Quelqu'un a-t-il vu mes limbes ?

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Les limbes ont été abolis, vendredi 20 avril, officiellement, par le Vatican. Le rapport de la commission théologique internationale de l'Eglise estime qu'il existe "des bases sérieuses pour espérer que, lorsqu'ils meurent, les bébés non baptisés sont sauvés" et veut en finir "avec des métaphores qui ne rendent plus adéquat le message d'espérance de la religion chrétienne".

"Vendredi ou les limbes du Pacifique..." Je ne connais pas plus beau titre de roman (Michel Tournier) que celui-là. C'est aussi "les Limbes " qu'on failli s'intituler les Fleurs du Mal" de Baudelaire. Le mot désigne l'espace, un morceau d'éternité situé en Enfer, et réservé à l'errance infinie des innocents (des enfants en bas-âge, surtout) emportés par la mort sans baptême, sans avoir le temps d'être élus ni damnés. Car n'étant pas baptisés ils restent porteurs du fameux "pêché originel".


L'interrogation à propos de "limbus puerorum" date de l'aube du christianisme : si seuls les baptisés sont sauvés et que tous les autres sont damnés, quel est le sort des enfants morts sans baptême ? La question fut tranchée au IVe siècle par Augustin d'Hippone, dit saint Augustin : ces innocents "souillés" par le péché originel, sont accueillis dans cet étage intermédiaire (mais situé en enfer, encore une fois), sans être conscient de la douleur de la privation de la béatitude (précisa plus tard par Thomas d'Aquin). Conclusion (d'Augustin) : il faut baptiser le plus vite possible, dès la naissance (ce qui évite aussi que les jeunes âmes grandissantes n'aillent musarder vers d'autres religions). Mais les limbes, la privation de Paradis, constitue bien une forme de punition. Albert Camus ne pardonna jamais à l'auteur des "Confessions" d'être à l'origine de cette culpabilité éternelle. Et la question des innocents ainsi maltraités, on s'en doute, revenait régulièrement en discussion dans les travées, à Rome et ailleurs. Finalement ce problème fut donc réglé en 2007.
Soit. Reste une autre question : quid des âmes ? En effet, inutile de vous le cacher, je n'ai pas la "chance" d'être croyant. Alors, l'idée de l'âme m'est-elle interdite ? C'est ce que je croyais jusque là.


Je ruminais parfois, en lisant "Elévation" (Les fleurs du Mal)

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers, 

Par delà les confins des sphères étoilées, 


Mon esprit, tu te meus avec agilité, 

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l'onde, 

Tu sillonnes gaiement l'immensité profonde 

Avec une indicible et mâle volupté. 


Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides; 

Va te purifier dans l'air supérieur, 

Et bois, comme une pure et divine liqueur, 

Le feu clair qui remplit les espaces limpides. 


Derrière les ennuis et les vastes chagrins 

Qui chargent de leur poids l'existence brumeuse, 

Heureux celui qui peut d'une aile vigoureuse 

S'élancer vers les champs lumineux et sereins; 


Celui dont les pensers, comme des alouettes, 

Vers les cieux le matin prennent un libre essor, 

- Qui plane sur la vie, et comprend sans effort 

Le langage des fleurs et des choses muettes!

Mais non.
Réjouissons-nous, mécréants, car à nous aussi, l'idée d'âme est possible :

A ce sujet, il faut lire : "I am a strange loop", de Douglas Hofstadter (Basic Books), qui vient de paraître aux Etats-Unis. L'ex physicien devenu "penseur" en sciences cognitives fut l'auteur, à la fin des années 70 du cultissime "Gödel, Escher Bach, les brins d'une guirlande éternelle". Un livre étonnant, entremêlant création artistique, mathématiques et informatique, génétique autour de la question de conscience et de la vie. La question centrale abordée dans son nouveau livre, si elle reprend l'essence de sa discussion de jeune homme, trente ans plus tôt, est plus troublante. Car plus claire : quelle est l'origine du moi ? De ma propre conscience de monde ? Et quelle est la fonction profonde de cette capacité ?

D.H. montre dans cet épais (et dense) ouvrage que cette émergence de la capacité des êtres pensants à avoir une idée d'eux et des autres est à la base un produit des contraintes et des forces qui s'exercent sur le cerveau et nos constructions du réel. Il y voit le résultat de l'évolution (la nécessité de reconstruire une image du monde que nous appelons la "réalité", afin de pouvoir agir au mieux de nos intérêts, de notre survie). Il y distingue comme conséquence une escalade, une boucle répétitive et ascensionnelle, un peu comme l'image que vous voyez dans deux miroirs se réfléchissant et de multipliant à l'infini. C'est cette illusion profonde, comme dans ce dessin fameux d'Escher ou de petits hommes escaladent sans fin un escalier en boucle, et qui "semble" ne jamais redescendre que nous appelons "conscience" ou "Moi". Il s'agirait du produit de l'ensemble de nos capacités cognitives, embarquées dans une sorte de mouvement ascendant.

D.H. distingue plusieurs niveaux de conscience, entre les espèces animales et même entre individus et les âges de la vie, et montre comment ce sentiment de soi peut être confondu avec ce que notre culture judéo-chrétienne définit par "âme".

D.H. pense ainsi que la conscience est un produit de la "machine" cerveau, mais n'appartient pas à celui-ci. Une fois apparue, elle "plane" au-dessus de la "machine". Comme un organisme vivant ne se résume pas à ses organes, la conscience une fois apparue ne peut se résumer à la biochimie du cerveau.

La principale question qui demeure, à ses yeux, est celle-ci : L'"âme" est-elle indépendante de son support ? En d'autres termes la conscience de soi meurt-elle quand s'éteint le cerveau, l'amas de neurones qui en fut le support ? D H pense que non. Il estime que l'on survit ne serait-ce que dans l'esprit des autres, sous forme de trace émotionnelle plus ou moins intense, partielle. Mais il n'exclut pas non plus que cette âme-consience élaborée par un individu, au fil de sa vie, prenne une forme d'existence autonome après la disparition de son "support" biologique.

D.H. ne parle ni d'Enfer ni de Paradis. Il ne cite pas non plus Dante. Il reste prudent, finalement, dans sa vision "dualiste" du cerveau et de la consience.
Rêvons. Peut-être construira-t-on un jour un support, une substance , un système capable de devenir le nouveau territoire des ces âmes ? Les croyants nommèrent limbes de tels territoires étranges et suspendus. Le mot e semble devenu disponible pour les athées. Quand mon sang aura cessé de rougir en moi, ne m'oubliez pas dans ces limbes-là.

Une oasis dans l'espace ?

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« Terrebis », « Bio 2 », « Gaia sœur », surnommez-là comme vous voulez : les équipes de trois laboratoires français associés au CNRS (voir note), l’observatoire de Genève (Suisse) et le Centre d’astronomie de Lisbonne (Portugal) annoncent ce 25 avril 2007 avoir détecté une planète étrangement semblable à notre Terre « 1 ».


« Terrebis » (écouter :entretien Alain Cirou avec Michel Mayor ICI) se situe dans un cortège de planètes orbitant autour d’une autre étoile que notre soleil. Cela en soi n’est pas une « première », puisque le compteur international officiel de telles planètes découvertes autour d’autres astres de la Voie Lactée (notre galaxie) a déjà dépassé les 200 unités (227 au catalogue officiel, avant cette nouvelle découverte. Non la vraie nouveauté, révolutionnaire, de ce travail, c’est l’annonce que ce soleil, Gl581 de son petit nom scientifique, éclairerait une planète de type fort comparable à notre Terre en termes de dimensions, de masse et de température. Et non pas une « géante » de gaz, du type de Jupiter, ce que l’on observe usuellement lorsque l’on traque ces planètes lointaines de notre galaxie. Potentiellement « Terrebis » est solide, et suffisamment froide pour receler de l’eau liquide. Elle est donc « habitable », au sens astronomique et géologique du terme. En fait « comparable » à notre Terre serait plus rigoureux et l’enthousiasme des commentateurs est peut-être un peu trop... brûlant. Mais qu’en est-il exactement ? Cette planète « terrienne » est donc en orbite autour de la naine rouge Gl581, un type d’astre banal (80 % des soleils dans notre région du cosmos) et l’une des cent étoiles les plus proches de notre système solaire. A 20,5 années-lumière, tout de même (notre soleil est à 8 minutes lumière). Les naines rouges sont des cibles privilégiées pour la recherche de planètes candidates au titre d’« habitables » par les astronomes. En effet, ces étoiles étant relativement peu lumineuses, les planètes orbitant à proximité sont alors plus facilement détectables. Lorsque les soleils sont trop puissants, les instruments d’observation sont "aveuglés". « Terrebis » , si elle devient la moins massive des planètes extrasolaires connues à ce jour, n’en est pas pour autant pour nous un lieu « inconfortable » : elle « pèse » cinq fois la Terre et tourne autour de Gl581 en 13 jours ! Pour une masse de ce genre, les modèles des astronomes prévoient une constitution rocheuse (comme pour la Terre), ou alors une surface recouverte par un océan. Son rayon serait 1, 5 fois supérieur à celui de la Terre et la gravitation 2,2 fois plus intense. « Terrebis » est en tout cas la première à posséder à la fois une surface solide ou liquide avec une température moyenne sans doute voisine de celle qui règne par ici, entre 0 et 40 degrés C. Cette planète va devenir la cible privilégiée des prochaines missions consacrées à la recherche de vie extra-terrestre, notamment avec le satellite européen DARWIN. Une autre planète orbitant en 5,4 jours autour de l’étoile Gl581, et de la masse de Neptune, avait déjà été découverte en 2005 par la même équipe. En même temps que la planète habitable, ces chercheurs ont également mis en évidence une troisième planète, d’une masse 8 fois supérieure à la Terre et orbitant en 84 jours. Le système solaire de Gl581 est donc constitué d’au moins 3 planètes. Pour ces observations, les chercheurs ont utilisé un spectrographe de nouvelle génération, installé au foyer du télescope de 3,6 mètres de diamètre de l’ESO à La Silla, au Chili.

Note : Les trois laboratoires français sont : Le LAOG, Observatoire des sciences de l’Univers de Grenoble (CNRS/Université de Grenoble 1) ; l’Institut d’Astrophysique de Paris (CNRS/Université Paris VI) et le Service d’Aéronomie du CNRS, Verrières le Buisson (CNRS/Université Paris VI/Université Saint-Quentin). Note : Pour en savoir plus et voir l’animation : http://www.eso.org/outreach/press-rel/pr-2007/vid-22-07.html

Le contexte :
Michel Mayor et Didier Queloz, deux astronomes suisses de l’université de Genève, ont allumé la mèche en octobre 1995. Urbi et orbi, ils ont annoncé la découverte d’une planète évoluant autour de l’étoile 51 Pégase, 51 Peg pour les intimes, dont ils font partie. Une géante de gaz, bien plus massive que notre Jupiter, qui trahit sa présence en faisant trembloter l’étoile à 50 années lumière de notre bonne vieille terre.
Dès lors, ce fut la ruée. Alors qu’auparavant, on riait de ces illuminés qui traquaient les planètes, désormais, tous les grands télescopes du monde comportent un programme de recherche de planètes lointaines, celles qui flottent parmi les dix milliards de soleils de notre galaxie. Dix ans après la découverte de 51 Peg, quelques 208 soleils dotés de planètes ont été recensés (catalogue de Jean Schneider, observatoire de Paris-Meudon), des images directes ont même été obtenues, notamment par le télescope spatial infrarouge Spitzer de la Nasa. Les techniques se raffinent et cernent aujourd’hui des planètes de plus en petites, solides, presque comparables à la nôtre. Un objet « à peine» cinq fois plus massif que la Terre a ainsi été découvert par les astronomes français de l’Institut d’Astrophysique de Paris (IAP) début 2006. Et puis cette "Terrebis" est arrivée, avec à peine 3 fois le poids...

Sans eau, pas de vie. Où sont les sources d’eau dans l’univers ? Sur les planètes ?
Pour que la vie se développe sur un astre, l’eau - celle que nous buvons ou qui remplit nos océans - est indispensable, estiment les exobiologistes comme François Raulin (Université Paris 5 et CNRS), spécialiste de Titan. De l’eau liquide, qui plus est, comme sur Terre. Plus loin du soleil en effet, elle est solidifiée en glace, comme sur Mars, et trop près, la vapeur détruit les molécules complexes, comme on peut le voir sur Vénus.
Mais d’où vient cette eau ? En quelques années, l’analyse de la glace des comètes, boules de neige sales qui croisent dans le système solaire, et l'observation des milieux interstellaires par télescopes infrarouges (satellite européen ISO) ont complètement changé le point de vue des astronomes. On croyait hier que l’eau était dans le sous-sol des planètes. On sait désormais qu'elle vient du cosmos, qu'elle est élaborée lors des derniers spasmes d'étoiles géantes rouges, qui la dispersent dans le vide en explosant. L'eau devenue glace s'agrège alors à des poussières dans des nuages interstellaires. "Il y a de l'eau partout, en abondance dans l'univers"" estime ainsi Gary Melnick, du Centre d'astrophysique Harvard-Smithsonian aux Etats Unis, l'un des spécialistes de cette quête des robinets du cosmos.

La violence d'une tartine beurrée

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Comme souvent, lorsque se promet à moi une grande soirée, l'une de ses celles où je me sens prêt à m'abandonner (c'est ce qu'il y a de meilleur, dans l'écriture, quand vous quittez le sol, partez léviter au-delà des nébuleuses et des astres, et revenez pour constater que l'aiguille a pivoté de deux ou trois heures), comme souvent, donc, sur le point d'en découdre avec les mots, l'informatique m'a poignardé. Cloué au sol, la chienne. La faute à un verre de nectar, renversé sur le clavier, d'abord. Et puis quelques grognements plus tard, à la clé USB, ce précieux petit monstre ou je note tout, et que je transporte avec moi, qui est cloné deux fois de peur que l'incendie ou qu'une inondation ne détruise mon terrier. J'avais oublié, juste, de la formater à la façon voulue par son Mac. Non, il ne s'agit pas de son protecteur, mais de mon ordinateur, mais peu importe. Ou voulais-je en venir ? Ah oui. Avec les mots, la soirée était finie.

Le sort s'acharne-t-il ? Le ciel et les cieux me haissent-ils ? (Oui les deux, ils sont différents, je suis renseigné puisque hier officiellement le Vatican a décrété que les limbes, l'errance des âmes non baptisées, cela n'existait plus et du coup, tremblant, je me suis documenté sur mes chances réelles d'aller au Paradis, vu qu'en tant que mécréant baptisé, avec tout ce surplus d'âmes ex-bannies qui allaient soudain faire procession entre l'entrée et moi, ce n'était plus dans la poche).
Enfin quoi, une loi aveugle au firmament ou quelque part dans les plaines mornes et infinies de la raison me poursuit-elle de sa vendetta ? Ayant passé l'âge de ne pas marcher sur les joints, entre les dalles, de contourner les échelles et même de compter les camions rouges dans la rue pour parier sur la suite de ma vie, j'ai haussé les épaules et sifflé un autre verre.
Je travaillerai demain...

Et puis soudain, c'est revenu. Comme ça. Météore en moi. "Oui, tiens, la loi de Murphy, que dit-elle au juste ?"
Que si pire doit arriver, il viendra. Souviens-toi, misérable : la tartine beurrée tombe éternellement du mauvais côté.
Les militaires, au langage plus odorant que les ingénieurs besognant pour eux, ce que faisait le dit Murphy sur une base de l'US Air Force (Edwards), formulent cela en clair : "loi de l'emmerdement maximum".
La tartine beurrée, pourtant, on se doute qu'elle nous berne. On parle d'elle, on se souvient de ses loopings bien entendu à cause du beurre. Car si elle n'était pas tartinée, tout le monde ramasserait le pain sans même y penser. Il en faut moins que cela pour fausser l'humain jugement, avouez. Se souvient-on des trains arrivés à l'heure ?

Ah mais non. Pas si simple. Pour ma part, je tiens à préciser que la recherche sur la chute du pain beurré en gravité normale et pas dans le vide fut réalisée par Robert Matthews, physicien de la Royal Statistical Society qui moissona pour cela le prix Ig Nobel de physique en 1996 (une satire, faut-il tartiner ?). En 2001, sous sa houlette, des écoliers de tout le Royaume-Uni lancèrent en l'air plus de 20 000 tartines. Une occupation moins bête que de lancer des flechettes dans le dos du corps professoral. Surprise : la face beurre obtint un score de contact au sol de plus de 60 %. Au lieu des 50 % que la raison entrovoyait ! Les scientistes dirent : c'est le poids du beurre.

Moi, seule, la violence des chiffres me reste. Et je me dis que demain encore, mon ordinateur pourrait tomber en panne. Notez : s'il est beurré, lui aussi, tout de même.

L'écume aux lèvres, bien amer, je me lève et titube vers Wikipédia. Qui me dit : "pour un événement quelconque, s'il existe une possibilité, on constate que cet événement peut se révéler, pour des raisons complètement aléatoires et injustes, la prémisse d'une série d'événements tout aussi négatifs que le premier, propres à empoisonner la vie de la victime. On dit alors qu'un ennui n'arrive jamais seul, ce que le populaire traduit en « il y a des jours comme ça où on ferait mieux de rester au lit »".
L'article m'achève à la hache : "on constate également que tout ce qui peut être entrepris pour tenter d'enrayer la "série noire" semble généralement et irrémédiablement voué à l'échec, pouvant même se révéler à l'occasion générateur de nouvelles et récurrentes avanies, exacerbant par là même une paranoïa grandissante.

Et puis il y avait par là tout un gang d'autres lois. En embuscade :
Commentaire de O’Toole : Murphy était un optimiste.
Cercle vicieux de Cavey : Toute tentative de démonstration d’une Loi de Murphy quelconque qui échoue prouve que la loi est exacte.
Loi d’Occurrence Murphyque : Murphy s’attaque toujours à vous lorsque vous êtes le moins en état de vous défendre.
Récursivité : Quoi qu’on espère, la loi de Murphy s’applique toujours au niveau n+1. Exemple : Laver sa voiture en espérant qu’il pleuve ne marchera pas.
Peur de Pascal : Plus on cherche à lutter contre Murphy, plus il frappe fort.
Loi d’Invocation de Murphy : Si vous invoquez Murphy contre vos ennemis, votre invocation se retournera contre vous.
Et si vous essayez de ruser en invoquant Murphy contre vous-même, ce sera le seul cas où votre invocation sera exaucée.
Combinatoire de Régnier : Une loi de Murphy n’arrive jamais seule. Si elle est seule c’est que d’autres sont en préparation.
Addition à la Loi de Murphy : Si tout va bien, c’est que quelque chose cloche.

Bon, allez, on va se coucher.

Butterfly, version Brazil et non SuperBus (vidéo)

Le papillon et le crapeau de bureau via Koreus

Electeurs, notez-les

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Il existe dans une ville de France, Orsay (Essonne), trois bureaux de vote où dimanche plus d’un millier d’électeurs voteront « autrement » et où l’on connaîtra le président « virtuel » de notre pays dès le 25 avril (le temps de dépouiller). Après s’être exprimés « normalement » il leur sera en effet proposé de le faire une seconde fois, avec des urnes et des enveloppes similaires, mais pour cette fois élire le président en un seul tour, directement, et cela en attribuant aux douze candidats en lice des « appréciations ». Ces jugements pourront varier de « très bien » à « à rejeter », en passant par… « passable » (voir le bulletin de vote ci-joint). Six cases à cocher possibles, et cela pour chaque candidat, en réponse à la seule question : « Pour présider la France, ayant pris tous les éléments en compte, je juge en conscience que ce candidat serait : (mentions, de très bien à passable, ou à rejeter, une par candidat) ».
On l’aura compris, ce protocole électoral est une expérience, menée par des mathématiciens spécialistes des scrutins, Michel Balinski et Rida Laraki (Ecole Polytechnique et CNRS) de manière à étudier les perfectionnements souhaitables à notre système électoral.

Vous avez dit perfectionnements ? Notre mode de scrutin ne serait-il pas parfait ?
« Le principal défaut, explique Michel Balinski, c’est qu’aujourd’hui, lorsqu’il vous faut désigner un candidat, et cela sur deux tours, il existe une contradiction violente entre la manière dont les gens « pensent » l’élection et la façon dont sort un résultat des urnes ».
En clair, lorsque l’on vote, on est rarement totalement convaincu par quelqu’un. L’on procède par éliminations totales ou partielles, et l’on garde celui qui nous heurte le moins, ou on vote « blanc ». Les chercheurs parlent de « jugement » et d’ « évaluation ».

« Cet écart entre la façon de vivre l’élection et ce qui en sort, finalement, pose un problème démocratique, car dans le système où un président est choisi avec souvent moins de 30 % des voix au premier tour, donc 70% contre lui, cela peut générer beaucoup de frustration ». Et on peut parier que vous avez plus de difficultés à s’enthousiasmer pour le scrutin actuel où aucun candidat n’ayant votre assentiment à 100 %, qu’il faille malgré tout trancher.

Un autre élément important est que le système actuel favorise les élus, et le système des partis, grands comme petits (ces derniers servant d’arbitres ou étant à l’occasion instrumentalisés par les formations puissantes) et non les électeurs. Ce sont en effet les alliances apparentes ou souterraines qui mènent le jeu, lorsqu’il s’agit pour l’électeur de trancher, alors que dans un système par notes (un peu comme au plongeon ou au patinage artistique) ou mieux, appréciations (car les notes demandent trop d’expertise), c’est en définitive vraiment l’électeur qui choisit. Ayant une palette d’expression plus large, il peut au passage même se « payer le luxe » d’être altruiste, de penser à l’intérêt collectif, et non pas seulement à ses légitimes mais restrictifs intérêts personnels.

« Notre idée est de rechercher le processus électoral le plus démocratique en respectant au mieux l’image mentale que l’électeur se fait de ses choix, de la façon dont il les vit », précise Michel Balinski. A ses yeux en effet il ne suffit pas de choisir un seul candidat. Pour bien élire il faut pouvoir s’exprimer à l’égard de tous les candidats et de leurs propositions.


En 2002, les chercheurs s’étaient livrés à un premier test, en proposant de voter « assentiment » ou « non assentiment » pour chacun des 16 candidats en lice. Une manière de donner un point ou d’en retirer un à chaque candidat. Chirac avait été élu, Jospin était second. « Les gens se déclaraient ravis car ils avaient le sentiment d’avoir eu davantage de choix. En outre cela montrait qu’un tel système ne privilégie pas le candidat considéré du centre. Le candidat Bayrou, en effet n’avait pas été élu, il avait été placé troisième.

Comment fonctionne le système ?
Le détail se trouve ici . On recherche la mention-majoritaire obtenue par chaque candidat, et celui qui obtient la meilleure est déclaré vainqueur.

Que l’on ne s’y trompe pas. Rechercher le meilleur mode de scrutin n’est pas un gadget. De tous temps, et cela depuis le XIIIème siècle, dans le cadre des guildes marchandes, par exemple, puis dans les sociétés savantes il a été l’enjeu du pouvoir. Tout système en effet a ses faiblesses. Le modifier a des avantages pour celui qui organise la modification. Certains systèmes sont plus manipulables, plus conservateurs, d’autres confortent les édiles, d’autres en revanche facilitent l’expression des électeurs. Michel Balinski et Rida Laraki ont développé une théorie qui démontre que leur système – le jugement majoritaire – s’approche au mieux de l’idéal.

Traverser le temps ? Demain

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Si dans l'absolu le voyage dans le temps était possible, si des lignes commerciales de croisière temporelle devaient se développer dans notre futur, c'est imparable : déjà, nous devrions nous voir assaillis de hordes de rudes Arvernes et de ravissantes créatures du futur (l'avenir de l'Homme, c'est la femme) trépignant de se voir photographiés devant la tour Eiffel. Pourquoi n'est-ce pas le cas ? Les pissefroids décèlent dans cette absence de voyageurs l'impossibilité absolue (et pour toujours) du voyage à travers le temps.

Haha. Mais non. Vous n'y êtes point, sceptiques. La logique nous l'explique : la machine à voyager dans le temps, si on l'invente (voir les trous de vers, plus loin) ne permettra de revenir que jusqu'à la date de sa conception. Un peu comme si le tourne-disque ne nous permettait d'écouter que la musique apparue depuis Edison et Cros.
Voyez le tableau, le jour d'inauguration. Tout le monde en costume joyeux. On danse. C'est un peu carnaval. On appuie avec émotion sur le bouton, et hop, en moins de temps que dans l'instant, par milliards les voici qui viennent fréquenter chez nous, les désespérés du futur. Car c'est bien connu, cette époque est la plus belle et je vous assure, demain on nous l'enviera. Et encore, imaginez l'ennui de tous ces jeunes vieux à qui on aura bricolé une vie éternelle, là-bas, en tripatouillant leurs gènes. Quel dépaysement de venir visiter nos tribus agitées et grognasses du début du XXIème siècle, jamais d'accord entre elles, votant non...

Bref, le bidule à affoler les horloges permettra aux neurasténiques descendants de l'inventeur de venir le visiter, mais pas au-delà. Non : nous n'irons jamais gratouiller les crêtes des dinosaures.
Bon, Paul Davies, dans son croustillant "Comment construire une machine à explorer le temps" le prend, on l'aura compris, sur le ton ironique et fumant de l'humour british. "Le voyage dans le temps ? La réponse est oui... à condition, tout de même de trouver une prise de courant et de résoudre "quelques petits problèmes". La liste des courses à faire et des conditions à réunir pour la dite machine remplissant l'épaisseur de son ouvrage. On envisagera la formation d'un autre univers, plus commode pour inverser les flèches du temps (la causalité des choses n'aurait pas lieu de la même manière, à l'échelle subatomique), ou alors le percement, dans la cave, d'un "trou de ver".

Ah, ce célébrissime "trou de ver" ! Sorte de tunnel reliant deux "versants" de l'espace temps (au lieu de transpirer dans la montée du col d'altitude, certains se la coulent douce en prenant par le tunnel), un concept travaillé par Einstein et Nathan Rosen, déjà autour du problème du trou noir. Vous imaginez bien : dans un soleil effondré, un endroit de l'univers ou l'attraction est forte au point de retenir la lumière, il peut s'en touiller des choses. Comme l'ouverture d'un passage vers un autre point particulier, un autre trou noir de l'univers, par exemple. Il suffirait de se glisser alors par cette étrange asticot pour se trouver dans l'instant à des milliards de milliards de kilomètres de là. Et cela, dans l'univers d'Einstein, c'est aller plus vite que la lumière, donc remonter le temps. Capito ?
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Au fond, est-ce que la question a de l'intérêt ? Certes, car elle oblige à s ' interroger sur la nature du temps. Car si le temps était une dimension comme une autre, nous pourrions en effet y voyager comme qui rigole.

Einstein décrit dans sa théorie de la relativité un univers formé de 4 dimensions, équipé d'un temps non plus universel, mais obéissant à de drôles de variations. S'en suit toute une ribambelle de paradoxes fort ludiques, comme le ralentissement du temps pour le jumeau qui monte et accélère dans une fusée par rapport à son double resté sur Terre, ou encore un freinage du temps avec la gravitation (il "s'écoule" plus vite au sommet de la tour Eiffel qu'en bas). Pour ceux démunis de jumeau, on se consolera avec sa dilatation liée à l'inflation de l'univers...
On peut aussi admettre que le temps, comme l'a proposé le logicien Kurt Gödel, devenu dans les années 40 adeptes de ballades vespérales et bavardes en compagnie d'Albert (Einstein) parmi les effluves des sycomores de Princeton, est autre chose qu'une dimension. En fait, tout se passe comme s'il n'existait pas, le temps. Comme s'il constituait un sous-produit intime des événements de l'univers. Le plus infime phénomène (tout ce qui bouge, frétille, fait varier de l'énergie) distillerait ainsi son temps propre. La somme immense des événements qui font le monde (les atomes de toutes les étoiles et autres tas de molécules) produisant encore et encore des additions de temps, jusqu'à l'échelle de l'univers. Le temps du cosmos, celui que nouss observons serait ainsi la résultante des temps distillés par tout ce qui s'y passe...

Gödel avait d'ailleurs imaginé à partir des équations d'Einstein un univers théorique (en rotation) qui répondait aux critères de la relativité et permettait vraiment de voyager dans le temps. Mais c'était là un paradoxe conceptuel, figure familière pour ce coquin, qui fit du coup prendre conscience à son ami Albert que si l'on poussait le bouchon de la grande théorie relativiste jusque dans le goulot de la bouteille, on réduisait en poussières non seulement le temps absolu de Newton, mais aussi celui du grand Einstein. Eh oui : le temps était né à la physique avec Galilée, s'était imposé avec Newton, nous avait donné le tournis sur le manège endiablé de la relativité pour finir par sombrer dans une espèce d'incertitude molle.
Alors mon bon Monsieur, du temps, je vous en mets combien de kilos ?

"Comment construire une machine à explorer le temps" (Ed EDP Sciences, avril 2007)

Lion et président

Celui qui dompte le lion, devient l'esclave du lion. Ce qu'il faut, c'est faire du feu entre lui et toi.
(René Char. Le soleil des eaux in Trois coups sous les arbres, p.161, Gallimard/nrf, 1967)

Electeurs, gaffe à la décision

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Si. Elle l'a dit. Ségolène Royal, candidate aux affaires présidentielles pour le compte du PS, a déclaré dimanche que son dernier message avant le premier tour serait un appel au "vote conscient" des Français (Reuters, dimanche 15 avril 2007).
Je m'excuse et me permets d'imaginer que tous ces candidats causent à mon conscient et non pas à mon inconscient. Ou alors SR est-elle en train de suggérer qu'il y aurait une part de vote inconscient ? Mon cerveau voulu disponible par la télévision serait-il encore sur la sellette ? Me voici embarassé de tous mes neurones. Et je ne sais pas vous, mais moi cela me conduit à me demander comment mon cerveau décide, finalement, dans tout ça. Car si mon inconscient prenait le pouvoir sous mon crâne et dans l'isoloir, je lui en voudrais. Un peu. Beaucoup. A la folie. Ah la vache, imaginez. Si vous, les 44,5 millions de membres du corps électoral de notre beau pays, pour raison solaire, partiez tous subitement à la pêche, aux galets de la plage mâchouiller des caramels d'Etretat, au muguet, à tondre la pelouse ou que sais-je et que je me retrouve là tout seul, dans mon isoloir, à décider à qui il faut confier la boutique pour ces prochaines cinq années ? Ne me faites pas ça citoyens, hein ! Mais j'en vois déjà qui rigolent, près du radiateur. Alors au cas ou, réflechissons. Comment décide-t-on, déjà ?

Pour les spécialistes (si, il y en a), les théories de la décision se regroupent en cinq grandes catégories : rationalité, psychologie du décideur, contraintes, contexte, compromis.

Bon. Rationalité, de préférence. C'est mon karma. Dans le modèle "rationnel", ainsi, une décision est établie par la comparaison rigoureuse entre les solutions possibles. Ca suit, près du radiateur ? On soupèse, mesure les risques et les conséquences probables de chaque solution, pour garder celle qui présentait le compromis le moins mauvais.
Le problème, c'est que comme Napoléon à Waterloo, on ne possède jamais une connaissance absolue de la situation. Faut fair confiance. Et puis être entouré. Et encore les intérêts personnels (égoïsmes) interfèrent. Certains décideurs peuvent avoir des intérêts divergeant avec ceux du groupe... Genre le type qui vous dit un truc et en pense un autre, ou ne vous annonce que les bonnes nouvelles, pour se faire bien voir. Méfiance.... On parle donc de rationalité "limitée". Voire très limitée, forcé.
Toujours pour la rationalité, il y a aussi une "politique" de la décision. On intègre le contexte à la décision. L'intérêt de pouvoir peser à long terme par exemple. Il faut parfois savoir perdre pour mieux gagner la fois suivante. Non je ne pense à aucun candidat en particulier. C'est rien que des hypothèses.
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Mais malgré toutes les théories, au final le décideur est seul, disent les livres. Je savais que cela finirait comme ça.
Seul face à des trompe l'oeil, des mirages. Ce que les "vendeurs de voitures ou d'encyclopédies connaissent bien, pour vous refiler leurs vieux coucous, et que les psychologues appellent les "biais de la décision". Oula. Et les pièges cognitifs, figurez qu'il y en a. Des tonnes et des caisses. Je vous en livre un bouquet, fort partiel :

L'ancrage mental : la difficulté à se séparer d'une (première ou superficielle) impression
Le biais culturel : je ne juge qu'à partir de mes seules références.
Le biais de confirmation : j'ai déjà une idée toute faite, et je cherche à la vérifier. Par exemple, je sais que dans la jarre il y quatre boules noires et une blanches. A chaque tirage au sort, je prévois une noire, sauf tous les cinq tirages où je considère qu'une blanche a plus de chances de sortir (ce qui est faux).
Le biais d'autocomplaisance : j'amplifie les éléments favorables, je réduis les défavorables. Cette télé m'a coûté cher, et le crédit dépasse mes capacité, mais l'écran est tellement bien...
biais d'égocentrisme : j'augmente mon implication dans la décision, au-delà de ce qu'elle représente en réalité.
L'effet wagon (sacré Panurge) : je choisis une option car les autres l'ont choisie.
Le biais d'aveuglement : je sais que les autres sont biaisés, mais moi non.
L'effet leader : le fait de considérer le choix de quelqu'un comme une référence à suivre
Le biais de proximité : je connais personnellement quelqu'un de directement concerné et cela affecte mon jugement
L'effet de contraste : un argument frappant (émotionnel) vient éclipser les autres. Un pépé dépouillé dans sa pauvre maison, par exemple.
Le biais professionnel : je juge comme je le ferais dans mon métier
Le biais de possession : je trouve plus de valeur à ce qui m'est familier, que je possède déjà.
L'effet loupe : j'accorde trop d'importance à un argument de détail, et je néglige les autres.
l'hyperbole : je recherche des résultats à court terme plutôt qu'à long cours
L'illusion de contrôle : dans telle situation, je serai plus à même de concilier les intérêts avec les contraintes globales. Souvent une vue de l'esprit.
Le biais d'impact : surestimer l'impact émotionnel du changement
Le biais de surinformation : je prends en compte des détails inutiles pour ma décision.
La crainte de la perte : je ne souhaite pas changer de l'ancien familier pour du nouveau, inconnu
Le refus des statistiques : face à une situation compliqué et défavorable, j'agis à l'encontre des chiffres, pour les contester.
Le biais d'omission : je choisi l'inaction, car je la trouve plus "morale" que l'action
Le biais de conséquences. je néglige de considérer les conséquences de ma décision, alors qu'elles sont connues.
La rationalisation a postériori : se convaincre qu'on a pris la bonne décision une fois qu'ellee a été prise, pour se soulager.
L'effet de pseudo-certitude : je choisis la solution qui me semble juste, mais je perçois mal les chiffres. Une épidémie éclate. Six cents personnes sont menacées de mort. Le remède A peut sauver 200 personnes. Le vaccin B, lui peut être appliqué à tous, mais il y a deux malchances sur trois de ne sauver personne et une chance sur trois de sauver tout le monde. Des tests ont montré que près de 75 % des sondés choisissent la stratégie A, alors que c'est la B la plus "efficace".
L'effet de sélection : je ne considère que certains éléments du raisonnement et pas d'autres (que j'écarte soigneusement, avec dédain).credit photo
Le biais de précipitation : j'ai hâte de décider, alors je décide avant d'en avoir fini avec mes réflexions.
Les limitations perceptives : je rejette ce qui n'est pas familier, ou ne correspond pas à mon expérience passée.
Le biais optimiste : je vois la vie en rose
L'effet mémoire : je donne un poids inconsidéré aux arguments récents (ah cette actualité trépidante).
Le biais de répétition : je fins par croire que les arguments que j'entends le plus souvent sont vrai (matraquage)
L'effet "rôle" : je me conforme à la décision que j'imagine la plus valorisante pour moi, à mes propres yeux. Ou que j'imagine que les autres attendent de moi.
L'effet von Restorff : pour une raison ou une autre (inconsciente ?) je privilégie un argument par rapport à d'autres.
Le biais du risque zéro : je m'acharne à réduire à zéro l'un des paramètres, en faisant mine de ne pas m'apercevoir que l'essentiel est ailleurs (comme ce type qui achète une voiture de luxe en discutant comme un acharné une option à 50 euros)
Bon le biais zéro, ça me va bien. Je vais me concentrer sur celui-ci.
Les autres, je vous les laisse. Il doit bien y en avoir un par électeur, non ?

Le gène. Oui, mais lequel ?

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Les vues exprimées du candidat Nicolas Sarkozy sur la génétique et le déterminisme du comportement sont l’occasion de poser cette simple question : le gène existe-t-il ? Le gène politique, s'entend, ou du moins celui que l'on "récupére" comme tel à partir d'une fort vague définition scientifique.

A ce sujet un lecteur pourra s'étonner de l'écart existant entre les phrases suivantes :
1.« …on naît pédophile… Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense.»
2. « Je pense que nous sommes façonnés, non pas nos gènes, mais par notre propre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons. »
3. « Un gène n'est pas univoque. Une des grandes surprises du séquençage du génome humain réside dans la découverte du petit nombre de nos gènes : moins de 30 000, soit à peine plus que le génome de la drosophile ou mouche du vinaigre. Ceci sous-entend qu'un gène peut être inclus dans plusieurs réseaux de régulations complexes ; dès lors le résultat final de son activation n'est sans doute pas aussi simple que certains pourraient l'espérer. »
4.« Certaines maladies, telle la psychose maniaco-dépressive, ont une base génétique incontestable, et les états dépressifs constituent des prédispositions au suicide. En évoquant une "fragilité génétique", M. Sarkozy n'énonce donc pas, en soi, une contrevérité. L'erreur consiste à présenter cette fragilité de terrain comme le seul élément à prendre en compte. »

Jouons au jeu du "qui a dit quoi" ? Les candidats sont :
Nicolas Sarkozy (Philosophie magazine)
Michel Onfray (Philosophie Magazine). Philosophe « de gauche ».
Hervé Chneiweiss, médecin et biologiste, ayant exercé dans un ministère « de gauche ».
Catherine Vincent, dans un article du Monde, citant entre autres le généticien Axel Kahn.

Bon évidemment, on simplifie, les réponses, c’est dans cet ordre là. Avouez que c’est impressionnant. Que faut-il comprendre ?
credit photo Le paradoxe, c'est qu'aucune de ces assertions n'est fausse (même si certaines sont plus précises que d'autres). Hérédité il y a, bien sûr, sinon nous ne serions pas là, M. Sarkozy. Mais bon, à force de "croire" le débat n'avance pas beaucoup. Le pédopsychiatre Boris Cyrulnik aime dire à ce sujet : "l’inné c’est la farine, l’acquis le lait, et une fois que c’est cuit au four, impossible de les dissocier". Ce qui n’empêche pas les raisins secs de rester des raisins secs. Mais leur goût peut changer dans de vastes proportions, si c’est brûlé.

Cette métaphore de Cyrulnik a le mérite d'aborder la question par une autre facette. La notion de gène se prête-elle à la simplification que veut lui faire subir le débat idéologique et:ou politique ? La réponse est fort voisine du non absolu. Hors la bataille de l’inné et de l’acquis est une loufoque, vieille et longue affaire moins scientifique que morale, sociale et politique. Les notions d'hérédité et de gène s'empoignant volontiers, quoiqu'avec des histoires diférentes, depuis la fin du XIXème siècle, dans les pays anglo-saxons et sur les terres latines. Bien avant le moine Mendel, et pour simplifier, deux clans opposés puisaient dans les prémisses du gène (alors inconnu) des arguments définitifs pour clouer le bec à ceux d’en face.
D’un côté (extrème) de l’arène, les conservateurs qui imaginent volontiers que le génie et les tares sont aussi héréditaires que les qualités d'un cheval ou d'un lapin et font du gène le support idéal de leur démonstration "de bon sens". Avec des dérives et des horreurs bien connues. De modernes sociobiologistes rêvant ainsi de mettre la main sur le "programme" ou serait inscrit le comportement social des humains. Et leurs inégalités, puisque l'hérédité et le destin ont servi d'argument au partisans de l'ordre naturel du monde et de l'esclavagisme.
En face les réformistes, égalitaristes estiment qu’un homme ne naît ni bon ni mauvais, mais "libre". À leurs yeux la page est certe celle de l'"enfant sauvage", vierge et brouillone (on n'a pas l'hérédité que l'on veut), mais peu importe car l’individu devient surtout ce que le groupe, l’école, la culture, la société font de lui. Eux encore usent de l’argument « gène », mais à l’inverse, dans sa complexité, pour asseoir leur argumentation dans la minoration de leur déterminisme. On en effet peut lire dans cette agitation moléculaire des cellules une redistribution des cartes à chaque génération (où sont, sinon, les oeuvres des rejetons des grands artistes ?) et dans les subtilités de l'expression moléculaire une plasticité qui libère et autonomise l’individu au point de mettre à bas toutes les thèses qui séparent les peuples, les castes, les soi-disant races qui ne sont que des ethnies.

L'histoire de ce que Georges Canguilhem dénommera les "idéologies scientifiques", à propos des races et de l'eugénisme, montre à elle seule que rien ne s'éclaire lorsque par recherche effrénée d'arguments, de bons mots, ou d'images aptes à leurrer les foules l'on s'aventure à la simplification, à la réduction des thèses de la biologie. Et que tout cela a déjà fini, plus d'une fois, dans des torrents de sang et de boue.

Surprise, par ailleurs : en amont de ces dérives simplistes, dans le creuset complexe de la recherche, là où tente de se forger depuis des décennies une théorie génétique, on découvre que cela résiste et chahute beaucoup.

"Rétrospectivement, le plus surprenant est que le déterminisme génétique, vu par Dawkins ou par d'autres biologistes, ait pu sembler constituer une théorie valable pour la biologie pendant un si grand nombre d'années" constate le britannique Denis Noble dans son appel "pourquoi il nous faut une théorie biologique". L’actualité scientifique est assez riche de rebondissements et la situation si chaotique que certains chercheurs en arrivent en effet à la conclusion que la théorie génétique n’existe pas (encore ?) : Evelyn Fox Keller, historienne des sciences et professeur au Mit constatant que le mot "gène" voit son contenu «défini par le contexte expérimental dans lequel il est employé». Et souligne dans son ouvrage "Le siècle du gène" (Gallimard) que c'est bien à travers la simplification des thèses scientifiques qu’émerge un propos socialement déterminé, instrumentalisé. Voir aussi "La Légende des Gènes", Gérard Lambert (Ed Dunod) ou Pierre Roubertoux : "Existe-t-il des gènes du comportement ?" (Ed. Odile Jacob).

Faut-il d'autres raisons pour laisser les gènes aux généticiens et cesser de leur emprunter des représentations simplificatrices et fausses ?

Le monstre du Loch Ness ? Un éléphant (indien)

Le monstre du Loch Ness ? Il s'agissait d'un éléphant en train de prendre son bain. Loin d'une plaisanterie pachydermique, cette (très sérieuse) hypothèse est émise par le Dr Neil Clark Conservateur et paléontologue du Hunterian Museum de l'Université de Glasgow.
L'argument principal du conservateur repose sur le dessin d'un éléphant en train de nager, et dont la trompe dépasse, forcément, pour respirer. La trompe mais aussi le haut du crâne et du dos, ce qui fait un très joli monstre. Et lorsque l'on compare cette esquisse avec le plus précis document photographique du "monstre" (1934, pris par le gynécologue Robert Kenneth Wilson, qui ne revendiqua jamais que ce fut là un monstre, mais "quelque choses" dans l'eau), l'analogie visuelle est troublante, en effet.
Plusieurs questions se posent.

D'abord y avait-il des éléphants dans les parages du Loch Ness vers 1933 (dates des premières "observations") ?
Oui, répond le Dr Clark, qui a enquêté : de nombreux cirques fréquentaient la région d'Inverness, dans le Nord de l'Ecosse, et faisaient volontiers halte sur les berges du lac. Les animaux pouvaient alors se laisser aller à l'une de leurs occupations favorites, la baignade. Le paléontologue va plus loin. Après enquête, il soupçonne Bertram Mills, directeur de cirque de l'époque, d'être à l'origine d'une véritable opération publicitaire déclenchée après les premiers émois de témoins de la baignade des éléphants. Le rusé manager avait promis la somme astronomique de 20 000 livres (1 million de celles d'aujourd'hui) à celui qui capturerait un tel monstre et le lui livrerait.
Deuxième question : les éléphants nagent-ils ?

Le plus amusant dans cette histoire, c'est que l'idée d'un éléphant en lieu de monstre s'est imposée à Neil Clark au hasard d'une rencontre avec un dessin montrant un éléphant nageur. Et ce dessin est de toute évidence la reproduction à partir des images prise par mon ami Olivier BLAISE, photographe bien connu et qui a obtenu l'une des plus belles récompenses de son métier, le World Press, pour ses images en plongée d'éléphants nageant entre des îles de l'archipel des Andamans (Océan Indien).
Qui a dit qu'une image pouvait tromper énormément et qu'une autre pouvait tout sauver ? Suffit de savoir de quoi l'on parle, non ?

Le pouvoir a-t-il un clitoris ?

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Les femmes sont-elles des mecs comme les autres ? Nos sociétés occidentales se féminisent par le haut aussi, puisque même si la parité demeure lointaine, d'année en année cela glisse et bouge. Et dans le désordre les symboles que sont , furent, et seront Mmes Clinton (USA), Royal (France), Bachelet (Chili), Thatcher (G-B), Gandhi (Inde), Meier (Israel), Merkel (Allemagne), Johnson-Sirleaf (Liberia) Tarja Halonene (Finlande), Buttho (Pakistan), et déjà, Catherine de Russie, Elisabeth, Marie de Médicis, Anne de Bretagne (bon je passe les autres... pardon) ont coup après coup affaibli la certitude multi-millénaire du mâle politique dominant. Dans certains coins, comme les salaires, la culture, la haute finance il résiste, l'homme, mais de plus en plus mal (je ne parle que des sociétés occidentales, on souligne).
Bien. Mais une fois ce monde "plus juste" advenu, la question demeurera : le pouvoir a-t-il un sexe ? En d'autres termes : les filles exercent-elles une autre forme de pouvoir que les gars ?
Faut voir. Car comme disait en tapant sur la table ma grand-mère : c'est dans la tempête qu'on voit qui tient la barre.

J'ai été édifié, il y a quelques semaines (11 janvier) , par la lecture du dossier de Courrier International sur le sujet : "les femmes meilleures (chefs politiques) que les hommes ?". Le dossier était excellent. Mais des lignes de divers articles transpirait un ramassis d'inepties sexistes, féministes, machistes, de clichés de tous poils et de tous sexes. L'effroi m'a saisit car je pensais que nous n'en étions plus là. La société postmoderne avait donc si peu avancé depuis les suffragettes ? Depuis Simone (de Beauvoir) ? Heureusement, il y avait (dans ce dossier) deux ou trois points de vue qui parvenaient à s'affranchir des a priori, du passé, de la rancoeur. Et qui traitaient la question comme un sujet et non comme de la braise ardente, au tisonnier du politiquement correct.

Surtout il y avait le "non" éclairant d'Edurne Uriarte (prof de sciences politiques à l'université Roi Juan Carlos de Madrid). Sa conclusion (après un long et pertinent développement) est la suivante : "Je prévois que le monde des présidentes sera aussi agressif, que celui de leurs homologues masculins et que dans des circonstances similaires, elles lanceront le même nombre de missiles et déclareront les mêmes guerres. Parce que désormais, elles commandent dans le monde, pas à la maison, et que ce sont deux choses complètement différentes".
Cela va mieux en le disant. Les hommes savaient, par exemple, que pour devenir chef et durer, il fallait être dur et commencer par écarter ou éliminer certains de ceux qui vous avaient porté au pouvoir. Pas les femmes ?

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Que nous dit la science (faite par des femmes) à ce sujet ?
Le cerveau des femmes est-il différent de celui des hommes ?

Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys ont publié en 2005 un très utile livre de synthèse qui aborde (notamment) ce sujet : Cerveau sexe et pouvoir. (avant-propos de Maurice Godelier. Éditions Belin, collection Regards, 2005, 112 p., 16 euros)

Elles entendent montrer que le cerveau des hommes et des femmes ne sont pas différents. Et que les femmes, placées dans les mêmes situations culturelles et contraintes que les hommes (le pouvoir) oeuvreront de même manière.

(1) "...Les humains évoluent toujours en groupe, avec des règles sociales, des croyances, des traditions. Dans cette évolution, existe-t-il une origine différente pour la femme et pour l’homme ? Les anthropologues, comme Lévi-Strauss, remarquent que les constructions symboliques et les mythes sont fondamentaux dans le contrôle de la sexualité. Avis partagé par Françoise Héritier, qui pense que les hommes ont besoin de contrôler le corps des femmes car ils dépendent d’elles pour se reproduire. La sexualité est un fait de culture. C’est la pensée humaine qui a construit des systèmes d’interprétation et des pratiques symboliques constituant autant de manières d’organiser et de légitimer la primauté des hommes sur les femmes. 

Ensuite, les auteures s’attaquent aux corrélations abusives utilisées pour montrer que la chimie est déterminante dans le niveau d’intelligence. Même chose pour le suicide. La science est instrumentalisée, dévoyée à des fins idéologiques. Avec l’IRM, l’observation du comment l’emporte sur le pourquoi. L’IRM montre la plasticité du cerveau et sa complexité. La simplicité rassure et renforce les préjugés.


Allons-nous vers une « neurosociété » ? Oui, s’il est fait un recours abusif à la biologie. Expliquer les différences entre humains par le déterminisme biologique présente plusieurs dangers. Le refus des facteurs socioculturels et politiques est renforcé par certaines études du cerveau. L’explication des problèmes sociaux par la biologie conduit à postuler un lien fort entre biologie et politique. Ce mécanisme réducteur cherche à établir une liaison entre les neurosciences et une vision politique réactionnaire, qui procède par naturalisation. Les enjeux financiers sont considérables, ils concernent la pharmacologie, pour toutes les variétés de psychotropes et l’implantation de puces dans le corps humain. La recherche du bien-être peut conduire à vouloir s’affranchir des contraintes liées à la condition humaine et à une remise en cause de l’éducation et des réformes sociales. S’appuyer sur la technologie ou sur la chimie pour améliorer l’espèce humaine peut inciter à la mise en convergence des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives.


Les auteures se demandent si un nouveau cap idéologique n’est pas en train d’être franchi avec le dopage humain. Le neuromarketing est une des applications de ces disciplines. Il s’agit d’influencer le mental humain en vue de l’achat. Il servirait à améliorer l’efficacité de la pub et à exploiter le cerveau rendu disponible par TF1. Catherine Vidal et Dorothée Benoit-Browaeys pensent que tout cela pose un problème éthique et qu’il faut mener le débat. Si certaines forces affirment que la biologie est la clé de la nature humaine, importe de rappeler que la nature humaine n’existe pas. La nature humaine, c’est la culture ! On nous propose d’anticiper les problèmes, comme ceux du terrorisme ou des violences urbaines. La biologie expliquerait le mental, y compris pour la psychologie et les autres sciences humaines. Les deux auteures nous rappellent les positions de Pierre Thuillier contre la sociobiologie. La science, ainsi décrite, est un enjeu politique. 


Elles terminent leur livre par une sorte de résumé sur les principaux thèmes dans lesquels la biologie est utilisée pour justifier l’infériorité des femmes.
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Le cerveau a-t-il un sexe ?
Oui et non. Oui, mais les différences entre les femmes et les hommes sont acquises, elles ne sont pas naturelles. Non, car la différence entre un rugbyman et un violoniste est plus grande qu’entre les femmes et les hommes. La différence des sexes n’est pas inscrite dans le cerveau, doté d’une caractéristique fondamentale : la plasticité. Il est en permanente évolution, au fil de l’apprentissage et de l’expérience vécue. Il existe une réversibilité et la fixation n’est pas définitive. Si l’activité spécialisée s’arrête, la compétence acquise dans le cerveau régresse.


Le sexe et le volume du cerveau ?
Chez les femmes il peut être plus petit, mais proportionnellement au corps des femmes. Il n’existe pas de rapport entre le poids, le volume du cerveau et l’aptitude intellectuelle.



Cerveau droit, cerveau gauche ?
Les résultats scientifiques ne sont pas probants ; les conclusions sont abusives.


Langage et orientation dans espace ? 
Rien n’est prouvé. Si les femmes sont plus à l’aise dans le langage et les hommes dans l’espace, c’est dû à l’influence de l’apprentissage, de la culture. C’est qui est nommé « genre ». La progression est toujours possible avec l’apprentissage, que l’on soit homme ou femme. D’autre part, la différence diminue avec le développement du travail des femmes.



Les évaluations et les résultats des tests ?
L’apprentissage est différent pour les femmes et pour les hommes. Ce qui démontre simplement la plasticité du cerveau. Avec l’apprentissage, on constate une évolution dans les compétences. Un des exemples faciles à observer est celui des « nouveaux pères ». Ces hommes s’occupent de leurs enfants sans être, au départ, programmés pour cela.



Les hormones et le cerveau ? 
Les hormones sont importantes pour la reproduction humaine. Toutefois, chez les humains, le choix des partenaires n’est pas déterminé par les hormones. Les homosexuels n’ont pas de problème d’hormones. La délinquance n’est pas liée à un désordre hormonal, mais à un désordre social. Les hormones ont-elles une influence sur la dépression, les maladies mentales, l’agressivité ? Les hormones jouent un grand rôle pendant la grossesse et la ménopause mais, hors de ces périodes, il est impossible de l’affirmer car trop de facteurs entrent en jeu.



La préhistoire et le cerveau ?
L’homme aurait été le chasseur et ce passé resterait inscrit dans son cerveau depuis des temps immémoriaux : rien ne peut le démontrer. La distribution des rôles est très variable entre les femmes et les hommes. Il semble bien que les humains de la préhistoire aient vécu en petits groupes, dont tous les membres étaient nécessaires pour faire face à une vie difficile.



Le bilan ? 
Même si les gènes et les hormones exercent une certaine influence sur le comportement humain, les circuits neuronaux sont liés à notre histoire personnelle. Donc, que l’on soit femme ou homme, il n’existe pas d’invariant. Le seul qui soit, c’est l’invariant de l’inceste et son origine est culturelle. Pas de lois universelles qui dirigent les conduites humaines. La règle générale est celle de la diversité liée à une formidable plasticité du cerveau humain.


La conclusion ?
Il s’agit du fondement de notre humanité. Qu’est-ce qui nous fait homme ou femme : la culture ou la nature ? Et pour quelle part ? L’autorité de la science dans le capitalisme contemporain est une clé servant à justifier la domination. Le discours de la science est celui de la vérité ; il énonce des certitudes. Le rôle des experts est devenu fondamental avec l’effacement du discours d’autorité classique. Or, l’activité scientifique est faite de doutes, de débats, de remises en cause, etc. qui font avancer les idées, à l’instar des sciences humaines. L’histoire humaine est aussi l’histoire des idées, une histoire culturelle, une histoire des cultures. L’histoire humaine est fondée sur des valeurs ? Oui, mais leur légitimité ne vient pas de la nature : c’est un choix, reposant sur la liberté mentale, la liberté de création, la liberté d’imagination (cf. Castoriadis et l’autonomie), qui est justement le propre de l’humain. Le cerveau permet d’échapper à la nature, aux gènes, aux hormones. Si l’on peut dire qu’il est génétiquement programmé, il l’est pour apprendre. 



(1) : Philippe Coutant, Nantes le 7 Mars 2005, Extraits de la Note de lecture parue dans le numéro 21 de la Revue "Les >temps maudits", revue éditée par la CNT Vignoles

Vite, éteignez votre ordinateur

credit photo(NOTE : La série sur les robots et l'iA se poursuit, et c'est un peu monocorde, mais je ne m'interdis rien, avec les papillons qui m'emportent. C'est une de leurs obsessions, en ce printemps. Les chenilles font bien la procession, parfois.)

Votre ordinateur pourra-t-il demain soudain devenir "intelligent"? Quelque part, à travers le réseau, et ses centaines de millions de processeurs connectés pourrait-il se produire l'étincelle, l'émergence d'une autre conscience ?
Certains pensent que non (la plupart à vrai dire).
D'autres que oui.
Et vous ?
Pour réfléchir on peut commencer par se rendre
sur le site de CYC
un système qui à partir d'internet (un peu comme les moteurs de recherche) établit un base sémantique, note les relations entre les mots pour tenter de dresser une carte des signifiants, à usage des logiciels et par là, des machines.

"...Si je parle des dieux c'est qu'ils vivent sous terre,
Insufflant dans le sol leur haleine vivace,
Si je parle des dieux c'est qu'ils couvent le fer,
Amassent le charbon, distillent le cinabre"...
(Raymond Queneau, L'explication des métaphores)

Votre ordinateur frémit ?
Il vous inquiète ?
Faites lui passer le test de Turing (wikipédia) :
Le test de Turing est une proposition de test d'intelligence artificielle ayant la faculté d'imiter la conversation humaine. Décrit par Alan Turing en 1950 dans sa publication « Computing machinery and intelligence », ce test consiste à mettre en confrontation verbale un humain avec un ordinateur et un autre humain à l'aveugle. Si l'homme qui engage les conversations n'est pas capable de dire qui est l'ordinateur et qui est l'autre homme, on peut considérer que le logiciel de l'ordinateur a passé avec succès le test. Cela sous-entend que l'ordinateur et l'homme essayeront d'avoir une apparence sémantique humaine. Pour conserver la simplicité et l'universalité du test, la conversation est limitée à un échange textuel entre les protagonistes.

Mais vous verrez : si vous jouez sur les mots, et si vous trichez un peu, vous démasquerez vite la machine.
(voir post ci-dessous, avec Alice)

Quoiqu'il existe cet autre test , assez troublant : Devinette dans la machine
Arriverez-vous à prendre la machine experte en défaut ?
Le match entre hommes et robots, quelque part, est lancé.

ALICE la robote nigaude

Vous souhaitez vérifier par vous même l'absence totale des machines à notre monde ?
Cliquez donc sur cette créature-là : ALICE

Mythes d'humains, créatures artificielles

credit photo
Vème siècle avant JC : Aristote , les bases de la logiques (tous les hommes sont mortels)
XIIème siècle : légende des têtes parlantes « magiques » (Roger Bacon)
XVIème légende du Golem
XVIIème Descartes, la mécanique du cerveau et la pensée, Pascale et la machine à calculer, théorie de la pensée de Hobbes (Leviathan)
XVIIIème automates (Vaucanson)
XIXème logique de Boole, Frankenstein
1923 le mot robot dans le théâtre tchèque (Capek)
1936 Alan Turing jette les bases logiques de l’informatique sous sa forme actuelle
1942 lois de la robotique d’Asimov
1943 idée d’un système neuronal simulé par la machine (McCulloch et Pits)
1956 naissance de l’expression intelligence artificielle (McCarthy) et premier programme de jeu d’échecs performant
1966 naissance du simulateur de dialogue Eliza (voir encadré)
1975 algorithmes génétiques de Ron Holland
1979 véhicule autonome de Moravec
1980 programme japonais d’intelligence de 5eme génération
1992 Lenat poursuit le projet Cyc d’apprentissage factuel mondial
1997 Deep Blue bat Kasparov aux échecs
2001 avion sans pilote dirigé par un système d’IA (Global Hawk)
2005 la puissance de calcul massive de Deep Blue dépasse celle du cerveau humain
2005 Cyc disponible sur Internet

Les lois de qui ? Asimov ? Un robot ?


Miss Kittin, originally uploaded by silis_.


Les lois d'Asimov
Première Loi : Un robot ne peut ni porter atteinte à un être humain, ni rester passif devant un être humain exposé à un danger.
Deuxième Loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
Troisième Loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.


Le mot robot a été utilisé pour la première fois dans la pièce R.U.R. de Karel Capek. Le mot robot a été inventé par Josef, son frère. Il est dérivé du pronom tchèque "robota" - "le travail". Le robot est "quelqu'un qui exerce du travail". Karel Capek était en troisième place de la liste des personnalités qui devaient être arrêtés après l'annexion de la Tchécoslovaquie en 1939. Karel Capek en fut informé mais décida de ne pas partir pour Londres. Il est mort le 25 décembre 1938, trois mois avant l'invasion nazie. Son frère Josef est mort au camp de Terezin en 1945.
Karel Capek devait obtenir le prix Nobel de littérature mais il sembla peu judicieux à certains, alors, de décerner le prix à un antifasciste notoire, en crainte de la réaction de Hitler.

Et ils mordent, tes robots ?

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Les types du DARPA, l'agence de financement de travaux recherche "hightech" du Pentagone ont le dollar et le délire qui déborde de leurs poches. Comme le signale Pisani (voir liens) sur son blog, ils viennent de lancer une invitation, genre d'appel d'offre pour la conception de robots "liquides", ou tout comme, capables de se glisser sous votre peau, ou derrière les murs, pire que les poux de la Stasi. Au cas ou vous seriez bricoleur, et ami de l'oncle Bush, voici un extrait :

"...the Defense Advanced Research Projects Agency (DARPA) is seeking innovative proposals to develop Chemical Robots (ChemBots): soft, flexible, mobile objects that can identify and maneuver through openings smaller than their static structural dimensions; reconstitute size, shape, and functionality after traversal; carry meaningful payloads; and perform tasks. ChemBots represent the convergence of soft materials chemistry and robotics to create a fundamentally new class of soft meso-scale robots that can perform the following key unit operations in sequence...

Je profite de ce (con)texte pour glisser ici un texte que j'ai commis voici une paire d'années, à propos des nanotechs et du Prince Charles. Tiens et il est passé où, celui-là ?

Les mini-machines mangeront-elles le monde ?
Faut-il avoir peur des robots ? La question peut se poser, puisque le Prince Charles semble faire à leur propos des cauchemars peuplés de créatures voraces. Sa britannique altesse s'inquiète en effet publiquement depuis des semaines des réflexions émises par des observateurs de la technologie (notamment celles de l'etc group (1), au Canada). Selon leurs analyses, les nano-robots (2), bien plus minuscules que des grains de riz, que nous concoctent ici et là les laboratoires de recherche des, pourraient bien dans l'avenir échapper à tout contrôle de leurs créateurs... Et partant, s'en aller dévorer d'un bel appétit tout ce qui les intéresse à la surface du monde.
Qui sont ces créatures ? Ce sont de mini-esclaves, des ouvriers du minuscule ouvrant dans les domaines de l'électronique, de la biologie, des matériaux. Elles sont en gestation au MIT de Boston, à l'université de Stanford, mais aussi en Europe (1,3 milliards d'Euros), en France, où un programme de recherche sur les nanosciences doté de 12 millions d'Euros bat son plein. Elle ont par exemple la taille d'un gros microbe, d'une cellule (un millième de millimètre par exemple) et sont taillées dès le départ pour accomplir des fonctions très précises, comme «coller» des atomes, ou trier des virus. Dans le futur ces engins surgis du monde de Liliput seront, nous dit-on, capables de quantité de petits boulots, comme nettoyer nos artères, peindre les voitures, échafauder des circuits électroniques ultra-complexes, arracher les mauvaises herbes, ou gendarmer les acariens de la moquette. Mais ils seront aussi conçus pour se reproduire automatiquement, afin que leurs tâches soient assurées jusqu'à la fin des temps (ou de l'abonnement de l'utilisateur). C'est là que la chose grippe. Car pour se dupliquer, se photocopier, en quelque sorte, ces diablotins utiliseraient du carbone (la matière de leur structure-squelette) disponible dans l'environnement de la planète. Et si ces minuscules deviennent soudainement immensément débiles, où si l'on a oublié un détail, il se pourrait qu'ils s'emballent, disjonctent, et se prennent d'une frénésie d'auto-reproduction et de multiplication telle qu'ils consommeraient le carbone de la Terre jusqu'à épuisement du stock. Résultat notre belle planète se verrait inexorablement transformée en une masse de gelée grise, (grey goo en anglais), infâme rebus de tout ce qui n'intéresserait pas les ravageurs mécaniques. credit photo
Cela fait beaucoup de si, dira-t-on. Mais merci au prince Charles de nous avoir prévenus. L'opération communication sur cette nouvelle menace en tous cas, est un succès. L'antienne est reprise par la presse britannique depuis des semaines. Mais voici que dans le dernier numéro de L'Écologiste (juin 2003), la version française du journal dirigé par Edouard Goldsmith, un scientifique bien de chez nous, Jean-Pierre Dupuy, un «X-Mines», professeur de philosophie à l'École polytechnique (et à Stanford), et auteur de «Pour un catastrophisme éclairé» (Ed. du Seuil) s'alarme également de la chose, dans un article intitulé «Le risque inouï des nanotechnologies, l'écophagie».
D'abord notre analyste confirme que les nanotechnologies «devraient avoir des applications dans à peu près tous les secteurs de la vie privée, économique, industrielle et sociale». Elles offriront de mettre au point des ordinateurs, des véhicules, des médicaments bien plus complexes et performants.
«Je fais le pari qu'entre 2020 et 2040, les technosciences seront pour l'essentiel dominées par les nanotechnologies. Le mouvement est déjà en marche, le principal argument étant que les nanotechnologies sont les seules qui pourront contourner les difficultés immenses que nous allons rencontrer dans un avenir proche : l'épuisement des ressources fossiles et minières, les effets catastrophiques du réchauffement climatique, la «tiers-mondialisation» accélérée de la planète», expliquait-il également à un congrès de prospective organisé au Sénat (3) en octobre dernier.
Jean-Pierre Dupuy ne croit pas à cette grande bouffe du carbone planétaire par des milliards de milliards. «Les nano-engins se nourrissant de carbone pour leur auto-réplication, ils pourraient, suite à un accident, manger toute l'écosphère... Dieu merci, ce risque a été évalué comme infinitésimal», explique-t-il.
Par contre, il pressent un risque proche, connexe, celui d'une intention maligne, qui pourrait «aider» les machines à sombrer dans une soudaine folie, un risque qui voisine avec celui de la dissémination. «Les milliards de dollars dépensés de par le monde participent d'une nouvelle course aux armements. Les armes NBC (nucléaires, biologiques et chimiques) seront aux armes nanotechnologiques ce que la fronde fut à la bombe d'Hiroshima. La dissémination sera inévitable, et une structure dissuasive de type MAD (destruction mutuelle assurée) impossible à mettre en place, dans la mesure où chacun pourra espérer se débarrasser de son ennemi par une première frappe».
Des scientifiques assurent eux, que le risque est encore ailleurs. Dans les risques sanitaires que pourraient nous faire courir ces technologies trop rapidement mises en oeuvre.
«Les vrais perdants seront peut-être les industries qui se lanceront dans ces programmes de nanotechnologies. Quelques années plus tard elles devront assumer et payer le prix de l'impact sur l'environnement et la santé du public de toutes sortes de technologies dont on aura mal évalué les conséquences» prévenait pour sa part Vicki Colvin de la Rice University, dans un témoignage devant le Congrés américain.
(1) www.etcgroup.org
(2) Nano est le préfixe qui désigne le milliardième de mètre -nanomètre), soit le millionième de millimètre.
(3) www.prospective.org

Voter. Mais autrement (1)

Extrait d'une tribune publiée par Michel Balinski et Rida Laraki, chercheurs au CNRS et au laboratoire d'économétrie de l'Ecole polytechnique, dans le Monde du 30 mars.
Il y aura douze candidats le 22 avril. Un électeur ne pourra s'exprimer au premier tour qu'en votant de treize façons différentes : pour un parmi les douze candidats, ou pour aucun (en votant blanc). Ce n'est qu'une bien maigre expression de son opinion vu la complexité et l'importance de la décision à prendre. Plus grave, ce choix est stratégique : faut-il voter selon "son coeur" ou voter "utile" ? Et comment un électeur peut-il savoir comment voter vraiment "utile" ?
La tâche est très complexe. Elle demande la connaissance de toutes les informations disponibles. Plusieurs ont jugé absurde l'annonce d'un sondage qui donnait François Bayrou gagnant contre Nicolas Sarkozy et contre Ségolène Royal au second tour, quand le même sondage le montrait troisième au premier tour. Loin d'être farfelue, cette information est pertinente.
En effet, certains des électeurs qui préfèrent Mme Royal à M. Bayrou de peu pourraient juger "utile" de donner leurs voix à François Bayrou en espérant qu'il batte Nicolas Sarkozy ; ou, certains ayant un penchant plus marqué pour M. Sarkozy que pour M. Bayrou pourraient décider "utile" de voter François Bayrou dans l'espoir d'écarter Ségolène Royal. Qu'un candidat soit écrasé au second tour pourrait induire certains de ses électeurs à voter "utile" pour un autre candidat. Un mode de scrutin, le "jugement majoritaire", issu d'une nouvelle théorie, évite tous ces problèmes. Il permet à l'électeur d'exprimer les nuances de ses préférences. L'électeur est invité à juger l'aptitude de chaque candidat à être un président "très bien", "bien", "assez bien", "passable", "insuffisant", ou "à rejeter".Il attribue, ainsi, une mention à chaque candidat. Le jugement exprimé dans cette échelle doit prendre en compte les idées politiques, sociales et économiques du candidat, son charisme, son âge, son honnêteté, son parti, son entourage et tout attribut que l'électeur pense important. L'électeur a de quoi s'exprimer : tandis qu'avec douze candidats le scrutin majoritaire lui permet treize façons d'exprimer son opinion, le jugement majoritaire lui en offre plus de deux milliards. Comment alors désigner le gagnant ? A chaque candidat est conférée sa mention majoritaire : 50 % de ses mentions sont plus élevées ou égales, 50 % sont moins élevées ou égales (c'est la "médiane" de ses mentions). Cette mention est la seule qui soit démocratique. Un seul tour suffit : l'élu est le candidat ayant la mention majoritaire la plus élevée. Une règle apparentée départage les candidats en cas d'égalité.
Photos : http://flickr.com/photos/hugo_provoste/329587245/ et http://flickr.com/photos/bingramos/126661740/

Ma télé m'a quitté


reflection of nature, originally uploaded by .B.P.M..


Je l'ai donnée. On l'a descendue à deux, les reins douloureux. Quarante kilos et écran géant. Belle mémé. Je sais, cela n'a rien de captivant, de vous parler de mon énorme et vieille télé. Permettez. Au-delà de cela, il y a un sentiment étrange. Celui de passer à "autre chose".
Voyez, je suis son enfant, à la télé. A grosses lèvres, je l'ai tétée : Thierry la Fronde en collant, Nounours en nuage, Rintintin et Zorro, quand dehors il pleuvait. Et puis les Rois Maudits (incroyable hein ?) et même les Dossiers de l'écran. Rythmes de vie. Rythmes de sommeil. Regarder tard et bailler sans être grondé, c'était grandir. Rythme de pays, tant on parle avec les autres, le lendemain, ce qu'a dit la lucarne. Messes païennes du 20 heures. La France dans la lumière bleue. Sa tête, à Elkabach, Mitterrand élu.
Et tout a glissé et changé. Peu à peu, la crispation. Devant les têtes coiffées des présentateurs et le sourcil qui va bien pour rien. Devant le vertige des sujets sans fond. Devant l'info qui ne dit rien de rien. Devant les émissions de jeu et leurs potiches à gros seins (quel est le masculin ?). J'ai senti la main qui me massait le cerveau. L'envie de vomir. Dernières oasis, dans la montagne lointaine des heures tardives, ou alors sur Arte. J'en ai même fait de la télé. J'ai voulu inventer une chaîne "intelligente". Rigolez. Mea Culpa. A l'époque je recevais 200 chaînes et la zapette vibrait. On allait tout changer, sur le cable. Perdu. Trop tard. Tout est devenu comme la Une.
Depuis un an ou deux, la grosse restait éteinte. Plus rien à se dire, tous les deux. Elle grommelait dans son coin. Broyait son noir, jalouse et persiflait de ma radio.
J'avoue j'ai trop longtemps hésité. On a de l'attachement. L'euthanasier ? La jeter sur le pavé ?
Mais non. Je l'ai donnée.
J'ai cherché, trouvé. Quelqu'un de bien. Elle n'a pas d'antenne. Claire Chazal n'y habitera pas. La vieille télé ne fera plus danser que des DvD lentement choisis. Cinéma Coréen. Images d'Océan. Neiges sur le Spitzberg. Jolie retraite, ma grosse. Sans rancune. Tu mourras, j'espère, en montrant Ran, de Kurosawa.
Et moi ? Moi je suis là. A papoter. A jongler avec ces bouteilles que l'on jette à l'océan avec le même geste que d'un bateau. Et le plus fou, c'est que l'on s'en fait, des amis, sur des plages abandonnées du Web.
Longue vie à la convergence des médias.
La préhistoire télé, on dira que c'est fini.

credit photo
Karl Popper :
"Au cours d'une discussion avec le responsable d'une chaîne, il me tint des propos effarants qui lui paraissaient naturellement indiscutables. "Nous devons offrir aux gens ce qu'ils attendent", disait-il par exemple. Sa position lui semblait conforme aux principes de la démocratie. Or, rien dans la démocratie ne justifie la thèse de ce directeur de chaîne, pour qui le fait de présenter des émissions de plus en plus médiocres correspond aux principes de la démocratie, "parce que c'est ce que les gens attendent". La démocratie n'est rien d'autre qu'un système de protection contre la dictature et rien à l'intérieur de la démocratie n'interdit aux personnes les plus instruites de communiquer leur savoir à celles qui le sont moins. Bien au contraire, la démocratie a toujours cherché à élever le niveau d'éducation : c'est là son aspiration authentique"

Langue de saule, va


(cliquer sur l'image jpg pour la lire)

PÈRE UBU
J’oubliais de te dire que je te confie la régence. Mais j'ai sur moi le livre des finances, tant pis pour toi si tu me voles. Je te laisse pour t'aider le Palotin Giron. Adieu, Mère Ubu.
MÈRE UBU
Adieu, Père Ubu. Tue bien le czar.
PÈRE UBU
Pour sûr. Torsion du nez et des dents, extraction de la langue et enfoncement du petit bout de bois dans les oneilles.
L’armée s'éloigne au bruit des fanfares.
MÈRE UBU, seule.
Maintenant que ce gros pantin est parti, tâchons de faire nos affaires, tuer Bougrelas et nous emparer du trésor.

Momages


Bandes d'amis (Quentin Bertoux)

Il y a les mots.
Il y a les images.
A mes yeux il y a les "momages" de Quentin.
Délicat photographe de la danse, des architectures, des objets et des vivants, Quentin Bertoux s'est ingénié durant des années à livrer aux mots de drôles de failles, de défilés, de perspectives dans nos esprits. Décaler. Emporter les repères. Cela fait se souvenir du catalogue des objets introuvables, de Carelman.
Quentin expose ses travaux à Genève, et publie au Seuil : "Vues de l'esprit" le recueil complet de ces icônes à l'origine composées pour accompagner la rubrique psychologie menée par Catherine Vincent au quotidien Le Monde.

Expo actuelle :
Athénée 4,
rue de l'Athénée 4,
CH-1205 Genève
T: +41 22 310 11 22
Jusqu'à la fin du mois d'août.
Ouverte sur rendez-vous.