minuscule) provoquent la formation de microreliefs qui ont des caractéristiques optiques, un peu comme les ailes du papillon Morpho (nous y revoilà) . En modifiant le nombre d'impulsions, la durée;, la géométrie du tir laser, on change la longueur d'onde réfléchie par la surface, et cela sans pigment coloré.

On peut se laisser aller à imaginer une manière de peindre sans peinture. Et sans pollution chimique ! Ou alors graver une photo sur n'importe quelle surface (le capot de la voiture, le frigo ?)


Combien de microbes ?

Des chercheurs américains, après un épisode de la série Seinfeld ont voulu savoir combien de bactéries nous échangions lorsque nous trempons un aliment (chips, carotte, chou...) dans le même gros plat que les autres avant de le croquer

A votre avis ? Combien ?

A Clemson University le microbiologiste Paul Dawson est arrivé au résultat suivant : 3 à 6 plongeons dans la sauce par chacun des participants conduit à un dépôt de 10,000 bactéries lui appartenant dans le pot commun. Et à en recueillir 600 dans sa propre bouche, en provenance des autres grignoteurs.

"Avant de faire cela, demandez-vous si vous voulez embrasser toutes les personnes présentes sur la bouche", conseille le chercheur, soudain phobique.

Et dans la fondue ? Les bactéries sont-elles bien cuites ? Je me souviens, dans un village de la forêt amazonienne, avoir bu l'alcool de manioc fermenté à la calebasse de bienvenue qui circulait des uns aux autres. Ne pas le faire eût constitué un affront.

image trouvée sur ce très intéressant blog "chez les Wayanas"

Comment les Indiens font-ils fermenter cette sorte d'alcool, le cachiri ? Les femmes mastiquent et recrachent la purée de manioc, des heures durant. Pour parvenir à l'ébriété recherchée, il faut en avaler des litres.

PS : Je suis toujours vivant.

Petits meurtres entre couples

Repéré dans l'avalanche de publications par le Monde, cette semaine :

"L'impact de la colère enfouie et du ressentiment sur la mortalité au sein des couples". En résumé l'étude porte sur la question clef : dans un couple s'engueuler a-t-il du bon ? Des chercheurs américains ont dix-sept ans durant (1971 à 1988) surveillé 192 couples de la classe moyenne d'une petite ville du Michigan.

Conclusion : "Les ménages qui ne parviennent pas à exprimer leur colère ont un taux de mortalité deux fois plus important que ceux où au moins un partenaire extériorise."
Cela est publié dans le Journal of Family Communication de janvier

L'étude vous laisse le choix des armes : Couteau à gigot, hache à petit bois, voiture aux freins sabotés, raquette de jokari, baignoire, mort aux rats ou harcèlement moral.
Bref, si vous ne vous asticotez pas suffisamment, attention ! (oui je sais l'étude ne parle pas de meurtres (quoique, qui sait ?), il s'agit de licence poétique)

foto
Autre piste, cette fois bien centrée sur le sang:
En décembre 2001, la Division de la recherche et de la statistique du ministère de la Justice du Canada publie un rapport : "Les taux décroissants d'homicides entre partenaires intimes".

Le rapport signalait que le nombre des homicides commis par un conjoint au Canada a commencé à diminuer dans les années 1960 ou 1970. Il révélait aussi que les hommes et les femmes tués par leur partenaire intime ou qui tuent leur partenaire intime proviennent de tous les milieux. Toutefois, des groupes présentent des risques accrus, notamment les femmes (sic) et:
des antécédents de violence dans une relation intime antérieure;
les relations de fait;
la séparation ou le divorce;
la présence d'armes à feu;
la consommation excessive d'alcool;
la grossesse.
...
Facteurs de diminution (au Canada) :
- les restrictions sur les armes à feu
- amélioration de la situation économique
- intolérance de plus en plus marquée de la violence interpersonnelle. Le mouvement contre la violence familiale aurait eu un effet symbolique sur la société et le système de justice pénale et le public en général réagissent plus négativement à ce type de crime que par le passé.
- l'égalité des sexes ? Certaines études ont laissé entendre qu'une plus grande égalité des sexes (mesurée par les niveaux de scolarité, d'emploi et de revenu) contribue à une augmentation du nombre d'homicides commis contre les femmes. Selon cette théorie, à mesure que les femmes améliorent leur situation sociale par rapport à celle des hommes, elles deviennent plus vulnérables. Toutefois, d'autres études ont révélé que l'égalité des sexes diminuait la vulnérabilité des femmes car en devenant plus indépendantes financièrement et personnellement, il leur est plus facile de quitter des situations où elles sont les plus vulnérables.
- l'augmentation des services en matière de violence familiale, de même que les mesures législatives sur la violence familiale auraient influé sur la diminution de la violence meurtrière entre partenaires intimes, du moins aux États-Unis.
- la transformation des relations intimes : la baisse du taux de mariage et l'augmentation de l'âge auquel les gens se marient ont réduit les occasions d'homicides commis par un partenaire intime, du moins chez les couples mariés (cqfd !).

L'étude documentaire conclut en reconnaissant que la recherche est peu concluante et qu'il est nécessaire de procéder à des études plus approfondies (!)

Autre manière, ce proverbe mauritanien :


Le crapaud aime l'eau, mais pas l'eau chaude (il ne faut pas pousser le bouchon)